Affaire Alexis Kohler : que reproche-t-on au secrétaire général de l’Élysée ?

Retour sur l'affaire Alexis Kohler, de nouveau au coeur de l'actualités à la suite de nouvelles révélations de Mediapart.

De nouvelles révélations de Mediapart remettent au centre de l’actualité l’affaire Alexis Kohler. Hasard du calendrier, une information judiciaire vient d’être ouverte à son encontre. Petit rappel des faits.

L’affaire Alexis Kohler, du nom de l’actuel secrétaire général de l’Élysée, refait parler d’elle depuis des révélations de Mediapart, dévoilées ce 23 juin. Coïncidence du calendrier, une nouvelle information judiciaire a été ouverte contre lui la veille, lundi 22 juin, selon l’AFP.

Le rôle trouble à l’Agence des participations de l’État

Dans cette histoire, les premiers soupçons remontent à mai 2018. À l’époque, les révélations proviennent déjà de Mediapart. Le site d’information découvre qu’Alexis Kohler, longtemps haut fonctionnaire au ministère de l’Économie, a des liens de parenté avec la société de navigation MSC. Les fondateurs et dirigeants de l’entreprise sont en effet des cousins de sa mère.

Le problème, c’est qu’au début des années 2010, Alexis Kholer travaillait à l’Agence des participations de l’État - sous tutelle du ministère de l’Économie - dont le rôle est de représenter l’État en tant qu’investisseur dans des entreprises. Le Strasbourgeois d’origine était alors en charge du secteur des transports. À ce titre, il siégeait, entre autres, au conseil d’administration des Chantiers de l’Atlantique, dont l’un des principaux clients est... l’entreprise MSC.

À l’époque, l’Élysée avait réagi en qualifiant ces soupçons de “totalement infondés”. Interrogé par Mediapart, le principal intéressé s’était défendu en affirmant d’une part que sa hiérarchie avait toujours été informée de ses liens de parenté, et d’autre part qu’il se déportait dès lors qu'un dossier concernait MSC.

Des preuves dévoilées

Or, quelques semaines plus tard, documents à l’appui, Mediapart révélait qu’Alexis Kohler avait participé, entre 2010 et 2012, à au moins deux délibérations au sujet d’une filière française de MSC, en tant que membre de l’Agence des participations de l’État. Le site apportait même la preuve qu’il avait voté au moins une fois pour approuver des contrats en faveur de cette entreprise qu’il connaissait bien. Le site avait également obtenu les témoignages de plusieurs collègues d’Alexis Kohler qui affirmaient ignorer tout des relations du haut fonctionnaire avec l’armateur italien.

À la suite de ces révélations, l’association Anticor a déposé une première plainte auprès du Parquet national financier, en juin 2018, pour “prise illégale d’intérêts”, “trafic d’influence” et “corruption passive”. Pour l’association, “Alexis Kohler ne pouvait ignorer qu’il existait un conflit d’intérêts à représenter l’État français” durant sa mission à l’Agence des participations de l’État, “alors même que sa famille était propriétaire de l’un de ses principaux clients”, comme le rapporte L’Obs. Le parquet financier a donc ouvert une enquête.

Une deuxième plainte a rapidement suivi, durant l’été 2018, pour “prise illégale d’intérêt”. En mars 2019, Anticor a porté plainte une troisième fois pour “faux et usage de faux” et “omission substantielle de ses intérêts”.

Une lettre d’Emmanuel Macron

L’affaire a connu un rebondissement à l’été 2019. Selon les révélations faites par Mediapart ce 23 juin, le responsable de l’enquête menée par le Parquet national financier aurait rendu, en juin 2019, un rapport “totalement accablant” contre l’actuel secrétaire général de l’Élysée. Peu après, le président de la République en personne aurait écrit une lettre adressée à Alexis Kohler, et rapidement transmise au PNF, dans laquelle il atteste avoir été au courant des liens de parenté entre l’accusé et la société MSC dès son arrivée au ministère de l’Économie, en août 2014. Dans sa note, Emmanuel Macron explique même qu’Alexis Kohler a demandé à ne jamais avoir à traiter de dossiers concernant ce groupe.

Un mois après le rapport “accablant”, le même responsable de l’enquête aurait cette fois rendu un rapport “totalement disculpant”. Le Parquet national financier a annoncé le classement sans suite de l’affaire en août 2019. En mai 2020, Anticor a donc déposé une nouvelle plainte, cette fois avec constitution de parti civil. Ce qui a conduit à l’ouverture d’une information judiciaire lundi 22 juin, selon l’AFP.

La séparation des pouvoirs bafouée ?

Depuis les révélations concernant l’intervention d’Emmanuel Macron, l’opposition reproche au président de la République de ne pas avoir respecté la séparation des pouvoirs. Mardi 23 juin, le député Insoumis Ugo Bernalicis a interpelé Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, à ce sujet à l’Assemblée nationale. “Étiez-vous au courant que le président de la République, censé être garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire, (...) était intervenu directement dans un dossier individuel ?”, a-t-il demandé.

Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, a répondu ce 24 juin qu’en “aucun cas le président de la République, qui est le garant de l'indépendance de la justice, n'intervient dans le cours d'une procédure judiciaire engagée”, rapporte Le Parisien. “Cette attestation a été signée par Emmanuel Macron en tant qu'ancien ministre de l'Économie. L'avocat a sollicité de la même manière tous les anciens employeurs d'Alexis Kohler”, a affirmé l’entourage du président de la République à France info. Une lettre qui fait en tout cas polémique.

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