1961-2021, les non-alignés se réunissent pour leurs 60 ans à Belgrade

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C’est en grande pompe que la Serbie accueille le XIXe sommet du mouvement des non-alignés. Cette organisation a en effet vu le jour il y a 60 ans à Belgrade, alors capitale de la Yougoslavie socialiste.

Si la première conférence officielle du mouvement des non-alignés a bien eu lieu à Belgrade en septembre 1961, deux rendez-vous l’avaient précédée : la conférence de Bandung, en Indonésie, en 1955, et celle de Brioni, une petite île de la mer Adriatique abritant la résidence d’été du président Tito, l’année suivante.

Outre Tito, le chef de la Yougoslavie autogestionnaire, promoteur d’un socialisme différent du modèle soviétique, trois hommes sont à l’origine du mouvement, l’Indien Nehru, l’Indonésien Soekarno et l’Égyptien Nasser. Dans le monde polarisé de la guerre froide, il s’agissait de faire entendre la voix de ce que l’on appelait alors le « tiers-monde » et celle des pays en train de se libérer de la tutelle coloniale. Vingt-cinq États ont participé à la conférence de Belgrade en 1961, dont le gouvernement provisoire de l’Algérie, encore en guerre contre la France.

La condition d’entrée dans le club était stricte : n’appartenir à aucune alliance militaire tant avec les États-Unis qu’avec l’Union soviétique. Le mouvement regroupe aujourd’hui pas moins de 120 États, auxquels il faut ajouter des pays et des organisations internationales qui ont un statut d’observateurs mais, depuis la fin de la guerre froide, il a perdu son importance stratégique.

Une nouvelle tribune pour la Russie

En effet, arrivé dès dimanche soir à Belgrade où il s’est aussitôt entretenu avec le président Vucic, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est la véritable star de la conférence. La Russie n’a obtenu qu’en juillet dernier un statut d’observateur auprès des non-alignés et elle entend bien saisir cette nouvelle tribune qui s’offre à elle.

Le premier jour de la conférence : des appels à une plus juste répartition mondiale des vaccins contre le Covid-19, mais chacun avance aussi ses propres revendications. Ainsi, le président Ilham Aliev d’Azerbaïdjan, qui assurait la présidence du mouvement depuis 2019, a-t-il rejeté sur l’Arménie toutes les responsabilités du conflit de 2020 dans le Haut-Karabakh, tandis que Milorad Dodik, le membre serbe de la présidence collégiale de Bosnie-Herzégovine, également invité en tant qu’observateur, déclarait que son pays était devenu un « protectorat des États-Unis et des pays occidentaux ».

La Serbie revendique son amitié vis-à-vis de la Russie

Elle se félicite naturellement d’accueillir ce que son ministre des Affaires étrangères, Nikola Selakovic, a qualifié de « plus grand événement multilatéral de l’année en Europe ». Le sommet du cinquantenaire, en 2011, avait déjà eu lieu à Belgrade, donnant l’occasion à la Serbie de déployer, avec succès, un intense lobbying contre l’indépendance proclamée par le Kosovo trois ans plus tôt, en 2008 : celle-ci n’est toujours pas reconnue par la majorité des États d’Afrique ou du monde arabe.

Belgrade entretient un réseau relativement dense d’ambassades dans ces pays où elle compte aussi d’importants clients pour son industrie de l’armement, principale exportation du pays. Nikola Selakovic a rappelé que si l’objectif stratégique de la Serbie demeurait de rejoindre l’Union européenne, « elle n’entendait pas pour autant renoncer à ses relations traditionnelles d’amitiés, tant avec la Russie, la Chine qu’avec les pays non alignés ».

Un message très clair de défiance, alors que le sommet Union européenne-Balkans occidentaux de Brdo pri Kranju, la semaine dernière en Slovénie, n’a pas été l’occasion de relancer le processus d’intégration européenne.

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