Affaire Valérie Bacot: qu'est-ce que le "syndrome de la femme battue"?

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Valérie Bacot à l'issue de son procès le 25 juin 2021 à Chalon-sur-Saône - JEFF PACHOUD © 2019 AFP
Valérie Bacot à l'issue de son procès le 25 juin 2021 à Chalon-sur-Saône - JEFF PACHOUD © 2019 AFP

"Dans cet enfermement, elle n'avait pas d'autre échappatoire que de tuer son mari." Condamnée pour le meurtre de Daniel Polette, Valérie Bacot a toutefois été désignée par la cour d'assises comme la victime de cette affaire, à l'issue de son procès qui s'est achevé le 25 juin. Violée, battue et prostituée pendant des années, cette femme de 40 ans a réussi a démontrer la terreur dans laquelle elle vivait, sous l'emprise de celui qui est devenu son époux après avoir été son beau-père.

À l'audience, l'expert psychiatre qui l'a examinée après l'assassinat a expliqué avoir décelé chez elle le "syndrome de la femme battue", la décrivant comme une "marionnette dans les mains de son mari [...] soumise à l'emprise totalitaire de ce tyran domestique". Des éléments de contextes décisifs dans le verdict rendu. Mais à quoi correspond ce "syndrome de la femme battue"?

"Certains couples sont construits sur un mode pathologique: il y a un sujet aliéné et un sujet aliénant, avec une emprise totalitaire qui devient destructrice", explique à BFMTV.com le docteur Denis Prieur, l'expert qui a analysé Valérie Bacot.

"Perversion extrêmement toxique"

L'homme entre dans une "perversion extrêmement toxique" qui domine la femme, il lui impose sa vérité et lui envoie des messages paradoxaux qui l'empêchent de le satisfaire. "L'aliéné a ainsi le sentiment de ne jamais être à la hauteur, il est humilié. C'est ce que j'ai observé chez Valérie Bacot: peu importe ce qu'elle faisait, elle savait que ce n'était jamais assez bien aux yeux de son mari, qui finissait toujours par la frapper. Mais c'était encore pire si elle ne faisait rien. Elle n'avait aucune échappatoire".

Cette domination que l'homme créé, affaiblit voire annihile la capacité de jugement et de discernement de la femme qui en est l'objet. "Elle n'avait plus la possibilité de recourir à la loi, car il la coupait de tout. Pour s'en sortir, elle ne pouvait que le détruire", nous dépeint l'expert psychiatre. C'est la raison pour laquelle il a conclu à une altération du discernement de l'accusée au moment où elle a tué son mari d'un balle dans la nuque.

"C'est la première fois qu'en plusieurs années de lutte contre les violences conjugales et de défense des femmes victimes de ces violences, je vois écrits noir sur blanc les mots 'syndrome de la femme battue'. Vous êtes très en avance par rapport à certains de vos confrères", l'a encensé Me Nathalie Tomasini, avocate de Valérie Bacot.

Un cas rare

Prudent, Denis Prieur tient toutefois à souligner que le terme de "syndrome de la femme battue" ne doit pas laisser entendre que dans tous les cas de violences conjugales, il existe une emprise similaire qui expliquerait le passage au meurtre.

"Le cas de Valérie Bacot est rare. Un an et demi après le meurtre, elle était encore terrorisée à l'idée de prononcer le nom de son mari. Elle avait peur qu'il réapparaisse alors même qu'elle l'avait tué et enterré, ce qui montre le niveau d'envahissement de son psychisme", observe le psychiatre.

"Il faut évidemment tenir compte de l'emprise psychologique pour qu'elle puisse atténuer la condamnation, mais il ne faut pas que ce soit le Far West au prétexte d'une immunité", abonde Me Pierre Farge, président de l'association "avocat-stop-féminicide". Et l'avocat de saluer la décision "inédite" prise au procès Bacot qui, selon lui, "fera jurisprudence".

Article original publié sur BFMTV.com

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