Affiches soviétiques, mise en scène: une école pro-russe rouvre ses portes à Marioupol

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Des élèves dans les couloirs de l'école pro-russe de Marioupol.  - Images AP diffusées par BFMTV
Des élèves dans les couloirs de l'école pro-russe de Marioupol. - Images AP diffusées par BFMTV

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Martyrisée par deux mois de siège, de combats et de bombardements, détruite à 95%, Marioupol est finalement tombée aux mains des Russes. C'est en tout cas ce qu'a revendiqué Vladimir Poutine jeudi, ajoutant que seule la zone industrielle du port de cette ville située le sud-est du pays échappait encore au contrôle de ses troupes. Et les autorités russes entendent désormais envoyer un message au monde: la vie reprend son cours dans cette ville-symbole de sa guerre contre l'Ukraine. Dans cette optique de propagande, une école pro-russe vient d'y rouvrir ses portes.

720 élèves

L'établissement accueille 720 enfants. Mercredi, une équipe de l'agence d'information américaine Associated Press a pu s'y déplacer, encadrée par l'occupant. Dans ces quelques images, on peut entre autres apercevoir des affiches exaltant la Russie et le passé soviétique sur les murs des salles de classes. Olga Karamzha, professeure de mathématiques exerçant dans cette école, a pris la parole devant les caméras:

"Les enfants sont heureux d'être en vie, d'échanger, de respecter les aînés. Certains d'entre eux ont déjà rencontré leurs professeurs, leur directeur d'école."

Un reportage, vivement commenté par les observateurs et experts depuis sa diffusion. "C'est répugnant de voir ça, ces manuels à la gloire de la Russie, ces affiches soviétiques, tout ce monde entièrement imaginé transposé à Marioupol", a vertement critiqué sur BFMTV Daria Petrenko, une Ukrainienne vivant en France depuis trois ans.

"Les Russes mettent en scène la scolarisation de ces enfants alors que ces enfants perdent en même temps leurs parents, leur maison. C'est hypocrite", a-t-elle condamné.

La "russification" à l'oeuvre

"C'est la russification à marche forcée", a estimé quant à lui Patrick Sauce, éditorialiste en politique internationale.

Il a développé: "C'est la 'libération' (du point de vue russe, NDLR). C'est tout ce qu'on peut voir dans les régimes dictatoriaux finalement, c'est-à-dire qu'on commence par les enfants, à leur inculquer dès le plus jeune âge la 'grandeur de la patrie russe', peut-être leur faire apprendre que les Ukrainiens étaient vraiment des nazis."

Une histoire "fantasmée" pour des enfants "remis dans le droit chemin"

Pour ce spécialiste, cette mise en scène émanerait de l'un des hommes du Kremlin: Vladimir Medinski, négociateur en chef des Russes avec les Ukrainiens, et proche de Vladimir Poutine. "Il a été ministre (de la Culture) pendant plusieurs années à la fin des années 2010 en Russie. Et il a tenu à faire changer tous les livres d'histoire pour que ça corresponde à l'histoire totalement rêvée, idéalisée, fantasmée par Vladimir Poutine", a dépeint Patrick Sauce.

"C'est de la propagande pour nous, pour nous montrer que dans ces classes, il y a des affiches des années 1930 avec une scénographie toute soviétique, mais surtout la propagande est destinée aux plus jeunes, pour dire que les Russes veulent très vite mettre ces enfants dans le 'droit chemin', avec de gros guillemets, pour qu'ils soient Russes dans très peu de temps", a décrypté l'éditorialiste. "C'est une arme psychologique très importante dans un régime dictatorial", a-t-il achevé.

"Ça me fait clairement penser à la propagande de Goebbels", a commenté pour sa part le général Nicolas Richoux, qui fut l'attaché à l'ambassade de France à Berlin pour les questions de défense.

"Dans des scènes du cinéma nazi, on voyait de gentils colons allemands prendre la place de paysans polonais qui, forcément, avaient mal entretenu leurs terres et disent: 'Vous n'êtes là que depuis six mois et vous avez déjà rendu ces terres vertes'", a expliqué l'officier, affirmant: "C'est un processus strictement identique."

Lorsqu'on s'éloigne de la propagande russe, c'est un tout autre tableau de Marioupol qui se révèle. Jeudi, en duplex sur notre antenne, le gouverneur ukrainien pour la région de Zaporijia, Oleksandr Starukh, a décrit une ville désertée où ne vivraient plus que "de 70.000 à 100.000 habitants". Pire encore: des photos satellites semblent attester de l'existence de fosses communes autour de Marioupol.

Article original publié sur BFMTV.com

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