18 ans après le double meurtre de Pau, le transfert de Romain Dupuy au cœur d'une joute judiciaire

Romain Dupuy, l'auteur du double meurtre perpétré dans un hôpital de Pau en 2004, ici en 2007. - Pierre Andrieu
Romain Dupuy, l'auteur du double meurtre perpétré dans un hôpital de Pau en 2004, ici en 2007. - Pierre Andrieu

Le corps médical dit "oui", mais l'administration s'est, pour l'instant, toujours murée dans le silence. Première évolution conséquente dans le dossier de Romain Dupuy, qui avait tué deux soignantes en 2007: la juge des libertés et de la détention a finalement validé vendredi le transfert du patient schizophrène de son Unité pour malades difficiles (UMD) vers un hôpital psychiatrique ordinaire. Mais le parquet de Bordeaux a immédiatement fait appel de cette décision.

Après une audience qui s'est tenue mercredi, Romain Dupuy sera fixé sur son sort vendredi en début d'après-midi. "On a plaidé pour dénoncer l'atteinte à la dignité de notre client. Une UMD n'a pas vocation à enfermer à vie ses patients", rapportent ce jeudi ses avocats, Me Hélène Lecat et Me Serge Portelli, contactés par BFMTV.com.

Atteint de schizophrénie, Romain Dupuy avait été jugé irresponsable pénalement en 2007, trois ans après le meurtre sauvage de deux soignantes, dont l'une avait été décapitée à Pau. Ce qui avait conduit à son internement dans l'UMD de Cadillac, en Gironde, dès 2005. Un pôle dans lequel sont pris en charge des patients présentant un danger pour les autres ou pour eux-mêmes.

Cinq avis favorables émis depuis 2018

Mais à cinq reprises depuis le mois de janvier 2018, des commissions de médecins ont estimé que le patient présentait depuis plusieurs années un état psychique stable, acceptant de prendre son traitement régulièrement.

Constats qui justifient, selon ses avocats, son transfert vers une unité psychiatrique ordinaire, ce qui induirait un allègement de ses conditions de détention. Une demande à laquelle a fini par accéder, lundi, la juge des libertés et de la détention (JLD). Dans un communiqué, la Ligue des Droits de l'Homme a par ailleurs salué cette décision.

"La décision de la (JLD) du tribunal judiciaire de Bordeaux, prise en dépit des pressions potentielles de l'opinion publique, relève ainsi d'un équilibre qui permet d'assurer le respect des droits des personnes hospitalisées", écrivent les responsables de la Ligue.

Les avocats dénoncent "un déni de justice"

Pourtant, alors qu'elle est la seule à pouvoir prendre un arrêté rendant possible ce transfert, la préfecture de Gironde n'a jamais donné suite aux demandes de Romain Dupuy. Surtout, elle rappelle que c'est bien à elle, et non à la JLD, de statuer sur le maintien d'un patient en UMD. D'où l'appel interjeté lundi.

"C'est un déni de justice. Ça interpelle: sur l'année 2021, la préfecture, qui ne veut pas accéder à cette demande concernant Romain Dupuy, a laissé sortir d'UMD une trentaine de patients", estime Me Hélène Lecat.

"C'est devenu une affaire politique, mais la loi est la même pour tous."

Du fait divers à l'affaire politique

Car au-delà du fait divers qui a mené Romain Dupuy en UMD, c'est tout un débat sociétal que le meurtre glaçant des infirmières de Pau a soulevé dans son sillage. "À l'époque, il y a eu toute une bataille entre ceux qui souhaitaient que les fous soient jugés malgré tout, et ceux qui y étaient opposés", rappelle Me Serge Portelli.

Pas encore président de la République, Nicolas Sarkozy avait déjà commencé à en faire "son cheval de bataille", poursuit l'avocat. Cette ambition s'était prolongée lors de son accession à l'Elysée, lorsqu'il avait demandé à sa ministre de la Justice, Rachida Dati, de travailler sur la question. À savoir: les malades mentaux peuvent-ils être jugés, malgré l'irresponsabilité pénale?

"L'histoire de Romain Dupuy, c'est le passage du fou au fou dangereux", reprend Me Hélène Lecat. "Les politiques publiques ont commencé à partir de là à vouloir responsabiliser les malades mentaux."

Le débat avait aussi été ranimé avec le meurtre de Sarah Halimi, en 2017. Comme Romain Dupuy, son meurtrier, Kobili Traoré, avait été définitivement reconnu comme irresponsable pénalement en avril 2021, échappant ainsi à un procès.

"Je suis quelqu'un de repenti"

Sans représenter une remise en liberté, le placement de Romain Dupuy dans un hôpital psychiatrique classique lui permettrait d'alléger ses conditions de détention, même si le patient ferait toujours l'objet d'une hospitalisation complète.

"Il restera schizophrène toute sa vie. Mais il aurait au moins accès à une chambre, des livres, et pourrait voir ses parents plus souvent", détaille son avocate.

"On n'a rien à me reprocher depuis 17 ans. Je suis quelqu'un de repenti, j'ai 38 ans, j'ai mûri, j'ai toujours respecté qui que ce soit", a témoigné Romain Dupuy à la sortie de l'audience, mercredi, devant les caméras de France 3. "J'aimerais juste une chance, que la justice et les autorités reconnaissent mes efforts et conviennent qu'il n'y a pas de problème."

Article original publié sur BFMTV.com

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