L'accord LFI-PS peut-il faire disparaitre le Parti socialiste ?

Plusieurs membres du PS estiment que rejoindre l'Union populaire voulue par Jean-Luc Mélenchon serait synonyme de capitulation politique pour le parti à la rose. (NurPhoto via Getty Images)

Alors que La France Insoumise, EELV et le PC ont trouvé un accord en vue des élections législatives, le PS devrait également rejoindre cette alliance. Cela peut-il faire disparaître le Parti socialiste ?

La Nouvelle Union populaire écologique et sociale se constitue petit à petit en vue des élections législatives des 12 et 19 juin prochains. Quelques jours après les accords historiques entre LFI, EELV et le PCF, les négociations viennent d'aboutir à une alliance avec le Parti Socialiste, parti dans lequel Jean-Luc Mélenchon est resté plus de 30 ans. Malgré les désaccords qui subsistent entre les deux partis, les socialistes auraient obtenu 70 circonscriptions dans les négociations.

Jean-Luc Mélenchon avait annoncé la couleur il y a quelques jours après avoir indiqué dès dimanche que son parti se trouvait "à quelques millimètres" d'un accord avec le parti qu'il a quitté, fâché, en 2008. Mais cet accord ne laisse pas tout le monde indifférent, à commencer par Jean-Christophe Cambadélis qui appelle depuis plusieurs jours à refuser l'alliance avec LFI après avoir appelé des membres du parti à le "refonder". D'autres figures du PS comme Hélène Geoffroy, Carole Delga ou encore Rachid Temal s'opposent aussi à cette alliance en indiquant notamment que le PS ne doit pas "se soumettre au diktat de La France insoumise".

"Disparition", capitulation politique", "effacement final"...

La semaine dernière, François Hollande indiquait sur France Info que si son parti venait à accepter cet accord, "le PS aura décidé de disparaître". Dimanche soir, c'est le président du groupe socialiste au Sénat Patrick Kanner qui s'est montré prudent avant de ratifier un tel accord qui selon lui va plus loin qu'un simple accord électoral, annonçait-il sur RTL. Tout comme l'ancien président de la République, il juge que cette filialisation du PS derrière LFI peut provoquer "sa disparition potentielle en tant qu'entité". Julien Dray, ancien membre du bureau du PS, évoque de son côté "une capitulation politique" du PS en cas de ralliement tandis que Stéphane Le Foll parle d'un "effacement final".

Tous évoquent les fondements ou les principes du PS qui ne sont pas compatibles avec le programme de La France insoumise, à savoir la sortie de certains traités européens, la fondation d'une VIe République, la départ potentiel de l'Otan ou encore la promesse de ramener la retraite à 60 ans, ce qui est "impossible financièrement", selon François Hollande.

Un espoir dans 5 ans ?

Avec une telle alliance, François Hollande rappelle qu'"il n'y aura plus de candidatures plurielles, il y aura des candidatures uniques de l'Union populaire", ce qui "voudrait dire que dans les trois quarts des circonscriptions de France, il n'y aurait plus au premier tour de candidat socialiste, pas davantage de candidats, d'ailleurs, écologiste ou communiste." Pour Jean-Christophe Cambadélis, un accord avec LFI n'est "pas une proposition de coalition mais une reddition".

Alors que le parti est en crise depuis plusieurs années, après avoir réalisé 6,3% des voix à la présidentielle en 2017 avec Benoît Hamon et surtout 1,7% à la présidentielle en 2022 avec Anne Hidalgo, l'existence du parti historique pourrait bien être fortement menacée par cette alliance qui divise tant au sein même du parti à la rose.

Une alliance pour survivre ?

Benjamin Morel, maître de conférences à l’université Paris 2 Panthéon-Assas, affirme au contraire que le PS cherche une alliance avec La France insoumise pour pouvoir survivre. "Un parti a besoin d'élus et d'argent. S'il fait alliance avec La France Insoumise pour les législatives, c'est parce que c'est le seul moyen d'espérer compter des députés et surtout, un groupe d'au minimum 15 élus qui le fasse exister à l'Assemblée nationale", indiquait-il au Parisien. Benjamin Morel pense que dans 5 ans, lorsqu'Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter à l'élection présidentielle, il y a une possibilité qu'une partie de son électorat qui avait lâché le PS en 2017 retourne au bercail car selon lui, "l'électorat socio-démocrate s'est fait manger par Emmanuel Macron mais pas par LREM".

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