Affaire des "écoutes": Nicolas Sarkozy devant le tribunal pour corruption

Anne-Sophie LASSERRE, Anne LEC'HVIEN
·4 min de lecture
Nicolas Sarkozy, le 29 août 2019 à Paris

Affaire des "écoutes": Nicolas Sarkozy devant le tribunal pour corruption

Nicolas Sarkozy, le 29 août 2019 à Paris

Un ex-chef de l'Etat jugé pour corruption: Nicolas Sarkozy comparaît à partir de lundi à Paris dans l'affaire des "écoutes" aux côtés de son avocat Thierry Herzog et de l'ex-haut magistrat Gilbert Azibert, dans un procès sans précédent sous la Ve République.

Avant lui, un seul ancien président, Jacques Chirac, a été jugé - et condamné en 2011 - pour les emplois fictifs de la Ville de Paris mais il n'a jamais comparu devant ses juges en raison de son état de santé.

Dénonçant un "scandale qui restera dans les annales", Nicolas Sarkozy, 65 ans, promet d'être "combatif" devant le tribunal correctionnel de Paris et clame ne pas être "un pourri".

Le procès, qui doit s'ouvrir à 13H30 et durer jusqu'au 10 décembre, reste toutefois soumis aux aléas de l'épidémie de Covid-19 et pourrait être renvoyé à la demande de Gilbert Azibert, 73 ans, pour raisons médicales.

L'affaire des "écoutes", également appelée affaire "Bismuth", trouve son origine dans un autre dossier judiciaire qui menace Nicolas Sarkozy: les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007 qui lui valent une quadruple mise en examen.

Dans ce dossier, les juges avaient décidé en septembre 2013 de placer l'ancien président sur écoute et découvert, début 2014, qu'il utilisait une ligne secrète, sous l'alias "Paul Bismuth", pour communiquer avec Thierry Herzog.

- "Coup de pouce" -

Selon l'accusation, certaines de leurs conversations ont révélé l'existence d'un pacte de corruption: Nicolas Sarkozy a, par l'intermédiaire de son avocat, envisagé d'apporter un "coup de pouce" à M. Azibert pour un poste à Monaco qu'il convoitait - et qu'il n'a jamais obtenu.

En contrepartie, ce haut magistrat a fourni des informations couvertes par le secret sur une procédure engagée par l'ex-chef d'Etat devant la Cour de cassation en marge de l'affaire Bettencourt.

Nicolas Sarkozy, qui avait bénéficié d'un non-lieu dans ce dossier fin 2013, avait saisi la haute juridiction pour faire annuler la saisie de ses agendas présidentiels, susceptibles d'intéresser la justice dans d'autres procédures.

Dans les conversations fleuries avec son avocat, socle de l'accusation, l'ex-président s'engageait à intervenir en faveur de Gilbert Azibert. "Moi, je le fais monter", "je l'aiderai", dit-il ainsi à Me Herzog.

Quelques jours plus tard, il déclare qu'il a renoncé à toute "démarche" auprès des autorités monégasques. Pour les enquêteurs, ce revirement soudain pourrait venir de la découverte par les deux hommes que leurs téléphones officieux étaient sur écoute.

"Tout ça, ce sont des petits bouts de phrase extraits d'un contexte", a balayé lundi matin sur FranceInfo Paul-Albert Iweins, avocat de M. Herzog, évoquant uniquement "des conversations entre amis de très longue date". "C'est une affaire que le général De Gaulle aurait qualifiée d'affaire de cornecul et dont on essaye de faire une affaire d'Etat", a-t-il ajouté.

Dans un réquisitoire sévère en octobre 2017, le Parquet national financier (PNF) avait comparé les méthodes de Nicolas Sarkozy à celles d'"un délinquant chevronné".

- Confidentialité -

Retiré de la politique depuis sa défaite à la primaire de la droite fin 2016 mais toujours très influent à LR, il encourt dix ans de prison et un million d'euros d'amende pour corruption et trafic d'influence, comme ses co-prévenus - jugés en sus pour violation du secret professionnel.

Les trois prévenus contestent tout "pacte de corruption".

"M. Azibert n'a rien obtenu, je n'ai pas fait de démarche et j'ai été débouté par la Cour de cassation" concernant les agendas, appuyait l'ancien président dès 2014.

Nicolas Sarkozy n'a eu cesse de dénoncer une instrumentalisation politique de la justice et a, sans succès, multiplié les recours au motif que la retranscription d'échanges entre un avocat et son client serait illégale. La Cour de cassation lui a donné tort en mars 2016 mais cette question sera à nouveau âprement discutée dès le début du procès.

Une enquête contestée du PNF risque aussi d'enflammer les débats: classée sans suite en 2019 près de six ans après son ouverture, elle visait à identifier une éventuelle "taupe" qui aurait informé MM. Sarkozy et Herzog que leur ligne "Bismuth" était "branchée".

Dans ce cadre, les magistrats ont fait éplucher les relevés téléphoniques ("fadettes") de ténors du barreau, dont plusieurs assureront la défense des prévenus au procès.

Un autre procès attend Nicolas Sarkozy au printemps: celui de l'affaire Bygmalion sur ses frais de campagne pour l'élection présidentielle de 2012.

alv-asl-jt/pa/sp