400 points de deal en moins en 10 mois: où en est la lutte contre le trafic de drogue?

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Des policiers dans le quartier de La Duchère, à Lyon, le 26 octobre 2021 - PHILIPPE DESMAZES © 2019 AFP
Des policiers dans le quartier de La Duchère, à Lyon, le 26 octobre 2021 - PHILIPPE DESMAZES © 2019 AFP

C'est une lutte permanente à laquelle s'attellent les policiers pour lutter contre les trafics de stupéfiants qui gangrènent les quartiers. Alors que le ministre de l'Intérieur avait promis de "harceler" les trafiquants, le nombre de points de deal a baissé de 10% ces 10 derniers mois. Au début de l'année, 3952 points étaient recensés par les autorités. Il y en aurait aujourd'hui 3566.

Cette baisse se note, selon le ministère de l'Intérieur, dans des départements importants comme dans le Nord où l'on observe 41 points de deal en moins, en Seine-Saint-Denis qui a vu 67 points de deal démantelés ou encore dans le Rhône, avec 80 points de deal en moins.

Des chiffres à nuancer

A son arrivée au ministère de l'Intérieur, Gérald Darmanin avait demandé une cartographie des points de deal alors qu'il promettait de "harceler" les dealers pour mettre fin aux trafics. Cette cartographie avait alors révélé la tenue de près de 4000 lieux de vente de stupéfiants sur tout le territoire.

"Ce sont les trafiquants qui vont arrêter de dormir", avait promis le locataire de Beauvau en décembre dernier.

Certains syndicats policiers s'interrogent toutefois sur la méthode de calcul et rappellent le travail constant que nécessite cette lutte. "Si dans un hall, on interpelle un chef de point avec une équipe et que le trafic disparaît, mais que dans le hall d'à-côté, il réapparaît, on a rien fait du tout, on a fait que déplacer le problème", estime Erwan Guermeur, secrétaire départemental du syndicat Unité SGP Police Fo de Seine-Saint-Denis. Selon le ministère, le chiffre avancé prend en compte les points de deal recréés.

Un travail de collecte de preuves

Le travail au quotidien des forces de l'ordre se confronte en effet à deux écueils. En premier lieu, la difficulté du démantèlement face à des "trafiquants qui s'adaptent en permanence", rappelle Christophe Rouget, le secrétaire général du syndicat des cadres de sécurité intérieure. A Boussy-Saint-Georges, en Essonne, il a fallu plus de deux mois pour venir à bout d'un point de deal installé en plein centre-ville, face à une école.

"Démanteler un point de deal ce n’est pas seulement faire intervenir les forces de l’ordre et interpeller les trafiquants, soutient Romain Colas, le maire PS de la ville. Bien souvent ils sont intelligents, ça nécessite un travail de police judiciaire, avec un travail de collecte d’éléments de preuves, de planques."

La deuxième difficulté réside dans les représailles liées à cette lutte contre les trafics. "Ce sont des enjeux phénoménaux, ce sont des millions d’euros, rappelle Christophe Rouget. Dès que vous dérangez cette économie souterraine, vous faites perdre de l’argent à ces businessmen." Une lutte qui a ainsi été marquée par différents événements particulièrement violents: la mort du brigadier Eric Masson tué sur un point de deal à Avignon, les tirs à la kalachnikov contre la bac Nord à Marseille ou encore les tirs contre les policiers dans le quartier de la Duchère, à Lyon.

La légalisation comme solution?

Policiers, acteurs locaux estiment alors que l'action menée par le gouvernement "éloigne de la vue de toutes et de tous" les points de deal, plus qu'il ne lutte contre un phénomène global. "Il faut éviter que ces trafics soient visibles, car ils créent beaucoup de nuisances", analyse Guillaume Farde, consultant police-justice à BFMTV. "La vérité, c’est qu’il y a des clients, qu’il y a un marché, aujourd’hui on ne traite pas ce sujet-là", abonde Romain Colas.

En plus de mettre du bleu sur le terrain, le gouvernement a lancé une plateforme citoyenne de signalements des points de deal. Depuis le mois de mars, 9000 alertes ont été réalisées sur ce site. L'action gouvernementale vise également les consommateurs avec l'extension de l'amende forfaitaire de 200 euros. 110.000 ont été dressées depuis sa création en septembre 2020.

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Cette lutte contre les trafics de drogue relance une nouvelle fois le débat sur la légalisation du cannabis. "Cela permet d’éviter d’avoir des points de deal, cela permet d’éviter d’avoir des enfants en contact avec les produits psychotropes, estime Emmanuelle Auriol, professeure à l'école d'économie de Toulouse. Il n’y aura pas autant de points de deal si on légalise le cannabis."

Reste que la drogue, ce n'est pas seulement le cannabis, mais aussi la cocaïne ou l'héroïne. "C'est un marché beaucoup plus petit, plus résiduel donc plus difficile à déployer sur le territoire", conclut l'économiste et auteure de Pour en finir avec les mafias sexe, drogue et clandestins: et si on légalisait?

Article original publié sur BFMTV.com

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