Affaire Fillon: l’ex-procureure du parquet national financier affirme avoir subi des pressions du parquet général

Ambre Lepoivre
Eliane Houlette, le 14 janvier 2016. - LUKAS BARTH

"L’affaire Fillon", très polémique en raison des soupçons d’emplois fictifs, fait de nouveau parler d’elle. Le motif n’a cette fois-ci rien de financier et touche aux arcanes du système juridique. Éliane Houlette, ancienne procureure du parquet national financier (PNF) de 2014 à 2019, a indiqué mercredi 10 juin avoir subi des "pressions du parquet général" au début de l’affaire - en février 2017 - impliquant François Fillon et son épouse, Pénélope.

La magistrate a fait ces déclarations devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale consacrée aux "obstacles à l'indépendance du pouvoir judiciaire", rapporte Le Point. Devant le président de la commission, le député de La France insoumise Ugo Bernalicis, elle a affirmé que le "parquet général" s'ingérait "au quotidien dans l'action publique".

"Contrôle très étroit"

Éliane Houlette a notamment dénoncé les demandes incessantes qu’elle recevait pour faire remonter les informations au plus vite sur les derniers actes d’investigation.

"Les demandes de précisions, de chronologie générale - tout ça à deux ou trois jours d'intervalle -, les demandes d'éléments sur les auditions, les demandes de notes des conseils des mis en cause (...) Les rapports que j'ai adressés, je les ai relus avant cette audition. Il y a des rapports qui étaient circonstanciés, qui faisaient dix pages, précis, clairs. On ne peut que se poser des questions. C'est un contrôle très étroit" du parquet général, a détaillé la magistrate devant la représentation nationale.

Devant la commission d’enquête, Éliane Houlette a affirmé avoir été orientée vers l’ouverture d’une information judiciaire, en février 2015, alors que les investigations se déroulaient jusque-là dans le cadre d’une enquête préliminaire.

"J'ai été convoquée au parquet général parce que le choix procédural que j'avais adopté ne convenait pas. On m'engageait à changer de voie procédurale, c'est-à-dire à ouvrir une information judiciaire. J'ai reçu une dépêche du procureur général en ce sens".

Après avoir d’abord résisté, elle a finalement suivi cette recommandation le 24 février 2017, elle-même convaincue de la nécessité d’ouvrir une information judiciaire.

Article original publié sur BFMTV.com