La 5e vague de Covid en France peut-elle se comparer à la 2e?

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La 5e vague de Covid-19 n'est pas aussi importante en France que celle de l'automne 2020 grâce à la vaccination, mais la contagiosité du variant Delta fait malgré tout craindre une hausse des hospitalisations. (Photo: Jasmin Merdan via Getty Images)
La 5e vague de Covid-19 n'est pas aussi importante en France que celle de l'automne 2020 grâce à la vaccination, mais la contagiosité du variant Delta fait malgré tout craindre une hausse des hospitalisations. (Photo: Jasmin Merdan via Getty Images)

SANTÉ - “Fulgurant”, c’est le superlatif utilisé dimanche 21 novembre par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal pour décrire le début de la 5e vague de Covid-19 en France. Un an plus tôt, le 30 octobre 2020, Emmanuel Macron parlait d’une “accélération soudaine de l’épidémie” avant d’annoncer un second confinement.

Difficile ces derniers jours de ne pas repenser à la vague de l’automne 2020 qui a déferlé sur l’Europe et entraîné des mesures drastiques pour tenter de diminuer la circulation du coronavirus en France et chez nos voisins. L’un d’entre eux, l’Autriche, a même décidé de confiner toute sa population une dizaine de jours.

Pour autant, s’il y a beaucoup de similitudes, à commencer par une hausse probablement liée au changement de saison et à la météo, la 5e et la 2e vague ont des causes (et, espérons-le, des conséquences) très différentes.

Des courbes bien plus basses, mais...

Nous ne sommes pas dans la situation d’urgence de l’automne dernier. Seuls 27% des lits en réanimation sont occupés par des patients Covid-19, contre plus de 90% un an plus tôt, à la mi-novembre 2020, en plein pic. Pour autant, la 5e vague progresse vite, car la hausse exponentielle s’accélère.

Face au coronavirus, il n’y a que trois possibilités. Soit une personne contaminée infecte moins d’une personne, auquel cas l’épidémie régresse. Soit elle infecte une seule personne, alors l’épidémie stagne. Soit elle infecte plus d’une personne, alors le virus progresse.

Même si cette progression est faible, elle peut devenir dramatique si rien n’est fait pour la stopper, car le nombre de contaminations double mécaniquement de manière régulière. Il suffit par exemple de six doublements pour passer de 100 à plus de 10.000 cas par jour si rien ne change dans la circulation du virus.

Le problème, c’est que la progression du virus s’accélère (le nombre de cas double de plus en plus vite). Ces derniers jours, la hausse est même de 80% sur une semaine, même si les récents jours fériés peuvent biaiser ce chiffre. Si cette augmentation continue, elle sera plus forte que celle de 2020, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous.

La bonne nouvelle, c’est que l’occupation des services hospitaliers, notamment la réanimation augmente, mais moins vite pour l’instant. Un “décrochage” qui pourrait s’expliquer par les vaccins, dont l’effet principal est de réduire drastiquement le risque de forme grave du Covid-19.

Pour autant, il faut se rappeler qu’il y a toujours un délai entre le fait de tomber malade et d’être dépisté (donc le nombre de cas) et le fait de faire une forme grave (qui entraîne une hospitalisation). Comme on le voit dans les deux graphiques ci-dessous, si la hausse est plus lente pour les indicateurs hospitaliers, reste à voir comment la forte accélération des nouveaux cas de ces derniers jours va se faire sentir.

La vaccination contrebalancée par Delta et la vie d’avant

Que la hausse s’accélère ou non, si rien ne change, la situation dans les hôpitaux va se tendre à mesure que l’épidémie progresse. Mais cela ne veut pas dire que les vaccins n’ont aucun effet, loin de là. On le voit bien sur le graphique ci-dessous, réalisé par la Drees, qui montre la part d’entrées en soins critiques à l’hôpital en fonction du statut vaccinal. En clair, on a environ 8 fois plus de risque d’avoir une forme grave demandant une hospitalisation intensive si l’on n’est pas vacciné.

Pour la 5e vague de Covid-19, comme la 4e, le statut vaccinal a un fort impact sur le risque de finir à l'hôpital (Photo: DREES)
Pour la 5e vague de Covid-19, comme la 4e, le statut vaccinal a un fort impact sur le risque de finir à l'hôpital (Photo: DREES)

Alors si les vaccins fonctionnent, pourquoi a-t-on encore une nouvelle vague? D’abord, car ils ne sont pas efficaces à 100%. De plus, leur efficacité (surtout pour bloquer la transmission) baisse avec le temps. Mais surtout, depuis la deuxième vague de l’automne 2020, les choses ont bien changé.

Pour bien comprendre, il faut se rappeler que plus nous avons de contacts à risque, plus le virus se répand vite. Or, d’un côté, nous portons de moins en moins le masque et de l’autre, nous nous regroupons beaucoup plus que l’année dernière, comme le montre ce graphique du sondage CoviPrev, réalisé par Santé publique France.

Le port du masque notamment est moins répandu aujourd'hui, en pleine 5e vague de Covid-19, qu'il y a un an. De même, les Français évitent moins les rassemblements qu'à l'automne 2020. (Photo: Santé Publique France)
Le port du masque notamment est moins répandu aujourd'hui, en pleine 5e vague de Covid-19, qu'il y a un an. De même, les Français évitent moins les rassemblements qu'à l'automne 2020. (Photo: Santé Publique France)

Les données de mobilités de Google sur la position de nos smartphones, confirment cela. Les graphiques ci-dessous montrent l’évolution (en pourcentage) de la fréquentation des commerces et restaurants, de nos lieux de travail et de nos foyers, par rapport à la période prépandémique.

Il est clair que si nous n’avons pas retrouvé la “vie d’avant” entièrement, nous allons plus au travail qu’à l’automne 2020, plus au restaurant et dans des commerces; bref, nous restons moins à la maison et donnons plus d’opportunités au virus de se répandre.

Mais normalement, même avec un vaccin pas efficace à 100%, une population pas entièrement vaccinée et un retour au “monde d’avant”, nous aurions dû éviter cette nouvelle vague. Ce qui a changé la donne, c’est le variant Delta.

Dominant dans toute l’Europe depuis cet été, on considère qu’il est environ deux fois plus contaminant. Cela veut dire qu’il se répand plus, mais cela veut aussi dire qu’atteindre l’immunité collective est encore plus difficile, surtout avec des vaccins qui n’empêchent pas la transmission à 100%.

Début 2021, quand les premiers résultats indiquaient que les vaccins empêchaient l’infection à 85% et que Delta n’était pas là, on estimait qu’il fallait que 70% de la population soit immunisée (vaccin ou guérison) pour que le virus ne puisse plus circuler. Avec Delta, même si les vaccins ne perdaient pas d’efficacité sur la transmission, il faudrait vacciner environ 94% de la population, rappelle le statisticien Adam Kucharski.

La taille de cette 5e vague par rapport aux précédentes permettront de savoir si la forte contagiosité du variant Delta sera plus ou moins forte que l’effet des vaccins.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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