2022: le PS contraint de serrer les cordons de la bourse pour mener campagne

Nadège PULJAK
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Affaibli par ses défaites de 2017 qui ont asséché ses finances, divisé par dix le nombre de ses parlementaires et fait fuir ses adhérents, le Parti socialiste se retrouve contraint, pour sa campagne de 2022, à un plan d'économies drastique, suscitant la fronde de salariés en passe d'être licenciés.

Il y a quelques jours, plusieurs rédactions ont reçu un courrier au vitriol, simplement signé "des salariés du PS" et intitulé "Plan social au PS: bienvenue dans le monde merveilleux du néo-libéralisme". En cause: les 21 suppressions de postes prévues par la direction du parti pour remettre ses finances à flot.

Mais "où ont bien pu passer les +millions d'euros de côté+ hérités de la vente de Solférino?", l'ancien siège des socialistes rue de Solférino à Paris, vendu en 2017, se demandent les signataires.

Ils reprochent à la direction du parti son "manque d'humanité", pour avoir annoncé les licenciements "en pleine crise sanitaire", et ses "méthodes managériales qui n'ont rien à envier à celles employées jadis à France Télécom", l'entreprise devenue symbole de la souffrance au travail, après une série de suicides en 2008 et 2009.

"Les accusations portées par cette lettre sont aussi graves que diffamatoires", rétorque la direction qui dénonce une "cabale" auprès de l'AFP. "Si ces accusations calomnieuses devaient se poursuivre, nous nous réservons la possibilité de saisir la justice."

Selon les responsables socialistes, cette lettre a pu être "rédigée par un ou des salariés mécontents des procédures disciplinaires dont ils ont fait l'objet", notamment un "sanctionné pour harcèlement sexuel", ajoute un salarié du PS. La jeune stagiaire victime de ce harcèlement n'a pas voulu porter plainte mais une lettre qu'a pu lire l'AFP a néanmoins été envoyée à l'inspection du travail.

- "Il n'y a pas de magot" -

Si le désarroi de salariés en passe de perdre leur emploi est réel, les difficultés dans lesquelles se débat le PS, plus de trois ans après ses sévères défaites à la présidentielle et aux législatives de 2017, sont elles aussi bien réelles.

"Nous sommes dans une situation financière difficile qui ne nous donne pas les moyens de mener campagne pour 2022", explique Corinne Narassiguin, numéro deux du PS. D'où des suppressions d'emplois permanents "malheureusement inévitables". Mais "depuis deux ans, nous avons proposé beaucoup de formations, des ateliers de coaching", affirme-t-elle.

"Nous sommes obligés de faire cet effort douloureux pour pouvoir faire", a insisté dimanche le patron du PS Olivier Faure sur France 3, disant "comprendre la colère" des salariés concernés qu'il va "rencontrer un par un".

Parallèlement à la suppression des 21 postes de travail, neuf nouveaux postes vont être créés, auxquels pourront postuler les titulaires des postes supprimés, selon la direction.

Après la victoire de François Hollande en 2012, le PS, avec à l'époque quelque 300 parlementaires (Assemblée, Sénat et Parlement européen), touchait une dotation publique de plus de 24 millions d'euros par an. Il pouvait également compter sur les cotisations d'environ 80.000 adhérents.

2017 a complètement changé la donne. Sa trentaine de parlementaires ne lui rapportent plus que... 5,9 ME. Il n'y a plus que 30 à 40.000 adhérents et le congrès - époque à laquelle ces derniers se mettent à jour de cotisation - a été reporté.

Pour faire face à des dettes "monstrueuses", selon les termes d'Olivier Faure, la précédente direction s'était résolue à vendre le siège parisien pour la somme de 45,5 ME. Elle a servi à rembourser le prêt hypothécaire de 20 ME contracté pour la présidentielle de 2017, financer le "plan de sauvegarde de l'emploi" suivant (4,9 ME), rembourser un découvert bancaire de 6,3 ME, acheter et aménager les nouveaux locaux à Ivry-sur-Seine (9 ME environ).

"Voilà où est passé l'argent", argue la nouvelle direction. "Il n'y a pas de +magot+. On n'a rien à cacher!", répond-on à l'adresse de certains vétérans socialistes "dubitatifs". "Il faut savoir gérer une collectivité quand on dirige un parti !", s'exclame ainsi un ancien ministre.

"Autant je suis critique sur le projet, autant sur les finances, je veux d'abord écouter les explications de la direction", tempère Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin (Rhône) et seule challenger d'Olivier Faure à la tête du PS.

Pour cela, une réunion est prévue "la semaine prochaine" à Ivry, autour de la trésorière Pernelle Richardot.

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