Affaire PPDA: comment Mediapart a convaincu les victimes présumées de témoigner

La journaliste Valentine Oberti a travaillé avec Marine Turchi et Mathieu Magnaudeix pour organiser cette émission spéciale. (Photo: CAPTURE D'ECRAN / MEDIAPART)
La journaliste Valentine Oberti a travaillé avec Marine Turchi et Mathieu Magnaudeix pour organiser cette émission spéciale. (Photo: CAPTURE D'ECRAN / MEDIAPART)

La journaliste Valentine Oberti a travaillé avec Marine Turchi et Mathieu Magnaudeix pour organiser cette émission spéciale. (Photo: CAPTURE D'ECRAN / MEDIAPART)

MÉDIAS - Elles ne se connaissent pas, sont issues de milieux sociaux différents et se retrouvent pour la première fois sur un plateau pour prendre publiquement la parole. 20 femmes ont accepté de témoigner -dont 18 à visage découvert- afin de dénoncer des faits de harcèlement, agressions sexuelles ou de viols qu’aurait commis l’ex-vedette du 20h de TF1, Patrick Poivre d’Arvor.

Ces victimes présumées témoignent sur la chaîne Youtube de Mediapart ce mardi à 19h dans une émission spéciale de près de 2h30. La journaliste Valentine Oberti a travaillé avec Marine Turchi, Mathieu Magnaudeix pour organiser cette émission. Elle en raconte au HuffPost les coulisses.

Le HuffPost: Pourquoi ces 20 femmes ont décidé de témoigner à visage découvert maintenant?

Ce qui a déclenché l’idée de cette émission, c’est l’annonce de la plainte en dénonciation calomnieuse de Patrick Poivre d’Arvor contre 16 femmes, qui est intervenue au moment de la diffusion du Complément d’Enquête de France 2 (“PPDA, la chute d’un intouchable”, diffusé le 28 avril dernier, NDLR).

On a repris contact avec certaines d’entre elles à ce moment-là. Cela faisait déjà un moment que nous dialoguons avec elles pour une émission. Et cette plainte a déclenché chez elles l’envie de prendre la parole. Comme l’interview de PPDA à Quotidien le 3 mars 2021 avait déclenché l’envie de sortir de l’anonymat pour lui répondre dans Libération, en novembre dernier.

Comment avez-vous convaincu ces femmes de témoigner à visage découvert?

Dans le groupe, certaines coordonnent les discussions avec les journalistes. Nous nous sommes adressés d’abord à elles puis nous avons appelé chacune des femmes pour les pré-interviewer, comme nous le ferions pour n’importe quelle émission. Trois journalistes, Marine Turchi, Mathieu Magnaudeix et moi-même, ont été mobilisés pendant environ 15 jours pour organiser l’émission.

Si ces femmes ont accepté de témoigner, c’est aussi parce que le travail de Mediapart sur les violences sexistes et sexuelles depuis de nombreuses années plaide en notre faveur et installe un climat de confiance. Quand on se dit victime de violences sexuelles et qu’on vient à Mediapart on sait qu’on échappera aux stéréotypes sur le sujet, aux propos sur la culture du viol et on aura en face des journalistes qui sont habitués à traiter ces sujets. Ce qui n’empêche évidemment pas de faire un travail contradictoire et journalistique en rappelant systématiquement la version de PPDA.

Racontez-nous comment s’est déroulé le tournage de cette émission?

Nous avons enregistré l’émission dans nos bureaux à Paris le lundi 9 mai dans les conditions du direct. Avant le tournage il y avait un niveau d’anxiété très différent entre ces femmes. Certaines sont journalistes et ont déjà parlé, d’autres non.

L’émission dure plus de deux heures, il a fallu faire quelques pauses techniques car ça n’a pas été simple pour ces femmes de parler. Certaines sont submergées par l’émotion au moment de raconter ce qui leur est arrivé. Mais il y avait chez elles une détermination à parler. Aucune ne regrette d’être venue et toutes étaient déterminées à participer à l’émission pour afficher leur “force collective”.

Ces témoignages ont déjà été recueillis par la justice. Pourquoi est-ce important qu’ils soient publics?

Il y a plusieurs enquêtes judiciaires en cours, mais une grande partie des faits sont prescrits et témoigner publiquement pour faire entendre leur vérité, c’est la seule chose qui leur reste.

C’est aussi la dureté de cette situation de violences sexuelles, ou c’est toujours aux victimes présumées qu’on en demande plus. Quand on ne parle pas, ça ne va pas. Quand on parle, on se fait traiter de menteuse. Quand on parle publiquement, c’est parce qu’on est en manque de notoriété.

Le tournage de l'émission spéciale avec les victimes présumées de PPDA, dans les locaux de Mediapart le 9 mai à Paris. (Photo: Sebastien Calvet / Mediapart)
Le tournage de l'émission spéciale avec les victimes présumées de PPDA, dans les locaux de Mediapart le 9 mai à Paris. (Photo: Sebastien Calvet / Mediapart)

Le tournage de l'émission spéciale avec les victimes présumées de PPDA, dans les locaux de Mediapart le 9 mai à Paris. (Photo: Sebastien Calvet / Mediapart)

Comment a réagi le “clan PPDA” à l’annonce du tournage de cette émission?

Nous avons formulé une proposition d’entretien à PPDA, dans les mêmes conditions que pour ces femmes, enregistré en plateau. Ce qu’il a décliné. Nous avons eu quelques échanges nourris avec son avocat, ce qui nous a permis de répondre à quelques questions pour préciser sa version et donner quelques détails sur sa plainte en dénonciation calomnieuse mais ça s’est arrêté là.

Notre émission a été construite de manière contradictoire, avec les propos qu’il a tenus dans l’unique interview accordée à Quotidien en mars 2021. Nous citons les propos car Quotidien ne nous a pas permis de diffuser ces images que nous souhaitions pourtant acheter pour l’émission.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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