Afghanistan : compte à rebours pour les évacuations à une semaine du retrait américain

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Anticipant le retrait des troupes américaines le 31 août, les pays occidentaux effectuent un maximum d'évacuations depuis l'aéroport de Kaboul. Mercredi, plus de 300 Afghans sont arrivés à Paris. Plus de 70 000 personnes ont déjà pu quitter la capitale afghane.

Les pays occidentaux s'empressent d'effectuer un maximum d'évacuations depuis l'aéroport de Kaboul, à moins d'une semaine de la date butoir pour la fin du retrait des troupes américaines et internationales d'Afghanistan.

La France, qui a mis fin à son intervention militaire en Afghanistan en 2014, pourrait interrompre les évacuations "avant la fin de la semaine", a annoncé, mercredi 25 août sur CNews, le secrétaire d'État français chargé des Affaires européennes, Clément Beaune.

Les Américains, qui contrôlent l'aéroport, "ont confirmé cette date du 31 août (...) et donc pour des conditions pratiques de sécurité évidemment nous ne pourrons pas continuer les opérations au-delà du 31 août", a-t-il expliqué.

"Nous nous mettons donc en situation d'arrêter les opérations à Kaboul avant la fin de la semaine pour que les dernières évacuations puissent avoir lieu via Abou Dhabi jusqu'à Paris", a-t-il ajouté.

La France a exfiltré plus de 2 000 personnes

Mercredi matin, plus de 300 Afghans évacués de Kaboul sont arrivés à Paris dans deux vols militaires en provenance d'Abou Dhabi, a annoncé le porte-parole de l'état-major des Armées.

Un Airbus A330 s'est posé vers 3 h à Roissy avec "plus de 240 personnes à bord, pour l'essentiel des Afghans, ainsi que 22 Français et un Britannique", a indiqué le colonel Pascal Ianni à l'AFP.

Un A400M a ensuite atterri à 8h40 avec "une centaine de personnes, là aussi une écrasante majorité d'Afghans, et cinq Français", a-t-il précisé.

Deux autres vols sont prévus mercredi soir et jeudi matin très tôt, a-t-il également relevé.

Il s'agit des 10e et 11e vols de ce type depuis la mise en place du pont aérien français entre Kaboul et Paris, via la base d'Al-Dhafra aux Émirats arabes unis.

La France a exfiltré plus de 2 000 personnes depuis la chute de Kaboul aux mains des Taliban le 15 août, ressortissants français, d'autres nationalités et Afghans menacés.

Alors qu'un porte-parole de la Maison Blanche a déclaré, mardi, lors d'un point de presse, que des vérifications devaient être faites pour déterminer si la limite pour les évacuations s'établissait à 23h59 le 30 août ou le 31 août, le ministre des Affaires étrangères britannique, Dominic Raab, a suggéré mercredi que le délai court jusqu'à la dernière minute du mois d'août.

"Nous pensons que cela va jusqu'à la fin du mois, mais les responsables militaires vont vérifier les détails pour préciser le calendrier", a-t-il déclaré à la BBC.

Le président des États-Unis, Joe Biden, a annoncé, mardi, que les États-Unis étaient en bonne voie pour conclure les opérations d'évacuation et leur retrait d'Afghanistan d'ici à la date butoir du 31 août, en soulignant qu'une prolongation de la présence des troupes américaines sur place posait de nombreux risques de sécurité.

Plus de 70 000 évacués en dix jours

"Le plus tôt sera le mieux" pour la fin du retrait, a déclaré Joe Biden, en précisant que "chaque jour supplémentaire d'opérations est assortie de risques supplémentaires pour nos troupes".

Les Taliban ont réaffirmé par la voix de leur principal porte-parole, Zabihullah Mujahid, vouloir que les évacuations menées par les pays étrangers soient terminées le 31 août au plus tard, comme convenu l'an dernier dans l'accord conclu entre le mouvement islamiste et les États-Unis.

Plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni, ont plaidé pour que cette date butoir soit repoussée, mais aucun report n'a été décidé lors d'une réunion en urgence des dirigeants du G7, mardi.

Les 6 000 soldats américains encore présents en Afghanistan contribuent aux évacuations organisées par les États-Unis et assurent la sécurité de l'aéroport de Kaboul pour permettre à d'autres pays de mener leurs propres opérations d'évacuation.

Depuis le 14 août, veille de la prise de Kaboul par les Taliban, les Occidentaux ont évacué plus de 70 000 personnes depuis l'aéroport de la capitale afghane, contrôlé par les forces américaines mais dont les abords sont surveillés par des combattants talibans.

Crise humanitaire en vue

Au-delà de ces évacuations par voie aérienne, un diplomate d'un pays membre de l'Otan présent à Kaboul a estimé que les pays frontaliers de l'Afghanistan devraient ouvrir leurs frontières terrestres afin de permettre à davantage de gens de fuir le pays.

Selon ce diplomate, qui a requis l'anonymat, plusieurs institutions humanitaires internationales désespèrent de pouvoir mettre en sécurité leurs personnels afghans dans les pays voisins.

"L'Iran, le Pakistan et le Tadjikistan devraient permettre à beaucoup plus de gens d'arriver par voie aérienne ou terrestre", a-t-il dit à Reuters.

Sur le terrain, les organisations humanitaires internationales alertent sur les risques croissants de famine et de persécutions pour les personnes qui ne seront pas parvenues à quitter le pays.

"C'est une véritable tempête qui couve du fait des conséquences combinées de plusieurs années de sécheresse, du conflit et de la dégradation de la situation économique, aggravées par l'épidémie de Covid-19", a déclaré à Reuters, à Doha, le directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (Pam), David Beasley.

Selon lui, près de 14 millions de personnes sont désormais menacées par la famine, sur une population afghane totale estimée à 36 millions de personnes.

La Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet, a déclaré avoir reçu des informations crédibles sur de graves violations des droits humains de la part des Taliban, notamment des exécutions sommaires de civils afghans et de membres des forces de sécurité afghanes ayant rendu les armes. Les Taliban ont assuré qu'ils enquêteraient sur tous les signalements d'exactions.

L'Unicef, le fonds des Nations unis pour l'enfance, s'est pour sa part inquiété de la situation sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus en Afghanistan. Dans la semaine qui a suivi la prise de Kaboul par les Taliban, les vaccinations contre le Covid-19 ont chuté de 80 %, a indiqué un porte-parole de l'organisation à Reuters.

Avec Reuters et AFP

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