Accord de Paris, multilatéralisme, Turquie: ce que l'élection de Joe Biden va changer pour la France

Robin Verner
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Joe Biden - Angela Weiss
Joe Biden - Angela Weiss

De concert avec d'autres dirigeants européens, Emmanuel Macron a félicité Joe Biden pour sa victoire dans la présidentielle américaine dès samedi soir, peu après la proclamation de celle-ci par les médias. "Nous avons beaucoup à faire pour relever les défis d’aujourd’hui. Agissons ensemble!" a tweeté le président de la République. Les deux hommes doivent de surcroît s'appeler en début de semaine, selon l'entourage d'Emmanuel Macron.

Le soulagement de l'exécutif devant l'issue de la présidentielle américaine est palpable tant la tension personnelle et l'adversité autour des dossiers internationaux étaient grande entre Emmanuel Macron et Donald Trump. Si le gouvernement espère de l'arrivée au pouvoir de Joe Biden quelques changements bénéfiques dans les relations bilatérales, personne ne s'attend à un grand virage sur le fond.

Une diplomatie plus policée

Le premier changement sur lequel la France peut compter est d'ailleurs de pure forme. Joe Biden promet en effet un retour à une diplomatie plus traditionnelle, plus policée, voire plus polie.

Si le locataire de l'Elysée et le futur occupant de la Maison Blanche ne se sont jamais rencontrés et ne se connaissent pas, "un certain nombre de conseillers de Joe Biden étaient déjà aux affaires durant l'administration Obama et ont donc des relations avec nos diplomates", explique l'entourage du président français. Parmi ces diplomates qui devraient retrouver quelques visages connus, on note Philippe Etienne, ex-conseiller diplomatique d'Emmanuel Macron et ambassadeur à Washington. Ces ponts existent encore à plusieurs niveaux. Antony Blinken, conseiller en politique étrangère de Joe Biden, a fait ses études de droit à Paris. Sur un plan plus personnel et anecdotique, Jill Biden, l'épouse de l'ancien vice-président, est enseignante comme Brigitte Macron.

Une "approche coopérative" dans la lutte contre le Covid-19

En-dehors des questions de personnes, Paris mise sur le "retour à une approche coopérative", selon la formule employée par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, qui attend "beaucoup de la nouvelle administration" américaine sur "la gestion de la pandémie" du Covid-19, "la recherche d'un vaccin, la question de l'OMS".

Tandis que Donald Trump a souvent minimisé la gravité de l'épidémie, voire critiqué les gestes-barrière et le port du masque, Joe Biden a signalé la mise sur pied dès ce lundi d'une cellule de crise. Celle-ci est chargée d'échafauder une feuille de route pour lutter contre le virus d'ici à son intronisation, le 20 janvier prochain.

Le retour au sein de l'Accord de Paris

Mais c'est avant tout autour de l'Accord de Paris, que les États-Unis viennent de quitter officiellement mercredi dernier, trois ans après que Donald Trump a lancé ce retrait, que Joe Biden est attendu par les Français. L'élection du Démocrate "permet des ouvertures, en particulier sur le climat, avec son annonce du retour dans l'Accord de Paris, et sur le multilatéralisme. La France s'en réjouit", a ainsi noté l'Elysée. Mercredi, Joe Biden a ainsi tweeté:

"Aujourd’hui, le gouvernement Trump a officiellement quitté l’accord de Paris sur le climat. Et dans exactement 77 jours, un gouvernement Biden le rejoindra".

Joe Biden a par ailleurs assuré viser la neutralité carbone des États-Unis en 2050 et une électricité décarbonnée dès 2035.

Sans illusion

"Tant mieux si la relation transatlantique s'améliore, notamment sur le climat, mais elle restera compliquée", a toutefois observé Clément Beaune, secrétaire d'État aux Affaires européennes, dimanche sur CNews, rappelant que Donald a "servi de ciment à l'Europe" par son "style brutal". Même si "ce sera un bon président pour la planète", "il ne faut pas avoir de l'illusion sur ce que peut faire Biden", a prévenu l'ex-président François Hollande dimanche sur France 3. Joe Biden "continuera d'une certaine façon la politique d'Obama et pour partie celle de Trump dans les contentieux qu'il veut ouvrir, notamment sur le plan commercial" avec la Chine mais aussi l'Europe, ajoute-t-il.

Ce lundi matin, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a fait montre d'un certain optimisme dans un entretien accordé à France 2, tout en confirmant en creux les difficultés entre les deux parties:

"Cette élection américaine devrait nous permettre de refonder la relation transatlantique. Cette relation est historique, elle est aussi indispensable. Mais elle doit changer de nature parce que depuis quatre ans, le monde a changé de nature. Il y a davantage de brutalité, davantage de confrontations entre les puissances. Donc, la relation transatlantique doit se refonder dans un état d’esprit apaisé."

Le Drian veut ouvrir le dossier turc

Il a abordé ce chapitre des confrontations entre puissances, y compris au sein de l'OTAN: "Il y avait un doute sur l’Alliance atlantique. Il y avait un doute sur la volonté d’engagement des États-Unis mais aussi un doute de la part des États-Unis sur la détermination européenne." Jean-Yves Le Drian, qui a ces dernières semaines dû répliquer à plusieurs reprises aux emportements du président turc Recep Tayyip Erdogan et son gouvernement, a aussi ajouté:

"Donc il faut que l’on clarifie ça, y compris que l’on clarifie la place de la Turquie dans l’alliance car on assiste à une forte fuite en avant de la Turquie dans l’environnement européen et méditerranéen de la part d’un allié de l’alliance atlantique ce n’est pas acceptable. Cette clarification devra donc impérativement avoir lieu."

Article original publié sur BFMTV.com