Accord sur le Haut-Karabakh: la crise politique se poursuit en Arménie

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Deux jours après la signature d’un accord de fin des hostilités avec l’Azerbaïdjan, une partie de la population proteste contre ce qu’elle estime être une capitulation de la part du Premier ministre Nikol Pachinian et demande sa démission. Dans la nuit de lundi à mardi, le siège du gouvernement et le Parlement ont été envahis par des manifestants et partiellement saccagés. Une vingtaine de figures de l’opposition ont été arrêtées pour leur rôle présumé dans ces violences.

Parmi les personnalités arrêtées, il y a des représentants du Parti républicain, du mouvement La patrie, de la formation non représentée au Parlement Dachnaktsoutioun et d’Arménie prospère, le parti de l’oligarque Gaguik Tsaroukian.

Ce député, richissime homme d’affaires, avait déjà été arrêté en septembre pour suspicion d’achat de voix, fraude et appropriation illégale de terres. Il avait été libéré sous caution, le mois dernier, alors que la loi martiale avait été imposée dans le pays sur fond de guerre dans le Haut-Karabakh.

Selon leservice d'enquête du parquet arménien, les hommes politiques arrêtés sont soupçonnés d’« organisation illégale de désordres de masse violents », crime passible de 10 ans de prison. Leurs soutiens dénoncent des arrestations illégales et parlent de persécutions politiques. De son côté, le Premier ministre accuse la contestation d'être pilotée par une oligarchie corrompue issue de l'ancien régime, celui-là même qu’il avait renversé il y deux ans, à la tête de la révolution de velours.

Nikol Pachininan, qui s’est entretenu avec le président ce jeudi matin, continue de s’expliquer dans des messages vidéo sur Facebook. « Nous devons tirer les leçons et comprendre quelles fautes ont été commises, avant de prévenir : Nous ne donnerons pas la possibilité aux représentants de l’ancien pouvoir d’instaurer le chaos dans le pays ». Une nouvelle manifestation de l'opposition était prévue ce jeudi à Erevan en début d'après-midi.

► Choses vues sur la route de Goris

La fin de la guerre au Haut-Karabakh signifie le déploiement des forces de maintien de la paix russes. Toute la région de Goris, la dernière ville avant la frontière de territoires du Haut-Karabakh conquis ces derniers jours par les forces azerbaidjanaises est fermée. Seuls les habitants, les soldats et les humanitaires y sont autorisés. RFI est le premier média à avoir pu s’y rendre.

Avec notre envoyée spéciale à Goris, Anissa el-Jabri

Policiers, soldats, membres des services secrets, uniformes bleus ou kaki, c’est une région sous haute surveillance. Le premier barrage est à 80 kilomètres de la capitale arménienne. Il faut faire preuve de patience et montrer patte blanche avant d'atteindre Goris.

Sur cette route qui jusqu'ici menait au Haut-Karabakh, circulent très peu de voitures civiles, essentiellement sur le sens du retour vers la capitale. Ce sont des familles qui déménagent, avec des valises, des tables, des chaises ficelées et bachées qui débordent de petites camionnettes. On voit aussi descendre vers Erevan des ambulances à petite vitesse pour le transport des blessés et des morts.

Dans le sens de la montée, sous les sommets des montagnes blanchis par les premières neiges, circulent quelques véhicules de la Croix-Rouge, des camions bachés russes et arméniens et surtout des tanks, souvent transportés par deux à petite vitesse dans les virages. Ceux de l'armée arménienne pour aller sécuriser la frontière côté sud, et ceux des soldats russes le plus souvent déjà siglés « Force pacificatrice russe ».