Afghanistan: face aux réfugiés fuyant les talibans, l'Asie centrale inquiète sans paniquer

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Après la prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan, certains pays européens ont évoqué l’idée que le Tadjikistan, l’Ouzbékistan ou le Kazakhstan pourraient accueillir une part du potentiel demi-million d’Afghans fuyant leur pays. Mais ces ex-républiques soviétiques n’y sont guère favorables.

De notre correspondant pour l'Asie centrale,

Les voisins centrasiatiques de l’Afghanistan affichent une claire réticence à accueillir des réfugiés afghans. Mais ce n’est peut-être pas le signe que la panique s’est emparée de ces pays face à l’arrivée des talibans : il n’y a pas de panique, mais de l’inquiétude.

Ce sont des républiques « ex-soviétiques » aux traditions laïques : elles ne voient donc pas d’un bon œil l’arrivée au pouvoir de ces « étudiants en théologie » – la traduction du nom officiel des talibans.

Mais ce n’est pas la panique, parce qu’ils savent que le mouvement taliban est d’abord une force politique nationaliste afghane, sans volonté d’exportation de leur idéologie. Les talibans ont par ailleurs répété, à plusieurs reprises, ne pas vouloir se mêler des affaires de leurs voisins, rassurant les capitales centrasiatiques quant à leur absence de volonté de se mêler de leurs affaires.

Si l’inquiétude est réelle, cela vient du fait qu’un régime islamiste est, quoi qu’il arrive, aux portes du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan et du Turkménistan. Et le passé – notamment à l’époque où les talibans étaient au pouvoir entre 1996 et 2001 – a montré que l’Afghanistan pouvait être une base arrière pour des mouvements terroristes issus de ces pays d’Asie centrale.

Le maître mot des diplomates centrasiatiques aujourd’hui est « pragmatisme » : les talibans sont au pouvoir, mais il faut faire bonne figure. On affiche une volonté d’instaurer des relations de bon voisinage. Seul le Tadjikistan n'a pas pris contact avec les nouvelles autorités afghanes, pour le moment.

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Seul le Tadjikistan a accepté d’accueillir des réfugiés

Mais les autorités kazakhes et ouzbèkes ont émis clairement leur refus d'accueillir des réfugiés afghans. Seul le Tadjikistan a décidé d’ouvrir un camp, dans l’aéroport de Koulob, dans le sud du pays, pour l’accueil temporaire de 1 000 réfugiés.

Les seuls bienvenus sont les personnages importants, comme les leaders des communautés ethniques sur lesquelles s’appuient les trois capitales dans leur politique afghane. C’est le cas du célèbre chef de guerre afghan Abdoul Rachid Dostom, qui est le principal représentant de la communauté ouzbèke et qui se serait réfugié à Tachkent.

Barbelés, mines, soldats : des mesures sécuritaires fortes aux frontières

Face à ce scénario, les républiques d’Asie centrale ont pris des mesures sécuritaires assez fortes. Elles avaient d’ailleurs anticipé, dès la première annonce d'un retrait américain en 2014 par le président américain Barack Obama.

Les 137 km de frontière ouzbéko-afghane ont été équipés de deux rangées de barbelés ces dernières années, électrifiées, avec des parties minées. Les trois pays ont également déployé des forces armées le long de leurs frontières avec leur voisin du sud.

Le Tadjikistan, qui a 1 200 km d’une frontière difficile avec l’Afghanistan, car en partie montagneuse, a reçu des renforts de la Russie, qui dispose d’une grande base dans le pays.

La Russie, quant elle, n’a pas hésité à afficher son soutien. Moscou a, en outre, organisé des exercices militaires en Ouzbékistan et au Tadjikistan cet été.

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