Affaire Karachi: un an de prison avec sursis requis contre Édouard Balladur

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Vingt-cinq ans après, le procureur général de la République a requis ce mardi un an de prison avec sursis et 50 000 euros d'amende contre l'ancien Premier ministre Édouard Balladur dans le volet financier de l'affaire Karachi, estimant qu'il connaissait «l'origine frauduleuse» du financement de sa campagne présidentielle.

Jugés depuis le 19 janvier par la Cour de justice de la République, Édouard Balladur et François Léotard n'étaient pas présents ce mardi pour écouter les réquisitions du ministère public. L'ex-Premier ministre, 91 ans, et son ancien ministre de la Défense, 78 ans, sont accusés d'avoir mis en place un système de rétrocommissions sur d'importants contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et le Pakistan, destinées à financer en partie la campagne – malheureuse – de M. Balladur à la présidentielle de 1995.

Mais le procureur général François Molins le reconnaît d’emblée : les audiences n’ont quasiment rien apporté. « Ces cinq demi-journées peuvent susciter un sentiment de malaise et un goût d’inachevé, l’impression de n’avoir abordé que la partie émergée de l’iceberg », admet-il.

Certes, les faits ont plus de 25 ans, certains témoins sont décédés ou ne sont pas venus, mais François Molins met surtout en cause l’attitude des deux accusés. « Il est regrettable que les prévenus n’aient pas dit la vérité alors qu’à l’évidence ils la connaissent », déplore-t-il, eux qui ont choisi « d’éviter les questions en restant dans des généralités », comme l’a assumé Édouard Balladur, ou en se lançant comme François Léotard « dans des digressions politico-diplomatiques sans rapport avec les faits ».

Ce n’est donc pas sur ces audiences, au cours desquelles « on a entendu tout et son contraire » que la cour doit trancher, met-il en garde, mais sur le dossier « qui doit permettre de passer outre les stratégies de déni et d’évitement. »

Pour le procureur, le dossier, justement, « ne laisse aucune place au doute » : Édouard Balladur n’a certes pas mis en place le système d’intermédiaires, de commissions exorbitantes et de rétro-commissions illégales sur les contrats d’armement, mais en tout état de cause, « il ne pouvait ignorer l’origine frauduleuse des fonds qui ont alimenté sa campagne ». Quant à François Léotard, son rôle a été « beaucoup plus important dans l’introduction et le paiement » de ce réseau d’intermédiaires qu’il « savait inutiles », estime François Molins.

Pour ces raisons, le procureur général a requis une peine d'un an de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende contre l’ancien Premier ministre et le double contre François Léotard. L'audience reprend ce mercredi avec les plaidoiries de la défense d'Édouard Balladur.