Affaire Duhamel: démission de Frédéric Mion, directeur de Sciences Po Paris

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L'onde de choc de l'affaire Olivier Duhamel secoue Science Po Paris. Le directeur de l'institut, Frédéric Mion, a présenté sa démission mardi 9 février dans la soirée. Des étudiants de l'école lui reprochaient d'avoir menti à plusieurs reprises sur ce qu'il savait des agissements du politologue et président jusqu'à peu de la Fondation nationale des sciences politiques, accusé par sa belle-fille d'inceste sur son frère jumeau.

Lorsque le livre de Camille Kouchner, La Familia Grande, est publié, le 7 janvier 2021, Frédéric Mion exprime sa stupeur. Le directeur de Sciences Po Paris admettra finalement un peu plus tard avoir été alerté des accusations qui pesaient contre Olivier Duhamel dès 2018, par l'une de ses enseignantes, l'ex-ministre de la Culture Aurélie Filipetti.

Les révélations de Marc Guillaume, préfet d'Île-de-France, auront peut-être pesé aussi sur sa décision de démissionner de son poste, annoncée mardi 9 février. Marc Guillaume a été interrogé dans le cadre d'une inspection lancée par le ministère de l'Enseignement supérieur, pour déterminer les responsabilités et les éventuelles failles de l'Institut d'études politiques dans cette affaire. Il était alors membre du conseil d'administration de la Fondation nationale des sciences politiques, dirigée à l'époque par Olivier Duhamel.

Le préfet francilien a reconnu avoir été informé des accusations visant Olivier Duhamel par Frédéric Mion lui-même. Marc Guillaume a alors décidé de quitter ses fonctions liées à Sciences Po Paris.

Dans une lettre adressée aux équipes enseignantes et aux élèves de l'Institut, Frédéric Mion évoque des erreurs de jugement et des incohérences dans sa communication. Des faits pointés par le rapport provisoire du ministère. S'il était soutenu par une partie de la direction de Sciences Po Paris, qui appréhendait son départ en pleine tempête, des centaines d'étudiants, de professeurs et de salariés réclamaient sa démission, lui reprochant ses multiples mensonges. Il était en poste depuis 2013.

Sciences Po déjà dans la tourmente avec le hashtag #SciencesPorcs

Son départ survient par ailleurs alors que de nombreux étudiants d'Instituts d'études Politiques dénoncent les violences sexuelles dont ils ont pu être victimes au sein de l'institution. Un nouveau mot dièse a ainsi envahi les réseaux sociaux : #SciencesPorcs. Une contraction basée sur le nom de l’Institution mise en question : Sciences politiques.

Depuis dimanche soir plusieurs centaines d’étudiants anonymes témoignent de faits de violences sexuelles. Un exemple représentatif lu sur Instagram raconte le viol d'une étudiante de Sciences Po Aix, et puis la pression de l'administration afin de la dissuader de porter plainte « pour éviter de ruiner l'avenir du jeune agresseur ».

Des faits qui se produisent lors de soirées étudiantes, week-end d’intégration ou encore pendant des événements associatifs. Ce que toutes ces voix révèlent, c’est une tendance générale de l’administration à minimiser la parole des victimes voire même, dans certains cas, à protéger les agresseurs. Une impunité qui ne passe plus pour cette génération étudiante.

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