13-Novembre: les habitants de l'immeuble où s'est réfugié Abaaoud tentent de faire valoir leurs droits

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L'immeuble dans lequel s'est retranché le terroriste est inhabité depuis six ans. Sa démolition est prévue alors que les co-propriétaires s'organisent pour "ne pas être spoliés".

Il y a six ans jour pour jour, les habitants du 48 rue de la République à Saint-Denis étaient réveillés par des tirs puis une explosion. L'assaut du Raid venait d'être donné pour tenter de déloger deux des terroristes du 13-Novembre, dont le coordinateur des attaques, Abdelhamid Abaaoud. Depuis quelques heures, les deux hommes et la cousine d'Abaaoud se sont retranchés dans cet immeuble de trois étages.

Six ans plus tard, les occupants des 38 logements n'ont jamais pu revivre dans leur appartement. L'immeuble, dans lequel 1500 balles ont été tirées par les forces de l'ordre avant que l'un des terroriste ne déclenche sa ceinture explosive, a depuis vu ses fenêtres murées, des barrières de chantier installées tout autour et la mise en place de systèmes de serrurerie. 

"Depuis le 18 novembre 2015, tout s’est arrêté, même physiquement, même moralement, tout, tout s’est arrêté, confiait à BFMTV Traoré Lassira. Traumatisé toujours, traumatisé. En revoyant ça aujourd’hui, je sais que franchement, j’ai échappé à la mort, réellement."

L'Etat condamné

Depuis, une bataille judiciaire s'est engagée entre les copropriétaires et l'Etat. Déjà contre les arrêtés municipaux et préfectoraux pris pour "péril imminent" ou "insalubrité irrémédiable". A chaque fois, ils ont été déboutés par la justice qui a confirmé ces arrêtés. Mais au mois de septembre dernier, deux copropriétaires, dont l'un détient la moitié des tantièmes de la copropriété, ont obtenu la somme d'1,6 million d'euros pour "privation de jouissance". L'Etat n'a pas fait appel de la décision.

Le tribunal judiciaire de Bobigny a, dans son jugement que nous avons pu consulter, retenu "la responsabilité sans faute de l'Etat" à leur égard après l'assaut du Raid. L'un des propriétaires a obtenu 40.000 euros, un autre, qui détient les locaux commerciaux au rez-de-chaussée de l'immeuble, va percevoir 1,2 million d'euros. En 2016, l'Etat avait déjà reconnu sa responsabilité mais les occupants n'ont jamais obtenu le statut de victime des attentats et n'ont pas bénéficié du fond de garantie des victimes de terrorisme. 

"L'Etat devrait indemniser naturellement les copropriétaires sur la base de ce qui a été décidé par le tribunal de Bobigny. C'est l'intervention du Raid qui a mis les gens dans cette situation, ils n'ont pas pu occuper leur logement ou ils n'ont pas pu percevoir de loyer et ils ont dû vendre à vil prix", déplore Me Florian Tosoni, avocat du syndicat de copropriétaires et de deux copropriétaires.

"Ils ont été spoliés"

"Les gens se remobilisent", poursuit l'avocat. Car d'autres propriétaires entendent eux-aussi faire valoir leur droit face à cette privation de jouissance retenue par le tribunal. Ils souhaitent aussi faire reconnaître leur manque à gagner sur la revente. Les bâtiments font désormais partie du programme de rénovation des quartiers anciens dégradés de la ville de Saint-Denis. Il doit donc être démoli afin qu'un autre immeuble y soit reconstruit d'ici 2025, précise Le Parisien

Un traité de concession entre l'établissement public territorial Plaine Commune et la Soreqa prévoit que le 48 rue de la République à Saint-Denis fasse partie d'un projet visant à lutter contre les marchands de sommeil, notamment. La société publique a été chargée de racheter les appartements de l'immeuble. Selon le quotidien, près de 70% des propriétaires ont accepté de vendre. D'autres se refusent de céder leur bien pour 1700 euros du m², ce que propose la Soreqa. Ils se préparent pour faire reconnaître ce préjudice devant la justice.

"Du fait de cet assaut, il y a clairement eu un manque à gagner, insiste Me Tosoni. Ils ont été spoliés". L'avocat, se basant sur une transaction réalisée avant le 18 novembre 2015, estime qu'avant l'assaut, le prix au m² se situait entre 3000 et 3500 euros.

Pourquoi eux?

Du côté de la mairie, on estime que les problèmes remontent à bien plus longtemps. Le Monde révélait qu'avant l'assaut du Raid, l'immeuble avait connu trois effondrements de plafond et deux incendies en 2008 et 2009. Les copropriétaires ne payaient pas leurs charges. L'arrêté municipal de péril imminent avait d'ailleurs été pris avant les attentats.

Devant la cour d'assises spéciale de Paris, qui juge 20 personnes pour les attentats du 13-Novembre, les avocats de certains copropriétaires qui se sont constitués partie civile n'ont de cesse de rappeler leur préjudice. Une question les hante : pourquoi les forces de police ont laissé Abdelhamid Abaaoud se réfugier dans leur immeuble alors que le terroriste avait été localisé quelques heures plus tôt, caché dans un buisson à Aubervilliers. 

"On pensait qu'ils avaient un armement beaucoup plus lourd que ce qu'ils avaient, a fait valoir François Molins, l'ex-procureur de Paris. Le risque était majeur sur la voie publique, dans un contexte qu'on ne maitrisait pas. Il aurait pu y avoir des passants, on attendait qu'il soit fixé dans un endroit."

Article original publié sur BFMTV.com

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