Accord sur le Brexit : inquiétude et résignation en Angleterre et Écosse

Après s'être rendu à la frontière entre l'Angleterre et le Pays de Galles , notre reporter Bryan Carter se trouve le long de la frontière anglo-écossaise, pour parler Brexit au moment où l'accord de séparation passé par Londres avec l'Union européenne vit des heures décisives à Westminster. 

Alors que les prochains jours s'annoncent décisifs pour le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, notre journaliste Bryan Carter rencontre des citoyens britanniques en faisant étape cette fois près de la frontière avec l'Écosse, dans la ville anglaise de Carlisle.

Les partisans du Brexit affirment qu'il permettra de freiner l'immigration. Qu'en pensent les immigrés eux-mêmes ? 

"J'espère que la loi sera la même pour tous"

Dans une épicerie de la ville, nous rencontrons Paulina qui y travaille comme vendeuse. Cette mère de famille d'origine polonaise vit en Grande-Bretagne depuis 14 ans, elle s'inquiète pour son avenir.

"Pour être honnête, je ne sais pas, je suis simplement inquiète comme tout le monde," confie-t-elle. "Qu'on soit de tel ou tel Etat membre, on vous répondra tous la même chose : on paie des taxes, on paie tout, donc on est en règle," souligne-t-elle. "Alors, j'espère que tout évoluera dans le bons sens et que la loi sera la même pour tous... Je croise les doigts !" lance-t-elle.

Acha, une cliente née en Écosse de parents polonais, est également inquiète des conséquences de cette sortie de l'UE pour les Polonais de Grande-Bretagne. "Ils se posent beaucoup de questions sur le fait de vivre ici," dit-elle. "Mais, il y en a aussi énormément qui sont rentrés dans leur pays : d'un côté, c'est bien qu'ils retournent là où sont leurs racines, mais d'un autre côté, je crois qu'ils ont donné tellement à ce pays," estime-t-elle avant d'ajouter : "Les Polonais, vous savez, ils ont une réputation qui est excellente concernant leur dévouement au travail : leur dévouement est incroyable et j'en suis très fière, moi aussi."

"C'est vraiment frustrant !"

Notre journaliste part ensuite pour l'Écosse : "En 2016, lors du référendum, les Écossais ont voté à une large majorité - à 62% - pour le maintien dans l'Union européenne," précise Bryan Carter. "Donc j'ai hâte de me rendre sur place pour voir quel est leur sentiment sur le Brexit et comment ils envisagent la suite," dit-il.

Dans le train, il discute avec un quadragénaire écossais qui travaille dans la publicité, il ne se fait guère d'illusions sur le processus du Brexit.

"Les choses se présentent mal, on a l'impression qu'à chaque étape, il y aura une opposition, c'est vraiment frustrant, je trouve," indique Neil, "parce que j'en suis à un point où je ne suis pas sûr d'avoir envie de savoir ce que cet accord va devenir au final. Je veux juste qu'il y ait un accord parce qu'on n'a perdu assez de temps comme ça et de mon point de vue, cette incertitude étrangle l'économie, " assure-t-il. "Même dans mon domaine, on constate que les marques ou les entreprises ne veulent pas dépenser parce que tout le monde essaie de deviner de quoi demain sera fait ," conclut-il.

"Prendre l'accord et aller de l'avant"

Arrivé en Écosse, notre journaliste se rend dans les zones rurales où l'incertitude sur le Brexit menace les emplois et les sources de revenus. Il rencontre Graham Ray, exploitant agricole. 

L'homme a une vision très tranchée de ceux qui dirigent le pays à Westminster. "Franchement, il y a plus de bon sens dans ce qu'on dit aux enfants à l'école maternelle !" s'indigne-t-il. "C'est totalement insensé quand on voit ce qui se passe au Parlement à la télé, c'est incroyablement puéril, la manière dont ils se comportent, tous," juge-t-il. "On n'arrivera jamais à un accord qui contente tout le monde, c'est d'ailleurs pour ça que le vote a été très serré : on doit prendre l'accord qui a été négocié et aller de l'avant," insiste-t-il.

Comme la plupart des gens que notre reporter a rencontré au Royaume-Uni, Graham estime que le pays a perdu assez de temps à négocier. 

"La menace d'un non-Brexit et de deux autres années d'indécision et de bataille sans que le pays ne soit gouverné correctement, ce sera plus négatif que positif," dit-il. "On a pris notre décision lors du référendum, on n'a pas besoin d'un autre référendum," assure l'agriculteur.

Ce Royaume qui se dit Uni

Le parcours de Bryan Carter s'achève à la frontière entre l'Angleterre et l'Écosse, deux nations au passé tourmenté qui ont réussi à surmonter bon nombre de leurs différences. Une histoire commune commémorée par des empilements de pierres appelés cairns.

"On trouve des cairns tout le long de la frontière anglo-écossaise : on dirait un message adressé à ce Royaume qui se dit "uni" car concernant le Brexit, on est loin de l'unité," indique notre journaliste. "Toute la procédure de divorce suscite encore bien des incertitudes, des peurs et des tracas ; nous verrons si ces divisions pourront être surmontées après le Brexit - s'il a bien lieu - ou si elles auront un écho ailleurs en Europe," conclut-il.