Accusés de projeter une "tuerie de masse", trois jihadistes lourdement condamnés à Paris

F.B.
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Tous trois étaient jugés pour "association de malfaiteurs terroristes en vue de la préparation d'actes terroristes" en 2016. Ils ont dix jours pour faire appel.

Deux Français et un Marocain, accusés de projeter une "tuerie de masse" à Paris, ont été lourdement condamnés mercredi à des peines de 22 à 30 ans de prison, la cour d'assises spéciale de Paris étant allée au-delà des réquisitions.

Tous trois étaient jugés pour "association de malfaiteurs terroristes en vue de la préparation d'actes terroristes".

Le Strasbourgeois Hicham Makran a été condamné à 22 ans de réclusion, son ami d'enfance Yassine Bousseria à 24 et le Marocain Hicham El-Hanafi à la peine maximale de 30 ans.

Au regard de leur "dangerosité", la cour d'assises a assorti leur peine d'une période de sûreté des deux tiers.

Au-delà des réquisitions

De nationalité marocaine et sans attaches en France, Hicham El-Hanafi aura l'interdiction définitive de demeurer sur le territoire français à l'issue de sa peine. Les trois condamnés seront par ailleurs inscrits au fichier des auteurs d'infractions terroristes (Fijait).

La cour, présidée par David Hill et composée de magistrats professionnels, est allée au-delà des réquisitions sévères du Parquet national antiterroriste (Pnat), qui avait réclamé 20 à 30 ans de réclusion.

Plusieurs avocats n'ont pas caché leur déception en accueillant les sentences. "Même le Pnat est dépassé", a ironisé l'un d'eux, en notant que la cour avait délibéré à peine plus de trois heures avant de prononcer son verdict.

Les trois condamnés ont semblé sonnés par la sévérité des peines. Ils ont dix jours pour faire appel.

Une opération de cyber-infiltration

Les Strasbourgeois Hicham Makran et Yassine Bousseria, tous deux âgés de 41 ans et le Marocain Hicham El-Hanafi, 30 ans, avaient été interpellés à quelques heures d'intervalle, les deux premiers à Strasbourg et le troisième à Marseille.

Leurs arrestations entraient dans le cadre d'un audacieuse opération de cyber-infiltration de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), baptisée "Ulysse".

Alertée en mars 2016 par un informateur proche du groupe État islamique (EI), la DGSI apprend que l'organisation cherche à se procurer des kalachnikovs, pour commettre un attentat sur le sol français.

Un "cyber-patrouilleur" de la DGSI parvient à tromper la méfiance des "émirs" de l'EI et entre en contact avec des donneurs d'ordres en zone irako-syrienne.

Quatre AK-47

Ce "cyber-patrouilleur" - en fait deux agents de la DGSI - fait croire à l'EI qu'il est en mesure de lui fournir des armes automatiques. Quatre AK-47, préalablement démilitarisés, sont cachés en forêt de Montmorency (Val-d'Oise) et les coordonnées GPS de la cache transmises aux donneurs d'ordres en Syrie.

En transmettant ces coordonnées à des "opérationnels" en France, l'EI les jetait en fait dans le piège dressé par la DGSI. MM. Makran, Bousseria et El-Hanafi ont été retrouvés avec ces coordonnées GPS.

Qualifiée par le représentant du Pnat, Benjamin Chambre, d'"opération judiciaire la plus ambitieuse de la France en matière d'antiterrorisme", "Ulysse" n'a pas dévoilé tous ses secrets au cours des plus de deux semaines de procès.

"Il n'y a que des hypothèses"

"C'était le plus beau dossier de l'antiterrorisme, l'infiltration miraculeuse", avait ironisé mardi, l'avocat Thomas Klotz, un des conseils d'Hicham Makran. Pointant le doigt vers les deux accusés strasbourgeois, il avait poursuivi: "ce n'est pas le premier choix, mais ce succès des services, on ne le volera pas".

Dans la même veine, Joseph Hazan, l'un des avocats de Yassine Bousseria, avait dit: (Hicham) Makran ou (Yassine) Bousseria, ce n'est pas (Mohammed) Merah", le jihadiste qui avait perpétré les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban. Dans ce dossier "il n'y a que des hypothèses (...) Il faut arrêter de contorsionner la vérité".

La cour n'a pas retenu les arguments de la défense. Dans ses motivations, elle a conclu: "Les faits retenus à l'encontre de Hicham El-Hanafi sont d'une extrême gravité s'agissant notamment de préparatifs d'un attentat terroriste de masse".

Pour Yassine Bousseria, "les faits retenus sont très graves", a ajouté la cour. "Même s'il a reconnu à l'audience 'être victime de ses erreurs' (...) il ne semble pas par son positionnement sur les faits les plus graves et sa minimisation de la plupart des autres faits, avoir engagé un réel travail d'introspection".

La cour a également jugé que les faits retenus contre Hicham Makran étaient "très graves". Soulignant sa "vulnérabilité" et son "caractère influençable", elle a estimé que "son engagement jihadiste ancien et sa détermination entière ressortent du dossier".

Article original publié sur BFMTV.com

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