24 heures au Moulin Rouge: les métiers d'art, stars des coulisses à la scène

Une employée travaille sur un costume utilisé par les danseurs, au studio de création du cabaret musical du Moulin Rouge à Paris le 13 mars 2024 (Miguel MEDINA)
Une employée travaille sur un costume utilisé par les danseurs, au studio de création du cabaret musical du Moulin Rouge à Paris le 13 mars 2024 (Miguel MEDINA)

Même amputé provisoirement de ses ailes, le Moulin Rouge, le plus célèbre cabaret du monde, ne fait jamais relâche: 365 soirs par an, ses deux shows, dans un tourbillon de plumes, de strass et de paillettes, réunissent au total 1.700 spectateurs, dont la moitié d'étrangers.

Sur scène, 60 artistes, dont les emblématiques "Doriss Girls" du nom de la légendaire chorégraphe du Moulin, Doris Haung, présentent à 21H et 23H30 la revue "Féérie" dans un hommage au cirque et à la Ville Lumière de 1900 à nos jours, avant l'incontournable French Cancan, spécialité maison immortalisée par Toulouse-Lautrec.

Réalisés selon les techniques de la haute couture, près de 1.000 costumes sur mesure nécessitant jusqu'à 250 heures de montage, 800 paires de chaussures (du 37 au 47 !) sans oublier chaque année trois kilomètres de boas en plumes d'autruche d'élevage, sont nécessaires et font appel à de nombreux métiers d'art d'exception, stars méconnues des coulisses à la scène.

Avant et après la représentation – et parfois même pendant -, les petites mains s'agitent et les machines à coudre crépitent pour entretenir la garde-robe et les accessoires des artistes du Moulin: "Nous jouons tous les soirs. Les costumes s'usent... Pourtant, le spectacle doit toujours être le même, au plus haut de la qualité", souligne à l'AFP Jean-Victor Clerico, 38 ans, directeur général du cabaret qui fête ses 135 ans.

- "Transmission des savoirs" -

Dans la même famille depuis quatre générations, le Moulin Rouge vient de créer dans ses murs une "cité des métiers d'art" regroupant les derniers ateliers français de plumasserie et de broderie, notamment.

"Ces entreprises du patrimoine vivant risquaient de disparaître, alors qu'elles sont indispensables pour le spectacle. C'était le devoir du Moulin de pérenniser leur existence, tout en permettant la transmission des savoirs vers les jeunes générations", ajoute M. Clerico.

Costumière du Tout-Paris du spectacle depuis les années 60, Mine Vergès, 88 ans, a été l'une des premières à rejoindre cette cité. Son atelier fournit et entretient les costumes de la troupe, tout en conservant sa clientèle propre. On lui doit récemment la robe de Nana Mouskouri pour la cérémonie de passation de la flamme olympique à Athènes.

"Les costumes les plus compliqués sont ceux du music-hall. Tout doit être beaucoup plus solide qu'un vêtement normal. Quand il y a des plumes, il faut que ce soit avant tout agréable pour les danseuses. Le Moulin a été le premier cabaret avec qui j'ai travaillé et ce sera le dernier", confie Mine Verges, heureuse que son savoir-faire lui survivra.

Fournisseur de maisons de haute couture comme Hermès et Louis Vuitton, la Maison Février, dernier atelier de plumasserie au cœur de Paris, dans le giron du cabaret depuis 2009, crée des pièces uniques pour le Moulin Rouge.

Aux commandes de cet atelier d'exception fondé en 1929, Maxime Leroy, 35 ans, a réuni une jeune équipe pour perpétuer l'art de la plumasserie. Rien que pour le cabaret montmartrois, près de trois tonnes de plumes d'autruches, de faisans et de coqs sont assemblées à la main chaque année.

- "Créer de la beauté" -

Directrice de l'Atelier Valentin, spécialiste de la broderie, Caroline Valentin utilise l'ancestrale technique du crochet de Lunéville et du point de chaînette.

"Le merveilleux m'a toujours fasciné. Il n'y a pas de limite dans ce que l'on peut broder: des paillettes, des perles, des strass, des pièces métalliques détournées... Le seul impératif pour un costume de scène est d'être solide", dit-elle.

Parmi les autres clients de l'atelier: l'Opéra de Paris, le cirque Bouglione, Disney, Givenchy, l'Académie Française...

Apparemment secondaire, le soulier est pourtant essentiel dans le music-hall, d'autant plus pour l'acrobatique French Cancan, avec froufrous et jupons dévoilés comme il se doit, au rythme des cris des "Doriss Girls", jambes en l'air jusqu'au grand écart final.

Au Moulin Rouge, c'est le bottier Clairvoy, maison fondée en 1945 et au sein de la "cité des métiers d'art" du célèbre cabaret depuis 2007, qui s'en charge.

Nicolas Maistriaux, 45 ans, et son équipe réalisent les chaussures de la troupe, jusqu'à 60 heures d'assemblage par paire, sans compter leur entretien et leur renouvellement quand les coups de talons des danseuses en viennent finalement à bout. Kylie Minogue a fait appel aussi à la Maison Clairvoy pour ses bottines de scène.

Pour l'Australienne Jasmine Bard, l'une des danseuses du Moulin, spécialiste du French Cancan, "les costumes sont conçus pour que nous puissions toujours évoluer avec notre plein potentiel. Le costume devient une partie de nous".

"Nos métiers sont gratifiants au-delà de tout", estime Caroline Valentin. "Nous avons la chance absolument immense de créer de la beauté... C'est ça, l'artisanat d'art !".

jfg/kp/mch/sla