Affaire Karachi : un an de prison avec sursis requis contre Édouard Balladur

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L'accusation a requis mardi une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis et 50 000 euros d'amende contre Édouard Balladur. L'ex-Premier ministre est jugé à Paris pour des soupçons de financement occulte de sa campagne présidentielle de 1995, l'un des volets de la tentaculaire affaire Karachi.

Les réquisitions dans le volet financier de l'affaire Karachi sont tombées. Le ministère public a requis, mardi 2 février, un an de prison avec sursis et 50 000 euros d'amende contre Édouard Balladur pour des soupçons de financement occulte de sa campagne présidentielle de 1995.

À l'encontre de son ancien ministre de la Défense, François Léotard, l'accusation a demandé deux ans de prison avec sursis et 100 000 euros d'amende, estimant qu'il était "beaucoup plus impliqué" qu'Édouard Balladur dans la gestion des rétrocommissions illégales en marge de contrats d'armement.

Les deux prévenus étaient absents à l'audience.

Dans un courrier lu par le président de la Cour de justice de la République (CJR), Dominique Pauthe, François Léotard a expliqué son absence, certificat médical à l'appui, en raison de son "état de santé (qui) s'est aggravé" depuis l'ouverture du procès, le 19 janvier. Alors qu'il assurait jusque-là seul sa défense, il a désigné une avocate, Brigitte Longuet, pour le représenter.

L'ex-Premier ministre et son ancien ministre de la Défense sont accusés d'avoir mis en place un système de rétrocommissions illégales sur d'importants contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et le Pakistan, destinées à financer en partie la campagne – malheureuse – d'Édouard Balladur à la présidentielle de 1995.

"Rien ne m'aura été épargné", a déploré Édouard Balladur

Au terme d'un réquisitoire à deux voix de plus de deux heures, le procureur général François Molins a estimé que l'ancien locataire de Matignon (1993-95) avait "nécessairement connaissance de l'origine délictueuse des fonds" qui ont alimenté en partie son compte de campagne.

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Dans cette affaire vieille de plus de 25 ans, Édouard Balladur, aujourd'hui âgé de 91 ans, est accusé d'avoir imposé avec François Léotard un réseau d'intermédiaires "inutiles" et aux commissions "exorbitantes" sur d'importants contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et le Pakistan.

Selon l'accusation, une partie de l'argent était reversée sous la forme de rétrocommissions illégales sur le compte de campagne du candidat, dans une élection marquée par la guerre fratricide à droite avec Jacques Chirac.

L'ex-Premier ministre, qui comparaît pour "complicité d'abus de biens sociaux" et recel de ce délit, a longuement clamé son innocence face à ses juges, trois magistrats professionnels et douze parlementaires, dénonçant des accusations "mensongères" fondées sur des "rumeurs". "Rien ne m'aura été épargné" dans cette "affaire hors du commun", avait déploré Édouard Balladur à la barre.

François Molins vilipende "l'attitude des prévenus"

Dans ce réquisitoire, le procureur général François Molins a aussi évoqué un "dossier véritablement hors norme" et l'ancienneté des faits, il y a plus de 25 ans. Après cinq demi-journées d'audiences, restent "un sentiment de malaise et un goût d'inachevé", une "sensation de n'avoir abordé que la petite partie émergée de cette affaire tentaculaire", a souligné le magistrat.

Face à "un dossier d'accusation crédible", le procureur général a vilipendé "l'attitude des prévenus" devant la Cour et leurs "stratégies de déni et d'évitement", en décidant "de ne pas répondre aux questions", en se lançant "dans des digressions politico-diplomatiques" ou, pour reprendre la formule d'Édouard Balladur, en "choisissant de rester général".

Lors du procès, "on a tout entendu, tout et son contraire. Et s'il y a quelque chose qui saute aux yeux, c'est qu'il y a forcément des menteurs", a lancé François Molins.

Les soupçons de financement occulte de la campagne Balladur n'ont émergé qu'en 2010, au cours de l'enquête sur l'attentat commis en 2002 à Karachi, au Pakistan, dans lequel onze employés français de la Direction des constructions navales (DCN) ont trouvé la mort.

Le procès doit s'achever mercredi avec les plaidoiries des avocats d'Édouard Balladur.

Avec AFP