13-Novembre: comment le président de la cour d'assises "tient" le procès

La salle d'audience du procès des attentats du 13-Novembre. - Benoit Peyrucq
La salle d'audience du procès des attentats du 13-Novembre. - Benoit Peyrucq

Le président de la cour d'assises assure la police de l'audience. Cette prérogative n'a jamais été aussi bien respectée que par Jean-Louis Périès qui a, depuis mercredi 8 septembre, la lourde charge de diriger les débats lors du procès des attentats du 13-Novembre.

Jean-Louis Périès a, dès le premier jour, montré qu'il était conscient de l'enjeu de ce procès "qualifié d'historique, hors norme", comme il l'a lui-même fait remarquer. Or, a-t-il poursuivi dans un propos liminaire, "ce qui importe c'est aussi justement le respect de la norme, le respect des droits de chacun, à commencer par les droits de la défense". Le magistrat a tracé un cap: examiner les charges et en tirer des conséquences sur le plan pénal.

"Notre cour d'assises a pour finalité d'examiner les charges pesant à l'encontre de chacun et d'en tirer toutes les conséquences au plan pénal après avoir écouté chacun", a-t-il fait valoir.

"Ce n'est pas le moment"

Voilà pour le fond. Sur la forme, Jean-Louis Périès a également imprimé son style. Face aux provocations de Salah Abdeslam, le président de la cour d'assises a fait preuve de calme et de maîtrise. Lorsque le seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre se déclare être "combattant de l'Etat islamique", le magistrat le tourne en dérision. "Moi j'avais 'intérimaire'", lui rétorque-t-il.

Jean-Louis Périès a fait le choix de laisser la parole à Salah Abdeslam. Lorsque ce dernier récite sa profession de foi musulmane "Tout d'abord, je tiens à témoigner qu'il n'y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager", alors qu'il est interrogé sur son identité, le président le recadre immédiatement. "Oui, on verra ça plus tard", lui lance-t-il.

Lors de l'intervention du premier témoin, Salah Abdeslam s'illustre à nouveau en coupant la parole à l'enquêteur venu retracer la nuit des attentats. "M. Abdeslam, si vous continuez vous allez sortir de ce box", menace encore le président de la cour d'assises spéciale.

Le magistrat ne se laisse pas non plus impressionner par les cris ou les colères du principal accusé. Sans pouvoir les éviter, Jean-Louis Périès le laisse parler, avant de reprendre la main. "Vous avez eu cinq ans pour vous exprimer, vous ne l’avez pas fait, j’entends que vous allez le faire maintenant mais ce n'est pas le moment", répond-il à Salah Abdeslam qui, avant que son micro soit coupé, avait entrepris de dédouaner certains de ses co-accusés.

Face à la propagande et aux menaces hurlées de Salah Abdeslam qui prévient la cour qu'elle devra "rendre des comptes" quand les combattants de l'Etat islamique seront "ressuscités", le magistrat fixe une nouvelle fois le cadre des débats: "Nous ne sommes pas dans un tribunal ecclésiastique, nous sommes dans un tribunal démocratique."

Un juge qui fait preuve de sang-froid

L'air avenant, Jean-Louis Périès, dont le sens de l'humain est salué par ses pairs, connaît son dossier. Depuis près d'un an et demi, il est entièrement détaché sur ce procès, pour s'imprégner des 542 tomes du dossier. Il a d'ailleurs rappelé à Salah Abdeslam, qui se plaignait de ses conditions de détention trop strictes à son goût, qu'il était venu le voir à la prison de Fleury-Mérogis.

"C'est un président qui fait preuve d'un grand sang-froid, il montre que c'est lui le maître de l'audience", note Mélanie Bertrand, journaliste police-justice à BFMTV.

Magistrat depuis 40 ans, Jean-Louis Périès a longtemps été spécialisé dans la criminalité organisée. Il est connu pour laisser vivre les débats et être attentif à toutes les parties. Au fil de son parcours, il intervient dans des affaires soumises à la pression médiatique. C'est lui qui renvoie devant un tribunal l'ex-maire de Paris et sa femme, Jean et Xavière Tiberi. Depuis 2014, il est président de chambre à la cour d'appel de Paris. Une nomination qui lui a valu de juger Abdelhakim Dekhar, le tireur de BFMTV et de Libération, ou encore les treize accusés dans l'affaire dite des policiers attaqués au cocktail Molotov à Viry-Châtillon.

Article original publié sur BFMTV.com

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