5 inventions de femmes volées par des hommes: le Monopoly

Céline Hussonnois-Alaya
·4 min de lecture

1/5 - Cet été, BFMTV.com revient sur ces nouveautés ou avancées scientifiques que l'on doit à des femmes mais revendiquées par des hommes. Début de cette série avec un jeu au succès planétaire: le Monopoly.

C'est l'histoire d'un mensonge. Le Monopoly aurait 86 ans, serait l'incarnation du capitalisme et son inventeur un homme, américain, du nom de Charles Darrow. Mais il n'en est rien: le jeu est bien plus vieux, à des kilomètres d'encenser la propriété privée et Charles Darrow n'en est pas non plus le concepteur. Il n'a en réalité fait que reprendre et styliser un jeu plus ancien, "The Landlord's game", soit "Le Jeu du propriétaire foncier".

Illustrer la "nature antisociale du monopole"

Ce dernier a été inventé trente ans plus tôt non pas par un Américain mais une Américaine. Son nom: Elizabeth Magie, sténographe de profession aux idées politiques ancrées bien à gauche, une femme qui s'est par ailleurs déjà illustrée en inventant un dispositif permettant de faire glisser plus facilement le papier dans les machines à écrire.

Par ce jeu, Elizabeth Magie, favorable au contrôle des propriétaires immobiliers et à une taxe sur les plus-values, avait l'ambition de sensibiliser les joueurs aux dangers du capitalisme exacerbé et d'illustrer la "nature antisociale du monopole". Le brevet est officiellement enregistré le 5 janvier 1904.

À l'époque, le jeu est subversif: le début du XXe siècle est à la célébration du capital. L'économie est florissante et innove, notamment avec le fordisme ou le taylorisme. Le mythe du "self-made man" voit le jour et donne naissance au rêve américain. À l'opposé des critiques de "The Landlord's game".

Jugé trop politique

Il est édité à partir de 1910 et se répand aux États-Unis sans que les règles ne soient écrites, notamment dans les milieux intellectuels ou de gauche. Transmises par le bouche-à-oreille, elles pouvaient ainsi varier selon le public et les orientations politiques des joueurs. D'autant que le jeu était très prisé dans les milieux étudiants, ces derniers faisaient même leur propre copie, ou encore comme outil en cours d'économie, parfois même déjà appelé "Monopoly".

Elizabeth Magie dépose en 1924 un autre brevet pour une seconde version du jeu, avec cette fois des noms de rues. Le jeu dépasse les frontières américaines et commence à voyager sous différents noms. Elle le propose à la société éditrice de jeux Parker Brothers qui le refuse, le jugeant trop politique.

Pour voir le plateau de jeu original de "The Landlord's game" en 1904, c'est ici. Pour sa deuxième version en 1924, c'est là.

Les droits rachetés 500 dollars

Lors d'une soirée avec des voisins, un homme du nom de Charles Darrow, au chômage depuis la Grande Dépression qui a suivi le krach boursier de 1929, découvre le jeu - une copie rapportée par une connaissance avec un plateau dessiné à la main et les noms des rues d'Atlantic City. Il apprend le jeu puis, de retour chez lui, le copie. Il contacte une société d'impression, lui donne de la couleur et le commercialise lui-même sous le nom "Monopoly". Il échoue une première fois à en revendre les droits à Parker Brothers, qui estime que le jeu est trop compliqué, trop technique et trop long.

Mais face au succès que rencontre le Monopoly dont Charles Darrow clame la paternité, Parker Brothers fait marche arrière et le lui rachète en 1935. La société achète également tous les brevets de jeux similaires afin de s'assurer l'ensemble des droits et limiter les risques de poursuites.

La réussite est immédiate: la première année, il s'en vend 20.000 exemplaires chaque semaine, comme le relatait Libération. Charles Darrow s'assure de généreuses royalties et devient le premier millionnaire à avoir bâti sa fortune grâce à un jeu. Ceux d'Elizabeth Magie sont également rachetés. Mais à bas prix: elle obtient 500 dollars. Et surtout sans aucun droit d'auteur.

275 millions d'exemplaires dans le monde

Selon la légende, le prototype de Charles Darrow aurait été réalisé dans une toile cirée avec des pièces bois pour figurer maisons et hôtels. Si, sur le plateau, ce sont les rues d'Atlantic City qui figurent, il prétendra plus tard que c'était parce qu'il aimait y passer ses vacances. Un long procès prouvera la supercherie: le Monopoly de Charles Darrow est bel et bien la copie de versions précédentes du jeu, dont celle d'Elizabeth Magie.

De décennies en décennies, le succès est sans appel et planétaire. Il se serait vendu à plus de 275 millions d'exemplaires dans le monde, quelque 500.000 chaque année rien que pour la France. Le jeu est édité dans plus d'une quarantaine de langues, dont en espéranto. Il existe même un championnat du monde - la victoire au championnat de France donnant le droit d'y participer.

Les déclinaisons sont innombrables: Monopoly Dragon Ball ou Game of Thrones, Monopoly Dijon ou Saint-Barth, Madame Monopoly - "le premier jeu où les femmes gagnent plus que les hommes"

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Article original publié sur BFMTV.com

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