75e anniversaire de la libération d’Auschwitz: le monde se souvient à Yad Vashem

Des dizaines de dirigeants internationaux étaient présents ce jeudi 23 janvier à Yad Vashem, le mémorial de l'Holocauste, à Jérusalem pour commémorer la Shoah, l'extermination de six millions de juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Avec notre correspondant à JérusalemGuilhem Delteil, et notre envoyée spéciale, Valérie Gas

Une quarantaine de présidents, de têtes couronnées ou de Premiers ministres ont fait le déplacement pour les cérémonies du 75e anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz. Il n'y a qu'à l'occasion des obsèques d'Yitzhak Rabin et de Shimon Peres qu'Israël avait reçu autant de dirigeants en même temps.

Ne pas oublier la Shoah

Pour retracer l'histoire de l'Holocauste, la cérémonie a mêlé vidéos historiques et témoignages de rescapés. Comme celui de l'ancien grand rabbin Israel Meir Lau, déporté au camp de Birkenau. « J'y suis arrivé, je n'avais de nom. J'étais juste un numéro. Prisonnier numéro 1-1-7-0-3-0. A 7 ans et demi, quel crime avais-je pu comettre pour être un prisonnier ? »

Les dirigeants israéliens, mais aussi américain, russe, britannique, français et allemand ont pris successivement la parole pour appeler à ne pas oublier ce drame du XXe siècle et mettre en garde face au regain de l'antisémitisme actuel. « Nous ne devons jamais cessé d'être répulsé ni ému par les témoignages de ceux qui y ont survécu. Leur expérience doit à jamais éduquer, guider et nous mettre en garde », a déclaré le prince Charles.

Mais 75 ans après la libération d'Auschwitz par l'Armée rouge, l'histoire de la Seconde Guerre mondiale demeure un sujet sur lesquelles les sensibilités nationales sont vives. Dans son intervention, le président russe Vladimir Poutine a tenu à glorifier le rôle de son pays : « En 1945, le peuple soviétique est celui qui a mis fin à ces programmes abominables de la part des nazis. » Benyamin Netanyahu, pour sa part, a insisté sur la menace que représente l'Iran à ses yeux pour la sécurité d'Israël. Et il a invité les dirigeants présents à s'aligner sur la politique américaine.

Quelques polémiques ont toutefois accompagné cette cérémonie : le président polonais l'a boycottée, mécontent de la place faite au président russe qui accuse son pays d'avoir une part de responsabilité dans la Seconde Guerre mondiale. Et en raison du nombre d'invités internationaux, peu de survivants ont été conviés. Ce matin, le président ukrainien a décidé de céder les places de sa délégation à des rescapés. Une décision qualifiée d'« étrange » par Yad Vashem.

L'occasion de rencontres bilatérales entre les dirigeants

De tous les dirigeants présents à Jérusalem ce jeudi, Vladimir Poutine était le seul en visite officielle. Et il était certainement l'un des plus attendus. Lors de son entretien avec Benyamin Netanyahu, le président russe a rencontré la mère de Naama Issachar, une jeune Israélienne emprisonnée en Russie pour avoir été en possession d'une dizaine de grammes de cannabis. Vladimir Poutine lui a assuré que « tout se passera bien », laissant entendre qu'une libération de la jeune femme était possible.

Mais la presse israélienne s'interroge sur les contreparties données par Israël. L'une serait l'aide du gouvernement pour résoudre un conflit foncier concernant une église russe dans la vieille ville de Jérusalem. Une autre concession pourrait être sur la lecture de l'histoire de la seconde guerre mondiale par Vladimir Poutine : pour le président russe, son pays a été uniquement une force de libération face au nazisme alors que l'URSS avait signé un traité de non-agression avec l'Allemagne d'Adolf Hitler en 1939 et qu'elle n'est entrée en guerre qu'en 1941.