Russie: Plus de 1.400 manifestants pro-Navalny arrêtés selon une ONG

par Polina Ivanova, Polina Nikolskaya et Maria Tsvetkova
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par Polina Ivanova, Polina Nikolskaya et Maria Tsvetkova

MOSCOU (Reuters) - La police russe a interpellé plus de 1.400 manifestants à travers le pays mercredi lors de rassemblements en soutien à Alexeï Navalny, a rapporté une ONG locale, alors que l'état de santé de l'opposant russe inquiète après qu'il a entamé une grève de la faim en prison.

Deux proches d'Alexeï Navalny ont aussi été arrêtées dans la capitale Moscou, au jour où le président russe Vladimir Poutine effectuait une allocution à la nation dans laquelle il a prévenu l'Occident de ne pas franchir des "lignes rouges".

L'ONG russe OVD-Info, spécialisée dans le suivi des rassemblements d'opposants, a indiqué que 1.496 personnes ont été arrêtées lors des manifestations organisées à travers le pays. Parmi ces arrestations, a-t-elle précisé, 662 ont eu lieu à Saint-Pétersbourg et 95 dans la ville d'Oufa dans l'Oural.

"Tout le monde se rend compte que les autorités actuelles n'ont rien de neuf à proposer pour le pays. Nous avons besoin d'une nouvelle génération de politiciens. Je vois Navalny comme l'un d'eux", a déclaré Ilya, étudiant de 19 ans dans la ville orientale de Vladivostok.

A Moscou, les manifestants réunis dans le centre-ville ont scandé "Liberté pour Navalny !" et "Laissez les docteurs rentrer !", en référence aux soins appropriés réclamés en prison par le principal opposant au pouvoir russe.

L'épouse d'Alexeï Navalny, Youlia, a participé à la manifestation moscovite, durant laquelle son nom a été scandé.

L'accès a une place près du Kremlin avait été bloqué par des barrières métalliques. Un dispositif similaire était installé sur la place Rouge, tandis que des dizaines de fourgons de police avaient été déployés sur les lieux.

"COMBATTRE CES TÉNÈBRES"

Alors que l'opposition espérait les manifestations les plus massives dans l'histoire moderne de la Russie, les présentant comme une occasion de sauver la vie d'Alexeï Navalny, la mobilisation a semblé moins importante que lors de rassemblements organisés plus tôt cette année, avant que Navalny ne soit incarcéré.

Selon l'agence de presse Interfax, la police a recensé plus de 6.000 personnes prenant part à une manifestation jugée illégale à Moscou. L'opposition, via la chaîne YouTube de Navalny, a fait état d'une mobilisation dix fois supérieure dans la capitale.

Les partisans du principal détracteur du Kremlin, qui est emprisonné depuis février dans une colonie pénitentiaire à l'est de Moscou, craignent pour sa santé et exigent qu'il reçoive un traitement médical approprié.

Les autorités russes répondent qu'Alexeï Navalny, âgé de 44 ans, est traité comme tous les autres prisonniers. Elles avaient averti que ces manifestations seraient illégales.

Lioubov Sobol, l'une des figures de la chaine YouTube d'Alexeï Navalny, et Kira Iarmych, la porte-parole de l'opposant russe, ont toutes deux été placées en détention à Moscou quelques heures avant le rassemblement moscovite.

"C'est de la répression. Cela ne peut être accepté. Nous devons combattre ces ténèbres", a déclaré sur Twitter un proche d'Alexeï Navalny, Rousland Chaveddinov.

A Vladivostok, entre 200 et 300 personnes se sont rassemblées, certaines brandissant des banderoles où l'on pouvait lire "Liberté pour les prisonniers politiques" ou "Non à la guerre, les répressions et la torture!".

Charles Michel, le président du Conseil européen, a déclaré que ces arrestations étaient "déplorables".

Un groupe d'experts du Conseil des droits de l'homme des Nations unies a de son côté demandé l'évacuation médicale de Navalny à l'étranger, disant craindre pour sa vie.

(Alexei Chernyshev à Vladivostok, Tom Balmforth, Anton Zverev, Gabrielle Tétrault-Farber, Polina Ivanova, Polina Nikolskaya et Maria Tsvetkova à Moscou; version française Lucinda Langlands-Perry, Jean-Stéphane Brosse et Jean Terzian)