Affaire Khashoggi : implication de MBS ou pas, Trump n'entend pas sacrifier l'alliance avec Riyad

Affaire Khashoggi : implication de MBS ou pas, Trump n'entend pas sacrifier l'alliance avec Riyad

Pour Donald Trump, l'assassinat de Jamal Khashoggi ne remet pas en cause les relations entre Washington et Riyad, même si Mohammed ben Salmane, le prince héritier saoudien, a pu en avoir "connaissance".

Donald Trump a envisagé, mardi 20 novembre, que Mohammed ben Salmane (MBS), le prince héritier saoudien, "ait pu avoir connaissance" de l'assassinat de l’éditorialiste Jamal Khashoggi, tué dans le consulat saoudien à Istanbul début octobre. Mais il a exclu que cette affaire puisse remettre en cause les relations entre Washington et Riyad.

Le président américain a apporté cette clarification dans un communiqué de la Maison Blanche après plusieurs jours de tergiversations sur ce meurtre, qui a provoqué une vague de critiques au sein de la communauté internationale.

Selon des médias américains, la CIA serait parvenue, "avec un haut degré de certitude", à la conclusion que MBS était le commanditaire de l'assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste exilé aux États-Unis à partir de 2017 et critique à l'égard de la politique menée par le prince héritier.

>> À lire : Pour la CIA, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi

Un "partenaire fiable"

Donald Trump soutient que le roi Salmane et MBS ont "vigoureusement démenti avoir eu connaissance de la préparation et de l'exécution du meurtre". Selon lui, il est possible que la vérité ne soit peut-être jamais connue.

"Nos services de renseignement continuent d'examiner les informations, mais il se pourrait très bien que le prince héritier ait eu connaissance de cet événement tragique – peut-être est-ce le cas et peut-être pas !" est-il écrit dans le communiqué de la présidence américaine.

Malgré la reconnaissance d’une implication éventuelle de l’homme fort de Riyad dans la mort de Jamal Khashoggi, le président américain a affirmé que son pays entendait demeurer un "partenaire fiable" de l'Arabie saoudite afin de protéger les intérêts américains et israéliens au Moyen-Orient.

Ankara reste ferme

"Le royaume a accepté de dépenser et d'investir 450 milliards de dollars aux États-Unis. Sur ces 450 milliards de dollars, 110 milliards seront consacrés à l'achat d'équipements militaires auprès de Boeing, Lockheed Martin, Raytheon et de nombreux autres grands contractants de la défense américaine", poursuit le texte. "Si nous commettons la folie d'annuler ces contrats, la Russie et la Chine en seraient les grands bénéficiaires", affirme le président américain.

De son côté, Ankara reste ferme. "Qui que ce soit ayant donné pour instruction (de tuer Jamal Khashoggi) doit rendre des comptes", a déclaré le chef de la diplomatie turque mardi. "C'est notre objectif", même s'il reste "des questions sans réponse" a-t-il ajouté.

Jamal Khashoggi, qui vivait aux États-Unis, a été tué le 2 octobre au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, où il était allé faire des démarches pour son futur mariage avec une jeune femme turque. Ce meurtre a terni l'image du royaume saoudien et de Mohammed ben Salmane. La plupart des observateurs estiment qu'il ne pouvait pas ne pas être au courant de l'opération.

Actions du Congrès ?

La majorité des exécutants sont connus, et Washington a imposé la semaine dernière des sanctions financières contre 17 d'entre eux au moment où la justice saoudienne annonçait une série d'inculpations. Le Congrès américain, y compris dans les rangs républicains du président Trump, demande toutefois à Washington d'aller plus loin, et de sanctionner les commanditaires.

"Je comprends que des membres du Congrès veuillent aller dans une autre direction, pour des raisons politiques ou autres – ils sont libres de le faire", a affirmé Donald Trump dans son communiqué. "Je prendrai en compte toutes les idées qui me seront soumises, mais seulement si elles ne sont pas en contradiction avec la sécurité et la sûreté absolue des États-Unis", a-t-il ajouté.

Les parlementaires américains pourraient engager des procédures pour prendre des sanctions plus sévères, ou stopper les ventes d'armes à Riyad.

Bob Corker, président de la puissante commission des Affaires étrangères du Sénat, a qualifié la Maison Blanche d'"agence de relations publiques" pour le prince héritier saoudien. "C'est l'Arabie saoudite d'abord, pas l'Amérique d'abord", a raillé son collègue Rand Paul.

"Je pense depuis le premier jour que 15 ou 18 personnes, quel qu'en soit le nombre, ne montent pas dans deux avions, ne vont pas en Turquie et ne démembrent pas un homme qui est un détracteur du prince héritier sans que le prince héritier ne soit au courant et n'ait donné son feu vert", a martelé dimanche sur la chaîne NBC le sénateur républicain Lindsey Graham, proche du président américain, promettant de tout faire pour que les vrais responsables soient sanctionnés.

Selon l'ex-diplomate Nicholas Burns, qui a servi sous des administrations démocrates et républicaines, la déclaration de Donald Trump "est plus qu'embarrassante". "Elle est honteuse", a-t-il réagi sur Twitter. "Il cite sans recul les calomnies proférées par MBS selon lesquelles Khashoggi était un traître. Il avance que les États-Unis ne peuvent pas se permettre de s'aliéner Riyad à cause du pétrole et de l'Iran. Il reste muet sur notre intérêt le plus grand : la Justice."

Avec AFP et Reuters