Adama Traoré: mort due à un "coup de chaleur", "aggravé" par les manoeuvres des gendarmes

Salomé Vincendon avec Alexandra Gonzalez
·3 min de lecture
Le portrait d'Adama Traoré pendant une marche en sa mémoire le 21 juillet 2018. - FRANCOIS GUILLOT
Le portrait d'Adama Traoré pendant une marche en sa mémoire le 21 juillet 2018. - FRANCOIS GUILLOT

La mort en juillet 2016 d'Adama Traoré a été causée par un "coup de chaleur", "aggravé" par les manoeuvres d'immobilisation et de menottage des gendarmes et, dans une "plus faible mesure", par ses antécédents médicaux, conclut une nouvelle expertise judiciaire consultée lundi par l'AFP et L'Obs, à laquelle a eu accès BFMTV.

"Sans les manœuvres de contrainte [des gendarmes], on peut penser que Monsieur Traore n'aurait pas présenté l'évolution dramatique constatée ensuite", écrivent notamment les quatre médecins belges à l'origine de cette nouvelle expertise.

Très attendu dans ce dossier devenu un symbole du débat sur les violences policières, ce rapport, d'abord dévoilé par L'Obs, a été commandé en juillet par les juges d'instruction parisiens chargés de l'enquête après le dépôt par la famille du jeune homme de rapports médicaux contredisant les experts de la justice qui mettaient hors de cause les forces de l'ordre.

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré, 24 ans, était décédé dans la caserne de Persan, près de deux heures après son arrestation dans sa ville de Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) au terme d'une course-poursuite et après avoir échappé à une première interpellation un jour de canicule. Depuis lors, une bataille d'expertises oppose les médecins missionnés par la justice et ceux choisis par la famille.

"Une période d'asphyxie 'par contrainte physique' ne peut être écartée"

Celle-ci accuse les trois gendarmes d'avoir causé la mort d'Adama Traoré par une "asphyxie positionnelle", qu'ils auraient provoquée en ayant fait peser sur lui par un "plaquage ventral" leur corps lors de l'interpellation. Pour les médecins belges, toutefois, "les éléments du dossier ne répondent pas aux critères médico-légaux reconnus d'une asphyxie positionnelle". "En revanche l'intervention dans le processus létal d'une période d'asphyxie 'par contrainte physique' ne peut être écartée", écrivent les experts, évoquant ainsi les gestes d'interpellation des gendarmes.

"Notre opinion est en définitive que M. Adama Traoré a très vraisemblablement développé un coup de chaleur en situation d'activité physique relativement brève mais intense dans des circonstances de stress adrénergique et de chaleur atmosphérique", concluent les médecins.

"L'évolution péjorative" de cet état "a été inhabituellement rapide mais reste plausible en raison notamment de la contribution à une hypoxie (manque d'oxygène dans le sang, ndlr) de manoeuvres momentanées de contrainte et dans une plus faible mesure d'états pathologiques sous-jacents".

Adama Traoré souffrait en effet d'une maladie génétique, la drépanocytose, associée à une pathologie rare, la sarcoïdose. En 2018, un premier collège d'experts, aux conclusions balayées par les médecins de la famille, avait retenu ces maladies parmi les causes principales de l'asphyxie du jeune homme.

Les trois gendarmes pas mis en examen

"Les gestes règlementaires opérés par les trois gendarmes l'ont été au regard de la rébellion d'Adama Traoré", ont réaffirmé lundi leurs avocats Mes Rodolphe Bosselut, Pascal Rouiller et Sandra Chirac Kollarik. "Ces 3 agents étaient dans l'ignorance la plus complète des antécédents médicaux de cet homme et de ce qui pouvait s'être produit physiologiquement pour lui" avant leur arrivée sur les lieux, poursuit leur communiqué, obtenu par BFMTV.

Pour rappel, ces trois agents ont été placés sous le statut de témoin assisté pour non assistance à personne en danger, mais ils ne sont pas mis en examen. A ce jour, leurs avocats réaffirment "leur totale innocence".

Dans un autre communiqué, les avocats de la famille Traoré parlent eux de "tournant" dans l'affaire, "car pour la première fois, des experts nommés par les juges affirment que les gestes des gendarmes ont causé la mort d'Adama Traoré. Jusqu'à lors, seuls des médecins mandatés par les parties civiles l'avaient affirmé".

En ce sens, pour l'avocat de la famille Maître Bouzrou "les gendarmes interpellateurs ayant causé la mort d'Adama Traoré doivent immédiatement être mis en examen pour des faits de violence mortelle".

Article original publié sur BFMTV.com