En 1947, la féroce répression des nationalistes chinois s’abat sur Taïwan

Photo Jun Li / Wikimedia Commons

Le soir du 27 février 1947, Lin Chiang-mai, 40 ans, est en train de vendre des cigarettes dans un salon de thé de Taipei. Le tabac était à l’époque un monopole d’État et une importante source de revenus pour le gouvernement nationaliste qui avait récupéré l’administration de l’île en 1945. C’était le Bureau du monopole du tabac et de l’alcool qui en avait la charge.

Dans la journée, le Bureau avait eu vent de l’arrivée d’une cargaison de cigarettes illégales au salon de thé Tianma, dans un quartier de la ville où sévissait depuis longtemps la contrebande. Dix agents avaient été envoyés sur place pour enquêter et empêcher ce commerce illégal. Mais ce soir-là, quand les six enquêteurs et les quatre agents en uniforme entrent dans la maison de thé, les contrebandiers présumés ont déjà pris la poudre d’escampette. Ne trouvant sur place que Lin Chiang-mai, les agents exigent qu’elle leur remette ses cigarettes. Mais celle-ci se rebelle en expliquant qu’elle dépend de ces ventes pour vivre. L’un des agents la frappe alors à la tête avec la crosse de son pistolet, la laissant en sang. Un autre agent tire dans la foule, et touche un passant qui décédera un peu plus tard.

Indignées, les personnes présentes dans le salon de thé et aux alentours encerclent les agents du gouvernement, auxquels elles réclament la tête du tireur. Finalement, les dix hommes réussissent à s’échapper à pied, mais le véhicule qu’ils ont laissé derrière eux est incendié. Lorsque d’autres agents arrivent sur les lieux pour enquêter, leur voiture est cernée et contrainte à faire demi-tour jusqu’au poste de police, devant lequel un rassemblement de plus de 600 personnes se forme rapidement. Refusant de se disperser, la foule voit au contraire ses rangs grossir dans la nuit, et la colère monte.

Des fonctionnaires battus à mort

Le lendemain matin, le 28 février, des manifestants se regroupent dans plusieurs quartiers de la ville. Certains demandent aux commerçants situés le long de l’artère principale, la rue Taiping, de fermer boutique. Lorsqu’un policier tire en l’air pour disperser la foule, il est cerné et passé à tabac. Les émeutiers occupent le commissariat, dont ils brisent les fenêtres et détruisent les équipements. Ils battent à mort deux fonctionnaires du Bureau du monopole et repoussent les assauts des troupes nationalistes qui tentent de rétablir l’ordre.

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