Quand la 5G s'invite dans les programmes des candidats aux municipales

Olivier Chicheportiche
Une femme sort d'un isoloir à Trappes, le 26 mai 2019. - LUCAS BARIOULET / AFP

La 5G devrait être une réalité commerciale en 2021 en France. Les opérateurs vont en effet commencer les déploiements cette année. Si cette nouvelle norme mobile apportera toujours plus de débits pour les mobinautes, il s'agit surtout d'un enjeu essentiel pour l'aménagement du territoire, l'accès au très haut débit pour tous et la compétitivité des entreprises.

La 5G promet ainsi de révolutionner le monde industriel dans les domaines de la production, de la logistique, du transport, du véhicule autonome sans oublier la ville intelligente… Mais c'est aussi un enjeu politique. En effet, la 5G est aujourd'hui au centre de beaucoup de contestations, accusée notamment par des associations d'être nocive pour la santé à travers ses antennes qui vont se multiplier sur le territoire. Le sujet, clivant, apparaît désormais dans les programmes des candidats aux élections municipales dont le second tour se tient ce dimanche. Des candidats souvent issus des partis écologistes qui sont en position de force lors de ce scrutin. Il s'agit pour certains de parfois reprendre à leur compte cette contestation afin de gonfler leur bassin électoral.

Certains n'hésitent pas à se prononcer clairement pour un moratoire voire contre les déploiements de la 5G. A Besançon, Anne Vignot, tête de liste "Besançon par nature (EELV, PS, PCF, G·s, À gauche citoyens)", arrivée en première position au premier tour, lance dans un tweet: "La 5G pose des problèmes de santé publique. Attention à ne pas courir après des technologies qui nous amèneraient dans le mur". Sans étayer son propos.

Un réseau ADSL vieillissant

Une sortie qui n'a pas manqué d'ulcérer le candidat LR, Ludovic Fagaut. "Sous couvert de prétendus risques sanitaires, inconnus des autorités françaises compétentes (ARCEP, ANFR et ANSES) et fédérations spécialisées, un tel refus ferait prendre le risque de recréer une fracture numérique (et in fine une fracture sociale) autour de l'accès au Très Haut Débit mobile très attendu par nos concitoyens", écrit-il dans un communiqué.

Et de rappeler que "pour le grand public qui souffre de l’ADSL empruntant le réseau cuivre vieillissant, nous devrons faciliter un déploiement de la 5G parfois plus rapidement car la fibre optique jusqu'à l'abonné laisse encore de côté trop de foyers dans notre territoire en raison de diverses contraintes techniques (habitat isolé, infrastructures de génie civil inaccessibles, contraintes ABF en centre-ville, etc)".

Volte-face de la maire de Nantes

A Nantes, l'opposition à la 5G semble relever de l'opportunisme électoral. Ainsi, avant la campagne, la maire de la cité bretonne et présidente de Nantes Métropole, Johanna Rolland, s'enthousiasmait de l'arrivée de la 5G, perçue comme "excellente nouvelle" et "une composante clef du projet du numérique pour tous".

Mais après le premier tour, une union avec les écologistes a été passée et le ton a brutalement changé. La 5G se transforme alors soudain en innovation dont il faut se méfier. La maire a-t-elle dû céder sur ce point pour obtenir les voix écologistes?

Cette opposition de candidats voire de maires en place n'est pas à prendre à la légère. Car les opérateurs ont besoin de leurs accords pour installer de nouvelles antennes par exemple. Si les refus se multiplient, les retards seront très importants, les opérateurs devant lancer des recours en justice. Et chez les acteurs du secteur, on commence à sérieusement s'inquiéter de ce mouvement de contestation.

Un risque sanitaire qui n'a jamais été prouvé

Au niveau national, les associations Agir pour l'Environnement et PRIARTEM ont déposé le 17 février un recours devant le Conseil d'État afin d'obtenir un moratoire sur la 5G qui représenterait un danger pour l'environnement et la santé.

Mais rappelons qu'à ce jour, ce risque n'a jamais été confirmé. Récemment, l'ANFR, l'Agence nationale des fréquences a publié son étude basée sur des mesures d'émissions d'ondes issues de 43 sites 5G expérimentaux déjà déployés en France. Elle livre des conclusions qui laissent peu de place au doute. Elles montrent que, sur 43 sites, le niveau moyen d’exposition s’établissait à 0,06 V/m, avec un niveau maximal de 0,36 V/m. Soit à des années lumière de la limite réglementaire fixée à 61 V/m dans cette bande de fréquences. "Les niveaux d’exposition sont donc très faibles", tranche l'ANFR.

Article original publié sur BFMTV.com