3e dose et présidentielle, comment éviter de se fâcher au réveillon de Noël

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Règle numéro 4: Si l'ambiance se tend, dites
Règle numéro 4: Si l'ambiance se tend, dites

NOËL - Votre oncle vous interdit de critiquer Zemmour? Votre mère s’est déclarée antivax pour la 3e dose? Vous le sentez, le repas de Noël va être un enfer, sans doute plus que les années précédentes, avec la présidentielle qui se joue dans 4 mois et le variant Omicron qui donne de la voix.

Alors, comment faire de ce dîner un moment vivable? En buvant? Certes, mais cela peut envenimer les conversations. En s’abstenant de donner son avis? C’est dommage. Et si vous vous preniez pour Montaigne?

Oui, Michel de Montaigne, le philosophe bordelais du 16e siècle, celui qui a fait de la conversation, un art. Grâce à l’ouvrage du journaliste Didier Pourquery, Sauvons le débat, publié aux Presses de la Cité, qui voit en Montaigne un amoureux du débat ingénieux, le philosophe apparaît comme la solution idéale aux discussions qui s’aggravent.

Dans cet essai, Didier Pourquery convoque Montaigne, mais aussi Socrate, Condorcet, Camus et, proche de nous, Étienne Klein. Ces penseurs se sont intéressés aux trames des débats, ce qui les crée, les tend, les enrichit et ce qui les rend impossibles.

Nuance et silence...!

On y redécouvre le bonheur de la nuance, que l’essayiste Jean Birnbaum avait déjà porté dans Le courage de la nuance. On y goûte le plaisir du silence, avec une délicieuse citation de Roland Barthes: “Nos réponses, nos opinions et notre engagement par rapport à toutes les situations que nous vivons sont le plus souvent des façons pour nous de défendre l’image de nous-mêmes que nous croyons devoir projeter au regard des autres.”

Ce livre est une mine d’or pour qui veut retrouver de la mesure dans le débat. Grâce à lui, et aux astuces que Didier Pourquery, directeur de la rédaction de The Conversation, a accepté de livrer au HuffPost, votre repas de Noël va bien se passer.

Règle numéro 1 : Engager le débat avec des gens ouverts aux échanges

“Vous connaissez votre famille, s’amuse Didier Pourquery. Vous savez qu’il y a des gens avec qui vous pouvez discuter et d’autres non. Donc, engagez le débat avec ceux qui l’aiment vraiment, le débat. Et si l’un de ceux que vous vouliez éviter s’invite dans votre conversation, changez de sujet.”

“Une partie de ma famille est américaine, continue le journaliste. En 2015, les débats se sont polarisés autour de Donald Trump. Avec les pro-Trump, il était devenu impossible de discuter. Aucun argument, même infime ou peu critique, n’était audible. Alors, je me suis mis à les écouter. Pas activement, je ne les relançais pas. Mais je restais attentif à leurs discours. C’était une manière agréable de passer un moment. J’ai appris beaucoup de choses sur ce qui avait emporté leur opinion chez Trump.”

Règle numéro 2: Écouter, puis questionner

“Dans les salons du 17e siècle, continue Didier Pourquery, la conversation était très valorisée, tout comme l’art d’écouter. Écouter, c’est mettre son énergie dans l’écoute sincère des arguments de l’autre, sans penser aux siens, ni aux prochains que l’on opposera. C’est la capacité à saisir ce que dit l’autre, à le faire rentrer dans sa propre machine, à y réfléchir, puis à poser des questions pour en savoir plus. On ne peut pas comprendre les arguments si on ne les écoute pas.”

Les questions, voilà l’arme de destruction des affirmations péremptoires.

“Si votre débatteur vous dit ‘j’ai lu quelque part que...’ et finit par un argument que vous trouvez étrange, demandez-lui: ‘Ah bon Peux-tu te rappeler où tu l’as lu? Ça m’intéresse, j’ai envie d’en savoir plus’. S’il répond un peu à côté, cela démine le problème. Les arguments deviennent moins certains.”

