Adrien Taquet: "64.000 enfants ont été vaccinés depuis le début de la campagne"

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Adrien Taquet:
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POLITIQUE - Les enfants d’abord. Un an presque jour pour jour après l’injection de la première dose sur le territoire français, la campagne de vaccination contre le covid-19 a été ouverte aux enfants âgés de 5 à 11 ans le 22 décembre dernier. Une possibilité qui ne fait pas franchement l’unanimité à en croire un sondage publié quelques jours auparavant par BFMTV, selon lequel 68% des parents y sont opposés.

C’est dans ce contexte que le secrétaire d’État en charge de l’Enfance et des Familles prend la parole pour tenter de convaincre. Adrien Taquet souligne notamment le “bénéfice individuel direct” pour les chérubins, loin de la sacro sainte immunité collective présentée, jadis, comme le principal bienfait de la vaccination des enfants.

“Comme ce variant (Omicron) est beaucoup plus contagieux, mécaniquement, plus d’enfants risquent d’être contaminés et hospitalisés”, prévient-t-il ainsi dans les colonnes du HuffPost, tout en excluant, à ce stade, le recours au pass vaccinal pour les moins de douze ans. Entretien.

Le HuffPost: Cela fait une semaine que la vaccination est ouverte aux enfants de 5 à 11 ans. Dispose-t-on d’un premier bilan?

Adrien Taquet: La semaine dernière, au lendemain de l’ouverture, il y a eu 15.000 prises de rendez-vous. Nous sommes dans la période des vacances, des fêtes, il y a une montée en puissance et ça va ré-accélérer à la rentrée. En tout, 64.000 enfants ont été vaccinés depuis le début de la campagne, ça inclut des enfants fragiles et qui étaient éligibles avant le 22 décembre.

Quels messages souhaitez-vous envoyer aux parents qui hésitent?

Leur dire simplement que vacciner leurs enfants, c’est protéger leurs enfants. Comme ils se sont protégés eux-mêmes et comme ils ont protégé leurs ados contre le virus. Quand l’éventualité de la vaccination des plus jeunes a été évoquée, on parlait alors beaucoup de bénéfice collectif, de contribution des enfants à l’immunité collective. Avec Omicron encore plus que précédemment, le bénéfice de la vaccination est un bénéfice individuel direct pour les enfants: cela amoindrit leurs chances d’attraper ce virus et d’en contracter une forme grave.

Avec un bénéfice plus indirect mais tout aussi important: la vaccination permettra de diminuer les fermetures de classes, les fermetures d’écoles, les ruptures dans la scolarité.

On observe depuis quelques jours une hausse des hospitalisations d’enfants en France et aux Etats-Unis: ces chiffres vous inquiètent-ils?

Il ne faut pas faire paniquer les parents, il y a peu de formes graves chez les jeunes enfants. Depuis le début de la crise sanitaire, 400 enfants ont été hospitalisés en tout dont 200 se sont retrouvés en réanimation, avec une évolution favorable pour tous. Nous n’observons pas, à ce stade, de dangerosité particulière d’Omicron à l’égard des plus jeunes ni d’explosion des chiffres d’enfants hospitalisés. Mais comme ce variant est beaucoup plus contagieux, mécaniquement, plus d’enfants risquent d’être contaminés et hospitalisés.

La corrélation entre absence de vaccination et risque d’hospitalisation, nous l’observons aussi chez les enfants.Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance

Aux États-Unis, à New York, sur la semaine du 12 au 19 décembre, les hospitalisations pédiatriques ont été multipliées par quatre. La moitié de cette progression était composée d’enfants de moins de cinq ans, donc pas vaccinés, quand l’autre moitié était constituée d’enfants de 5 à 11 ans non-vaccinés. La corrélation entre absence de vaccination et risque d’hospitalisation, nous l’observons chez les adultes, chez les adolescents et également chez les enfants.

Dans ce contexte, certains, comme François Bayrou, craignent un variant qui toucherait davantage les enfants et se prononcent pour l’obligation vaccinale. Est-ce envisageable?

Il y a un projet de loi qui est discuté à l’Assemblée nationale depuis ce mercredi, et qui propose de transformer le pass sanitaire en pass vaccinal. C’est l’une des mesures nouvelles pour lutter plus efficacement contre le variant Omicron. Et qui s’appliquera de la même façon pour les adolescents à partir de 12 ans, sauf pour les sorties scolaires si les parlementaires en décident ainsi.

