Il y a 41 ans, Marguerite Yourcenar devenait académicienne malgré elle

Par Frédéric Lewino
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Discours de réception de Marguerite Yourcenar à l'Académie française, le 22 janvier 1981.
Discours de réception de Marguerite Yourcenar à l'Académie française, le 22 janvier 1981.

Imaginez le traumatisme vécu en 1980 par certains des barbons à bicorne siégeant sous la Coupole à l'idée de côtoyer une femme. Sacrilège ! Une insulte à la tradition ! Qui plus est, le jour du vote, cette « sorcière » méprisante se prélasse à bord d'un paquebot, au large des côtes de Floride.

Certes, dans le monde d'avant, il n'était pas bon de porter jupon. Lui attribuer le grand prix de la littérature française en 1977 pour son ?uvre majeure Les Mémoires d'Adrien, c'est une chose. Mais lui donner un fauteuil jamais encore pollué par un fondement féminin, c'en est une autre. D'autant que la dame est devenue américaine en 1947 et qu'elle ne montre pas un enthousiasme délirant pour sommeiller parmi ses confrères masculins. Elle préfère la douceur de son île américaine. En fait, le trublion, ce n'est pas elle. C'est le sémillant Jean d'Ormesson, ce petit jeunot de 55 ans, élu 7 ans auparavant.

Elle est aussi étrangère au féminisme qu?un Esquimau à la danse classique.

C'est lui qui est allé solliciter Yourcenar dans sa paisible retraite. C'est lui qui la convainc d'endosser l'habit vert alors qu'elle n'a jamais rien voulu de tel. Et pourquoi ? Parce que la lecture de ses ?uvres l'a convaincu de son génie, et que le fait de son sexe est secondaire. Il est temps qu'une femme de talent devienne à son tour immortelle. Rien ne l'interdit dans les statuts de la noble assemblée. Sinon la traditionnelle misogynie des siècles passés. Le choix de Yourcenar n'est pas enti [...] Lire la suite