“Et face à une personne arrogante, suffisante, je la questionne ‘non stop’. La puissance du questionnement est incroyable. Mais pour bien la questionner, il faut que je l’ai vraiment bien écoutée.”

Règle numéro 3: Faire intervenir son téléphone portable

“C’est très utile pour vérifier ce que les gens disent. Et cela apaise le débat. On peut dire par exemple: ‘Que pourrait-on regarder comme source qui convienne à tous les deux?’ Si on vous propose un site farfelu, prenez cela avec humour, en évitant de discréditer votre interlocuteur.”

“Si on vous parle du site complotiste France-Soir, par exemple, il est intéressant de noter qu’il n’y a plus de journalistes dans cette rédaction. Alors qu’au Monde, ils sont plus de 400. Alors, ils sont peut-être très mauvais, d’après votre interlocuteur, mais ils sont nombreux.”

Et face à un complotiste, vous pouvez aussi rentrer dans son jeu, avec psychologie pour ne pas le froisser, en imaginant une situation encore plus rocambolesque que celle qu’il avait commencé à dépeindre. Exemple: “le virus du Covid a été inventé par JFK, qui a survécu à son assassinat, puis a fait des études de virologie, dans le but de tuer ceux qui ont voulu sa mort”. Avec des histoires pareilles, vous faites passer votre cousine complotiste pour une petite joueuse.

Vous pouvez aussi suivre le podcast “Complorama”, qui décortique les mécaniques des théories du complot avec brio. Son numéro spécial Noël est un régal.

Règle numéro 4: Utiliser le “nous”

“Si le débat commence à sentir le soufre, anticipe Didier Pourquery, il faut poser le désaccord, le regarder en face et dire quelque chose du genre: ‘Tu vois, là-dessus, on n’est pas vraiment d’accord’. Il ne faut pas le dire de manière agressive, on peut utiliser le ‘nous’, qui inclut l’autre et autorise la divergence, même profonde. Le ‘nous’ est plus doux que le ‘tu’, plus conciliateur.

Règle numéro 5: Ne pas réduire l’autre à son identité

“Toi, t’es vraiment un millenial.” ou bien “Toi, t’es croyant, alors c’est normal que tu penses ça.” ou encore “Toi, t’es pas Français, alors l’élection, tu t’en balances”. Dire à l’autre qu’il parle en fonction de son identité, première et perceptible, clôt le débat. Généraliser et caricaturer les positions de l’autre anéantit la conversation. Cela dénie à l’autre sa capacité à penser par lui-même, sa liberté créatrice de pensée.”

Règle numéro 6: Éviter les débuts de phrase fâcheux

“On peut avoir de très bons arguments, qui peuvent devenir inaudibles d’un moment à l’autre, à cause d’un début de phrase malheureux, ajoute Didier Pourquery. Imaginons que vous commenciez vos débuts d’argumentaire ainsi: ‘Ce que les gens oublient’, ′ce que personne ne veut entendre’, ‘la plupart des gens ne savent pas’, ‘ce que la presse ne dit jamais’, ‘ce qu’on oublie la plupart du temps’... Ces morceaux de phrases disent à l’autre qu’il est un ‘c...‘, qu’il fait partie de la majorité des non avertis. Quelle envie peut-on avoir d’écouter la suite de la phrase, si le début marque un tel désaveu?”

Règle numéro 7: Certains sujets sont hermétiques aux débats

Vous rêvez de faire sortir votre cousin de “Génération Zemmour”? “Ce n’est pas au moment des fêtes de Noël que vous y parviendrez”, objecte Didier Pourquery. “Zemmour, la peine de mort ou les immigrés, sont des sujets sur lesquels les vrais débatteurs ont peu de prise. Celui qui aime le débat, aime la contradiction. Or, ces sujets, lorsqu’ils sont portés de manière affective, par des personnes persuadées d’en être dépositaires, ne souffrent aucune contradiction.”

Alors, mieux vaut laisser parler votre interlocuteur zélé, en l’écoutant attentivement. Lorsque sa logorrhée sera épuisée, vous trouverez alors un sujet qui vous rassemble, afin de passer enfin un bon réveillon.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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