3e dose pour tous aux USA: OMS et scientifiques s’insurgent

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Pourquoi les scientifiques sont vent debout contre la troisième dose? “L'augmentation des niveaux de COVID-19 favorisera l'évolution de nouvelles variantes qui pourraient être encore plus transmissibles que Delta
Pourquoi les scientifiques sont vent debout contre la troisième dose? “L'augmentation des niveaux de COVID-19 favorisera l'évolution de nouvelles variantes qui pourraient être encore plus transmissibles que Delta

Nature. (Photo: FREDERIC J. BROWN via AFP)" data-caption="Pourquoi les scientifiques sont vent debout contre la troisième dose? “L'augmentation des niveaux de COVID-19 favorisera l'évolution de nouvelles variantes qui pourraient être encore plus transmissibles que Delta" explique un avis paru dans Nature. (Photo: FREDERIC J. BROWN via AFP)" data-rich-caption="Pourquoi les scientifiques sont vent debout contre la troisième dose? “L'augmentation des niveaux de COVID-19 favorisera l'évolution de nouvelles variantes qui pourraient être encore plus transmissibles que Delta" explique un avis paru dans Nature. (Photo: FREDERIC J. BROWN via AFP)" data-credit="FREDERIC J. BROWN via AFP" data-credit-link-back="" />

CORONAVIRUS - Un tollé. Mercredi 18 août, les autorités de santé des États-Unis ont fait savoir que l’ensemble des Américains vaccinés il y a plus de huit mois pourraient obtenir une troisième dose des vaccins Pfizer et Moderna, à partir du 20 septembre.

Cette annonce a été suivie de vives critiques de la part de la communauté scientifique internationale. Un grand nombre d’experts et d’institutions estiment que distribuer ce rappel vaccinal à l’ensemble des Américains en âge d’être vaccinés n’est, au mieux pas utile, au pire contre-productif pour la lutte mondiale contre le Covid-19.

Première inquiétude, l’utilité de ce rappel. Les Américains ont fait le choix d’ouvrir cette nouvelle campagne à tous les vaccinés, alors qu’il n’existe pas encore de consensus sur sa nécessité: “Il n’y a pas de justification scientifique convaincante de l’importance d’une troisième dose, en dehors de quelques cas médicaux très particuliers”, estime Antoine Flahault, épidémiologiste à l’Institut de Santé Globale de l’Université de Genève, interrogé par Le HuffPost.

Manque de données

Si la France et de plus en plus de pays dans le monde mettent en place une campagne de rappel, elle est d’ordinaire réservée aux personnes de plus de 80 ans, aux immunodéprimés et aux personnes ayant des pathologies spécifiques, car l’immunité acquise par ces publics s’affaiblit rapidement. Huit mois après la deuxième dose, ils ne seraient pas suffisamment protégés, selon la plupart des études.

Quelques heures avant l’annonce américaine, Soumya Swaminathan, la scientifique en chef de l’OMS alertait elle aussi sur le bien-fondé d’une telle décision: “Les données actuelles n’indiquent pas que les rappels sont nécessaires. Nous ne savons pas quand pourraient-ils s’avérer nécessaires, quels groupes de personnes en auraient besoin et quels vaccins faudrait-il administrer″, a-t-elle expliqué en conférence de presse.

Au-delà du manque de données, l’objectif poursuivi embarrasse les scientifiques: “C’est une décision court-termiste, très discutable par rapport à l’objectif initial qui est de vacciner le plus rapidement possible, le plus de monde possible, sur la totalité de la planète”, ajoute Antoine Flahault.

“La troisième dose n’est pas la priorité. Certains pays parmi les plus riches en sont déjà à envisager une surprotection alors que le reste de la planète n’est pas protégée. Le virus circule partout dans les pays en développement”, affirme Catherine Hill, épidémiologiste à l’Institut Gustave Roussy, interrogée par LeHuffPost.

Ailleurs, seulement 15% de vaccinés

À l’heure où Joe Biden a annoncé en direct sur la chaîne ABC qu’il allait recevoir une troisième dose, la couverture vaccinale des pays en dehors du G20 ne dépasse pas 15%. Injecter un rappel maintenant reviendrait à “distribuer des gilets de sauvetage supplémentaires à des personnes qui en ont déjà un, pendant que nous laissons d’autres personnes se noyer sans le moindre gilet de sauvetage”, selon Mike Ryan, le directeur des urgences de l’OMS.

Même la revueNature, considérée comme à la pointe de la science, s’est fendue d’un avis défavorable: “Au lieu d’offrir des rappels à un grand nombre de personnes, les pays riches doivent s’employer plus activement à faire vacciner le monde entier”, peut-on lire dans un article publié mardi 17 août.

Riposte immédiate de la Maison-Blanche: “Nous pouvons prendre soin des Américains et aider le monde en même temps”. Joe Biden a annoncé faire don de plus de 200 millions de doses à d’autres pays, en parallèle des 100 millions de doses de rappel bientôt injectées sur leur territoire.

Risque de variants résistants aux vaccins

Reste que les commandes de rappels vont tenir occupés les fabricants. Ces derniers ne disposent pas de capacités de production illimitées. Et d’autres pays riches pourraient à leur tour distribuer des rappels, suite à la décision américaine. Pas vraiment de quoi donner la priorité à l’élargissement de la couverture vaccinale mondiale.

Le risque? “L’augmentation des niveaux de COVID-19 favorisera l’évolution de nouveaux variants qui pourraient être encore plus transmissibles que Delta, plus mortelles que les souches existantes ou capables d’échapper à la réponse immunitaire”, conclut Nature. Tant que l’ensemble de la population mondiale n’a pas atteint une très haute couverture vaccinale, il est possible qu’un variant résistant aux vaccins émerge dans un pays peu vacciné et qu’il s’impose partout dans le monde. Une troisième dose n’aurait alors plus aucun effet.

À voir également sur Le HuffPost: pourquoi certains variants s’imposent et d’autres non? (expliqué par les jeux vidéo)

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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