Pour l’instant les enfants ne sont pas soumis au pass sanitaire ou vaccinal. Cela pourrait-il changer avec le nouveau projet de loi? Ou à l’avenir?

Pour l’instant, il n’est question ni de pass sanitaire ou vaccinal pour les moins de 11 ans. Pas plus que d’obligation vaccinale.

La rentrée du 3 janvier est maintenue malgré les craintes. Certains enseignants redoutent des clusters dans les établissements, les syndicats enseignants se disent oubliés, des médecins prônaient un report... Que leur répondez-vous?

Qu’il faut maintenir à tout prix les écoles ouvertes, parce que nos enfants en ont besoin. C’est une fierté, non pas pour le gouvernement mais pour la France d’en avoir fait un objectif depuis le début de la pandémie. Nous devons collectivement continuer à tout mettre en œuvre pour qu’il en demeure ainsi. Interrogez la Société française de pédiatrie, allez faire un tour dans les urgences pédopsychiatriques: tous les professionnels de l’enfance vous diront à quel point préserver les relations qu’entretiennent nos enfants avec leurs copains est déterminant pour leur santé mentale.

Il faut maintenir à tout prix les écoles ouvertes, parce que nos enfants en ont besoinAdrien Taquet, secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance

Donc oui, la rentrée va avoir lieu le 3 janvier comme prévu, les protocoles sont connus et déjà stricts. Des discussions ont lieu en ce moment entre le ministère et les autorités scientifiques, qui pourraient conduire à des ajustement sur la question des cas contacts. Sujet sur lequel il y a une réflexion plus globale.

N’est-il pas possible d’en faire davantage dans les établissements scolaires, au sujet notamment des tests ou des capteurs de CO2?

Nous avons toujours été favorables à l’installation de capteurs de CO2 dans les classes. Cela relève plutôt de la compétence des collectivités locales, mais le sujet n’est pas là et nous accompagnons ce mouvement. Le gouvernement a débloqué 20 millions d’euros pour qu’elles puissent acquérir le matériel et Jean-Michel Blanquer a prévu d’écrire à nouveau aux différents responsables des collectivités pour les inciter à acquérir ces capteurs et leur rappeler le soutien financier de l’Etat.

Pour le reste, je sais que la communauté éducative applique les règles en matière d’aération régulière des pièces, en faisant respecter les gestes barrières, en faisant porter des masques. Tout ceci est mis en place de manière assez stricte, je le vois d’ailleurs personnellement dans l’école de mes enfants. Cela permet de faire en sorte que la situation puisse être maintenue.

Plusieurs études documentent les effets indirects de la pandémie sur les enfants. Le port du masque pour les plus jeunes pourrait par exemple engendrer des retards de développement ou de langage. Le médecin Boris Cyrulnik parle de “catastrophe annoncée”. Partagez-vous ces craintes?

C’est un sujet de préoccupation depuis le tout début de la pandémie. Raison pour laquelle j’avais notamment demandé à la CNAF de voter un budget exceptionnel pour l’achat de masques transparents pour les professionnels des crèches, afin que les tout-petits puissent voir les sourires, les expressions du visages, interagir. Nous savons que l’acquisition du langage et des compétences relationnelles se fait aussi comme cela.

Les professionnels s’accordent pour souligner la résilience des jeunes enfants, leur forte capacité de compensation et de rattrapage rapide.Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance

A ma connaissance, il n’y a pas d’étude scientifique vraiment consolidée sur le sujet. Les études encore partielles, ou les retours empiriques, remontent des choses contrastées à ce stade. Effectivement, des difficultés sont ressenties chez certains enfants, et les professionnels nous disent ressentir une vraie différence entre les années Covid et les précédentes chez les élèves. D’autres au contraire n’ont pas constaté de différences notables.

Tous les professionnels de l’enfance en revanche s’accordent pour souligner la résilience des jeunes enfants, leur forte capacité de compensation et de rattrapage rapide. La plasticité de leur cerveau est encore forte et permet cela. Pour autant, avec les choses qui s’étirent dans le temps, la question devient de plus en plus aiguë. Et on peut craindre que cela accroisse un certain nombre de difficultés chez les élèves qui en ont initialement.

Avez-vous fait vacciner vos enfants?

Nous en avons parlé avec nos enfants -c’est important d’en parler avec eux-, et c’est en effet prévu.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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