En 2020, la parole des footballeurs français s'est libérée

·3 min de lecture

Beaucoup de footballeurs français ont exprimé leurs opinions cette année sur des sujets politiques ou sociétaux. D'Antoine Griezmann à Kylian Mbappé en passant par Marcus Thuram ou Presnel Kimpembe, les exemples ont été très nombreux cette année.

2020 aura vraiment été l'année du footballeur engagé. Pour dénoncer le racisme et les violences policières notamment en mai dernier lors de la mort de Georges Floyd aux États-Unis ou encore le mois dernier après le passage à tabac à Paris de Michel Zecler. Beaucoup de footballeurs, et de sportifs en général, n'ont pas hésité à exprimer leur émotion et leur consternation. Encouragés en cela par l'exemple donné ces derniers temps par les sportifs américains. Confirmation avec l'un des fondateurs de l'Observatoire du sport-Business, Vincent Chaudel. « Pour moi, le point de bascule, c’est Colin Kaepernick pour son engagement pour la cause des violences policières en Amérique autour de la population afro-américaine. Et là avec le Black Lives Matter, les basketteurs comme Lebron James, qui étaient prêts à faire grève. Cela a décomplexé beaucoup de choses. »

« Un rôle à jouer dans la société »

Une parole décomplexée, libérée, directement transmise par le sportif à son public via les réseaux sociaux et leur énorme caisse de résonance. « Aujourd’hui, les sportifs savent qu’ils ont un rôle à jouer dans la société. Ils sont devenus de vrais marques avec des communautés de plusieurs millions de fans qui les suivent. Ils ont connaissance de ce poids qu’ils peuvent avoir », nous explique Bruno Fraioli, journaliste spécialisé dans l'économie du sport.

Kylian Mbappé a ainsi rendu hommage via twitter aux trois gendarmes tués dans le Puy de Dôme. Quant à son acolyte en Bleu, Antoine Griezmann qui compte plus de 7 millions de suiveurs, il a fait sensation récemment en annonçant qu’il rompait son partenariat avec la puissante marque chinoise Huawei ceci pour défendre les droits de la minorité musulmane ouighoure. Un acte fort, engagé, voire risqué pour son image et sa popularité ? Pas vraiment selon Bruno Fraioli. « Finalement, elle n’est pas si importante que ça cette prise de risque. Peu de sportifs prennent des positions politiques. Les plus clivantes, ce sont surtout de prises de position sur des sujets sociétaux : la lutte contre le racisme ou la parité entre les sexe par exemple. »

« Les données sont en train de changer »

La voix des sportifs s’impose donc de plus en plus dans les médias mais désormais également sur le terrain. Le phénomène s’est concrétisé le 8 décembre dernier au Parc des Princes lors du match de Ligue des Champions entre le Paris SG et le club turc de Basaksehir. A la suite d’un incident à caractère raciste dont l’entraineur Camerounais Achille Webo a été la victime, les joueurs des deux camps ont refusé de continuer la partie. Une grande première dans l’histoire du football car jusque-là les joueurs n’osaient pas se révolter. « On a vu dans les stades en Espagne, en Italie, les gens n’avaient pas ce pouvoir, explique Achille Webo. Ce sont les arbitres, les juges. Et vos dirigeants vous disent de continuer à jouer : ’’sinon on aura des sanctions économiques’’. Aujourd’hui, avec ce qui s’est passé le 8 décembre, les données sont en train de changer. Ce sont les acteurs principaux qui disent : ‘’nous aussi on a les pleins pouvoirs de dire basta, on ne veut pas continuer’’. »

De plus en plus, dans les stades, on voit des joueurs afficher leurs opinions soit via des messages sur leur tee-shirt, soit en posant le genou à terre, tête baissée, reprenant ainsi le geste initié par Colin Kaepernick, le joueur de football américain évoqué.

Des expressions la plupart du temps anti-racistes, tolérées par la FIFA qui exclut pourtant dans son règlement interdit sur le terrain tout message à caractère politique ou religieux.

C’est le cas également du Comité International olympique qui, via sa charte, interdit sur les sites des Jeux toute sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale. Ceci afin de préserver la neutralité du sport.