Affaire Omar Raddad: la demande de révision pour un nouveau procès déposée ce jeudi

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Omar Raddad et son avocate Sylvie Noachovitch devant le ministère de la Justice le 1er décembre 2008 à Paris - MEHDI FEDOUACH © 2019 AFP
Omar Raddad et son avocate Sylvie Noachovitch devant le ministère de la Justice le 1er décembre 2008 à Paris - MEHDI FEDOUACH © 2019 AFP

Une date qui n'est pas laissée au hasard. Trente ans jour pour jour après la découverte du corps de sa patronne Ghislaine Marchal, le jardinier marocain Omar Raddad, désigné suspect numéro 1 par la célèbre inscription "Omar m'a tuer" sur la scène du crime, a déposé jeudi une nouvelle demande en révision de sa condamnation, appuyée sur de nouvelles analyses ADN.

"Si je saisis aujourd'hui la Cour de révision, c'est parce que les éléments nouveaux sont suffisamment forts [...] les éléments nouveaux que nous apportons sont essentiels: quatre ADN mélangés au sang de la victime", a expliqué Me Sylvie Noachovitch, avocate d'Omar Raddad, lors d'un point presse devant la Cour de cassation ce jeudi.

"Il a certes été gracié, mais cela ne le blanchit pas"

Reconnu coupable en 1994 du meurtre de Ghislaine Marchal, Omar Raddad avait été condamné à dix-huit années de réclusion criminelle. Il avait finalement bénéficié d'une grâce partielle en 2002, accordée par le président Jacques Chirac.

"Il a certes été gracié, mais cela ne le blanchit pas", a poursuivi Me Noachovitch. Son avocate était accompagnée de l'académicien Jean-Marie Rouart, l'ancien député Georges Fenech, artisan de la réforme de 2014 sur la révision des condamnations pénales, ainsi que l'écrivain Eric Neuhoff et le journaliste Jean-François Kahn.

Cette demande de révision, dans l'une des affaires criminelles françaises les plus débattues, s'appuie sur un rapport de 2019, analysant des découvertes ADN faites en 2015: quatre empreintes génétiques, correspondant à quatre hommes non-identifiés, avaient été trouvées sur deux portes et un chevron de la cave dans laquelle le corps de Ghislaine Marchal, riche veuve de 65 ans, avait été retrouvé le 24 juin 1991.

Sur ces deux portes avait été écrit "Omar m'a t" et "Omar m'a tuer", élément central de l'enquête dont la faute de grammaire est pratiquement entrée dans le langage courant.

Quatre ADN mélangés au sang de la victime

Dans ce rapport de 2019, l'expert Laurent Breniaux, analysant 35 traces d'un de ces ADN présents dans l'inscription "Omar m'a t", favorisait l'hypothèse d'un dépôt d'empreintes au moment des faits, et non d'une "pollution" ultérieure par les enquêteurs. En d'autres termes, ces traces génétiques auraient pu être déposées par l'auteur de l'inscription, qui ne serait alors pas Ghislaine Marchal, mais potentiellement le véritable meurtrier, estime la défense d'Omar Raddad.

"Ne croyez-vous pas qu'il est important de savoir à qui sont ces ADN?", a interrogé Me Noachovitch. "Dans l'affaire du petit Grégory, tous les moyens sont mis en œuvre. Dans l'affaire Raddad, il le faut aussi", a-t-elle insisté, "la vérité judiciaire, c'est de savoir à qui appartiennent ces ADN, donc toute personne qui dira que ce dossier ne tient pas la route parce qu'on ne saurait pas de quand datent ces ADN sera considérée comme de mauvaise foi."

Une première requête en révision rejetée en 2002

De fait, ces analyses génétiques ne sont pas restées lettre morte depuis 2015 et ont conduit à des investigations menées par le parquet de Nice sur les requêtes de la défense.

"L’une de ces requêtes, une demande de comparaison d’un ADN avec un individu mis en cause par la défense, n’a rien donné, ça n’a pas matché", a expliqué mercredi à nos confrères de l'AFP le parquet général d'Aix-en-Provence.

Une première requête en révision avait été tentée en 1999, débouchant sur des expertises graphologiques, qui concluaient à l'impossibilité d'attribuer l'inscription à Ghislaine Marchal, et sur la mise en évidence de deux ADN masculins non-identifiés. Mais le 20 novembre 2002, la Cour de révision rejetait la demande d'un nouveau procès, estimant qu'"il est impossible de déterminer à quel moment, antérieur, concomitant ou postérieur au meurtre, ces traces ont été laissées".

"La commission d'instruction", saisie avant la Cour, "voulait cette révision, l'avocat général l'avait requise en raison du doute" sur la culpabilité d'Omar Raddad, or "un doute suffit pour réviser", a martelé Me Noachovitch.

"Omar Raddad a confiance en la Cour de révision"

Âgé de 58 ans, Omar Raddad vit désormais à Toulon, toujours en arrêt maladie, et déterminé à faire reconnaître son innocence.

Les révisions de condamnations pénales restent rares en France dans les affaires criminelles: depuis 1945, une dizaine d'accusés seulement ont bénéficié de leur vivant d'une révision et d'un acquittement. Si la requête d'Omar Raddad est jugée recevable, elle sera examinée au fond par la commission d'instruction de la Cour de révision lors d'une audience, possiblement "d'ici la fin de l'année", espère son avocate.

"Nous sommes en 2021 et la justice ne doit pas accepter ces erreurs grossières. Aidez-nous à ce deuxième procès et nous comptons sur la Cour de révision et de réexamen. Omar Raddad a confiance en la Cour de révision", a conclu Me Noachovitch.

Article original publié sur BFMTV.com

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