Affaire Duhamel: informé de soupçons, le directeur de Sciences Po exclut de démissionner

Juliette Mitoyen
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Le directeur de Science Po Frédéric Mion, le 11 janvier 2018 à Paris - PATRICK KOVARIK © 2019 AFP
Le directeur de Science Po Frédéric Mion, le 11 janvier 2018 à Paris - PATRICK KOVARIK © 2019 AFP

Le directeur de Sciences Po Frédéric Mion est visé depuis plusieurs jours par des appels à la démission émanant d'étudiants et de plusieurs syndicats d'élèves de l'Institut d'études politiques.

Dans un article daté du 6 janvier, Le Monde a en effet révélé que Frédéric Mion avait été alerté dès 2019 des accusations d'inceste qui pesaient sur Olivier Duhamel, ex-président de l'instance qui chapeaute l'IEP parisien. Le consitutionnaliste est aujourd'hui visé par sa belle-fille Camille Kouchner qui, dans son récent livre, l'accuse d'insceste sur son frère jumeau lorsque celui-ci était adolescent.

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Ce lundi, le directeur de Sciences Po a accepté de revenir pour Sciences Po TV (la télévision étudiante de l'IEP) sur l'incompréhension des élèves de son institution face à son silence depuis deux ans sur ces accusations d'inceste. Concernant les voix qui s'élèvent pour demander qu'il quitte son poste de directeur, Frédéric Mion déclare que "la question aujourd'hui n'est pas celle de la démission".

"Démissionner signifierait qu'à titre personnel, j'admets être d'une quelconque manière complice des agissements que nous connaissons, a-t-il expliqué à Sciences Po Tv. Et qu'à titre institutionnel, Sciences Po aurait part à la responsabilité de ces actes. Et ça je crois que c'est absolument impossible."

"J'ai considéré que j'étais en présence d'une rumeur qui n'avait aucun fondement"

Frédéric Mion a également livré sa version des faits survenus en 2019, alors que l'ancienne ministre socialiste de la Culture, Aurélie Filippetti, alors enseignante à Sciences Po Paris, lui fait part de rumeurs d'inceste entourant Olivier Duhamel. Le directeur de l'IEP assure avoir été "sans voix face à des accusations aussi grosses, étonnantes, choquantes".

Comme il l'avait déjà expliqué dans un message interne, Frédéric Mion raconte qu'il a alors été cherché "de la clarté auprès des personnes susceptibles d'en savoir plus" que lui. Notamment un avocat "qui connaissait de longue date la famille Duhamel".

"Il a confirmé qu'une rumeur circulait et, dans les termes les plus nets, m'a dit que cette rumeur était absolument sans fondement", poursuit le directeur de Sciences Po. "Il a ajouté, je le cite, qu'il ne voyait pas comment on pouvait imaginer que quelque chose se serait passé et que l'épouse d'Olivier Duhamel serait restée si proche de lui."

Le directeur de l'IEP explique avoir par la suite vérifié qu'au sein de Sciences Po, "à aucun moment, nous n'avions eu connaissance de faits dans lesquels Olivier Duhamel se serait rendu coupable d'agissements de naturel sexistes ou d'atteintes sexuelles".

"J'ai considéré en bonne foi que j'étais en présence d'une rumeur qui n'avait aucun fondement, et j'ai considéré l'affaire close", assure Frédéric Mion.

Jeudi dernier, une dizaine d'étudiants de Sciences Po Paris s'est rassemblée devant l'Institut de la rue Saint-Guillaume pour réclamer sa démission. Dans une lettre ouverte, un collectif "Mion démission" a par ailleurs écrit que "l'impunité doit cesser et passera par la démission de tout.te.s celles et ceux qui la garantissent, à commencer par Frédéric Mion".

Article original publié sur BFMTV.com