Affaire Mia: ce que contiennent les vidéos du complotiste Rémy Daillet-Wiedemann

Esther Paolini
·6 min de lecture
Rémy Daillet-Wiedemann dans une de ses vidéos diffusée sur internet. - DR
Rémy Daillet-Wiedemann dans une de ses vidéos diffusée sur internet. - DR

Un fond noir et une musique apocalyptique lui servent de décor. Dans plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ou sur son site "renversement du gouvernement français", Rémy Daillet-Wiedemann, suspecté d’être l’instigateur du rapt de la petite Mia dans les Vosges mardi dernier, lance de longs appels à l’insurrection en France pour faire tomber le "système" dont il rêve "la mort". En toile de fond, cet ancien cadre du MoDem, qui a trouvé refuge en Malaisie, promeut des théories complotistes, reprenant de nombreux ressorts de la mouvance QAnon.

• Une forte rhétorique complotiste

Qu’il s’agisse de son "appel aux militaires" ou de sa "deuxième sommation", les vidéos de Rémy Daillet-Wiedemann sont imprégnées des thèses conspirationnistes qui se propagent déjà depuis plusieurs années dans les réseaux complotistes.

Ainsi, la série d’attentats qui a endeuillé la France depuis 2012 ne serait pas constituée de vraies attaques:

"On détourne votre attention avec de faux attentats", dit-il, insistant sur le fait que le terrorisme est "un faux problème."

D’ailleurs, les Français ne seraient pas les seuls à être touchés par ce fléau. L’ancien centriste dit que "la mort du système" doit passer par "la révélation de faux attentats que tous les services connaissent, des politiques secrètes des états, des crimes à foison, autour de dirigeants occidentaux."

Et d’ajouter: "Voyez la liste interminable des morts suspectes autour du couple Clinton."

Le couple Clinton est très régulièrement la cible de théories conspirationnistes, en témoigne la théorie d’un réseau de pédophilie dans une pizzeria de Washington qui a émergé en 2016. "Clinton a fait tuer des centaines de milliers d’enfants", assure-t-il, sans apporter aucune preuve de ses accusations.

Les États-Unis tiennent une part importante dans ses discours, où il prétend que "Biden et son clan s’apprêtent à déclencher la guerre aux États-Unis." Ses appels insurrectionnels sont d’ailleurs régulièrement accompagnés de l'acronyme WWG1WGA, soit la devise de QAnon “Where we go one, we go all”, la mouvance largement représentée au sein des insurgés lors de l’invasion du Capitole en janvier dernier.

Comme pour les animateurs du réseau QAnon, la révolution imaginée par Rémy Daillet-Wiedemann doit permettre de faire tomber les "organisations secrètes antinationales", dont le fameux groupe Bilderberg*, qu'il présente aussi comme des "bandits mondialistes" et qu’il illustre volontiers avec le symbole de l'œil de la Providence du complot Illuminati.

• Une obsession pour l’éducation des enfants

L’homme, père de onze enfants, semble entretenir une certaine obsession autour de l’éducation des enfants, ce qui se calque aux propos des ravisseurs présumés de Mia. Les cinq hommes mis en examen pour l’enlèvement étaient en effet suivis depuis plusieurs semaines par la DGSI pour avoir dit vouloir s’en prendre à l'aide sociale à l'enfance qui entretiendrait selon eux un réseau pédophile pour les élites prétendument "pédosatanistes". Dans une vidéo mise en ligne ce mardi, Rémy Daillet-Wiedemann revient sur cette menace qui existerait au sein des services sociaux.

"Notre organisation, libre, résistante, rend des enfants kidnappés par l'Etat à des parents, à leur demande. Il n'y a donc absolument pas d'enlèvement", assure-t-il.

En parallèle, le quinquagénaire affirme dans une vidéo plus ancienne que "l’immigration était un prétexte à des rafles et des disparitions suspectes, au point que 50 à 60% des enfants de migrants disparaissent." Encore une fois, il n’apporte aucune preuve aux chiffres avancés.

Enfin, Rémy Daillet-Wiedemann multiplie les attaques contre l’Éducation nationale. Dans une diatribe plus globale contre le système français, l’homme évoque des "enseignantes violées à qui on interdit de porter plainte". Une fois encore, sans donner plus de précision. Il déclare dans une vidéo qu’il n’existe plus que "sept ou huit excellentes écoles" en France, précisant qu’il s’agit, logiquement, d’écoles hors contrat.

"Puisqu’il n’y a plus d’école publique digne de ce nom, je défends l’école à la maison (...) car la maman ou le papa ont un lien privilégié qui leur permet de donner beaucoup plus à l’enfant que l’instituteur."

Rémy Daillet-Wiedemann a d'ailleurs créé un site proposant aux parents une méthode pour gérer la scolarité de leurs enfants à la maison. Le site, très bien référencé sur Google sous la requête "ecole a la maison", se revendique "conforme aux lois de la République", mais s'apparente avant tout à une plateforme prosélyte, comme en atteste le contenu des articles qu'il contient.

"L'école est un endroit dangereux: pédos, harceleurs, délinquants, dealers, labos et gouvernement sont les gros vecteurs du mal-être, du suicide, du meurtre, du crime courant", peut-on ainsi y lire.

Ces propos rappellent directement l’affaire de la petite Mia, puisque sa mère, Lola Montemaggi a tenté de déscolariser sa fille en fin d’année dernière afin de lui faire l'école à la maison. Cette autorisation lui a toutefois été refusée.

• Un appel répété à la "contre-révolution"

Réagissant ce mardi au mandat d’arrêt international le visant, Rémy Daillet-Wiedemann a lancé à notre antenne: "Qu’ils m’arrêtent, qu’ils me mettent à Fleury-Mérogis, j’écrirais mon livre. Les gens cesseront de dire que je suis du système. (...) Ils verront que je suis en première ligne. Et je pourrais de là fomenter la contre-révolution nécessaire dans ce pays."

Il faut dire que son projet d’insurrection semble virer également à l’obsession. Dans l’une de ses vidéos, le "gourou" s’adresse directement à Emmanuel Macron: "Vous voulez nous bâillonner, nous le peuple de France, nous enfermer mais c’est nous qui allons vous chasser." Il encourage les membres du gouvernement à démissionner, les élus du parti (probablement LaREM) à partir:

"Le temps n’est plus aux pourparlers (...) Nous allons arrêter et destituer le président."

"Il faut nettoyer cet État", insiste-t-il évoquant une nécessaire "purification" de l’administration qui ne doit pas passer par les urnes. "On vous a si bien endormi avec les élections", argue-t-il encore. Se disant "fier de réunir bien plus de gens que le Général de Gaulle à Londres après un an d’activité", il promet à ses adeptes qu’il désignera "parmi ceux qui ont aidé, à la libération, les futurs responsables du pays."

Comme un ultime ordre (ou une ultime menace), il lance:

"Vous allez faire les lois, vous allez diriger ce pays, que ça vous plaise ou non. Ça ou mourir, vous n’avez pas le choix."

*Le groupe Bilderberg est une conférence lors de laquelle se rassemblent chaque année des chefs d’État, des grands dirigeants d’entreprises et des personnalités du monde de la finance.

Article original publié sur BFMTV.com