Accusé de viol, il porte plainte pour dénonciation calomnieuse: la procédure risquée de PPDA

Patrick Poivre d'Arvor, ex-présentateur du journal télévisé de TF1, en novembre 2018 à Paris - Geoffroy VAN DER HASSELT © 2019 AFP
Patrick Poivre d'Arvor, ex-présentateur du journal télévisé de TF1, en novembre 2018 à Paris - Geoffroy VAN DER HASSELT © 2019 AFP

Patrick Poivre d'Arvor a porté plainte mardi contre 16 femmes l'accusant de viols et d'agressions sexuelles, allégations qu'il rejette en bloc. Dans le détail, huit des femmes visées par la plainte du journaliste figurent parmi les quinze plaignantes ayant elles-mêmes déposé contre lui pour des violences sexuelles présumées.

Un ensemble auquel s'est ajoutée une nouvelle accusation mercredi: une femme attaque en effet l'ex-présentateur du Journal télévisé de TF1 devant le tribunal de Nanterre pour un viol et une tentative de viol dont elle dit avoir été victime en 1995. Or, tandis que jusqu'ici les soupçons planant autour de Patrick Poivre d'Arvor n'ont pas eu de conséquence judiciaire pour ce dernier - la majorité des faits étant prescrits - la procédure intentée, avec constitution de partie civile, par l'ex-animateur, ouvre quant à elle la perspective d'un procès. Et à hauts risques pour l'ancienne vedette du 20h.

Sans suites judiciaires mais des prolongements médiatiques

Pour mieux cerner la situation, il convient de faire un crochet par le fond du dossier. Patrick Poivre d'Arvor est au centre de la chronique judiciaire depuis qu'en février 2021, l'écrivaine et journaliste Florence Porcel a affirmé qu'il lui a imposé deux rapports sexuels en 2004 et en 2009. L'enquête préliminaire alors lancée par le parquet de Nanterre - les locaux de TF1, où les faits allégués se seraient produits, se situent dans la juridiction de cette ville des Hauts-de-Seine - s'est nourrie au passage des témoignages à charge de 23 femmes. La prescription des éléments relatés ont toutefois conduit la justice à classer ce dossier sans suite.

Ce qui n'a pas empêché la poursuite d'un autre type d'enquête. Ainsi, ce jeudi, l'émission Complément d'enquête diffuse un sujet explorant cette affaire Poivre d'Arvor. Au nombre des prises de parole de ce documentaire, un témoignage inédit: celui de Mathilde (un prénom d'emprunt). C'est d'elle que vient la nouvelle plainte dont on a appris le dépôt mercredi et qui est en cours d'examen par la justice. D'après le récit qu'elle livre à France Télévisions, Mathilde a été agressée par le journaliste dans son bureau après qu'il l'a invitée dans les locaux de TF1. Elle explique qu'il l'a d'abord embrassée de force avant de la violer. Elle avait alors 24 ans et sortait tout juste de son école de journalisme.

876450610001_6305307379112

La charge de la preuve

La plainte de Patrick Poivre d'Arvor pour dénonciation calomnieuse s'inscrit donc sur cette toile de fond. Dans le détail des déclarations de l'intéressé auprès de la justice, celui-ci estime notamment que "la libération de la parole des femmes connaît malheureusement son lot d'excès et de dérives", fustigeant encore un "retour du puritanisme et de la censure". Il pointe des femmes "éconduites ou ignorées" et qui en auraient conçu une "amertume les condui(sant) à commettre, par vengeance tardive, le délit de dénonciation calomnieuse".

Ce faisant, le journaliste s'avance sur un terrain particulièrement complexe pour lui. Car dans le cas d'une plainte pour dénonciation calomnieuse, il revient à la partie civile de prouver la calomnie devant le tribunal. Ou plus exactement, il reviendra à Patrick Poivre d'Arvor de prouver la "fausseté du fait dénoncé" selon l'article 226-10 du Code pénal, qui régit ce genre de procédures. L'article de loi vise à prévenir "la dénonciation, effectuée par tout moyen et dirigée contre une personne déterminée, d'un fait qui est de nature à entraîner des sanctions judiciaires, administratives ou disciplinaires et que l'on sait totalement ou partiellement inexact".

En d'autres termes, il ne suffit pas que la justice ne puisse établir la véracité des accusations initiales pour que le plaignant se jugeant diffamé l'emporte devant la cour. Encore faut-il que ce dernier montre clairement que les dénonciations aient été faites sciemment pour lui nuire.

L'affaire Baupin comme précédent?

C'est cet impératif qui avait valu à l'ex-député écologiste Denis Baupin, accusé de harcèlements et d'agressions sexuelles par huit femmes, d'être débouté à l'issue du procès en diffamation qu'il avait intenté contre celles-ci en 2019. En effet, les audiences n'avaient pas remis en cause "la bonne foi" de ses accusatrices, selon les termes alors employés par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Condamné en conséquence pour procédure abusive, Denis Baupin avait de surcroît dû verser 500 euros de dommages et intérêts à chacune des prévenues en ayant fait la demande. Enfin, le procès avait permis aux huit accusatrices de Denis Baupin d'évoquer publiquement les agressions dont elles se disaient les victimes, les gestes déplacés dont elles assuraient avoir fait l'objet, et l'envoi de "SMS salaces". Autant de comportements présumés déjà relayés par voie de presse mais dont, là encore, la dénonciation avait été classée sans suite en raison de la prescription des faits.

"Les yeux dans les yeux Patrick"

La charge de la preuve reposant sur son camp, la possibilité d'offrir à travers ces audiences un espace aux témoignages l'accablant: Patrick Poivre d'Arvor se retrouve de fait dans une position pour le moins inconfortable.

Certaines des victimes présumées visées par la plainte de l'ancien animateur se sont d'ailleurs réjouies de cette nouvelle donne. Parmi elles, Emmanuelle Dancourt a fait part de son sentiment sur Twitter mercredi. La journaliste a d'abord introduit: "Je suis l’une des 16 femmes contre lesquelles PPDA ose porter plainte pour dénonciation calomnieuse. Bonne nouvelles! Nous allons avoir un procès nous qui en étions privées pour prescription!"

"Les yeux dans les yeux Patrick", a-t-elle pris rendez-vous.

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles