13-Novembre: la défense de "petites mains" plaide "le droit" face aux "hypothèses"

"On ne condamne pas sur des hypothèses". Au procès des attentats du 13-Novembre, les avocats de deux "petites mains" accusées de soutien logistique ont plaidé mardi l'acquittement, invoquant "le droit" et rien que "le droit" face aux "lacunes" de l'accusation.

Abdellah Chouaa est "un homme qui peine à s'exprimer, mais qui aura été clair depuis six ans: il est innocent", martèle face à la cour d'assises spéciale de Paris son avocat, Me Adrien Sorrentino.

Le Belgo-Marocain de 41 ans, l'un des trois accusés comparaissant libres à l'audience depuis septembre, est celui qui a été incarcéré le moins longtemps. "Un peu plus de quatre mois" de détention provisoire entre novembre 2015 et avril 2016, rappelle son autre défenseur, Me Gwenaël Poirier.

A l'encontre de ce père de trois enfants, le parquet national antiterroriste (Pnat) a requis vendredi une peine de six ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt différé, ce qui signifierait sa réincarcération si ces réquisitions étaient suivies.

"Un voyage en absurdie proposé par les avocats généraux" qui ont souligné qu'Abdellah Chouaa était "parfaitement inséré", tonne Me Sorrentino.

Pendant environ une heure trente, il s'attache à démontrer pourquoi selon lui Abdellah Chouaa ignorait tout du "basculement" dans la radicalisation de son ami Mohamed Abrini, qu'il est accusé d'avoir accompagné à l'aéroport en sachant qu'il se rendait en Syrie et d'être allé le récupérer à son retour.

Pour Abdellah Chouaa, Mohamed Abrini n'était pas "l'homme au chapeau" qui a renoncé à se faire exploser à l'aéroport de Bruxelles en mars 2016 et qui était également "prévu" pour le 13-Novembre, mais "un guignol" qui se prenait en photo dans une fête foraine, sa tête dépassant d'un corps de femme, souligne Me Sorrentino en montrant le document à la cour.

Celui qu'il a "longtemps vu fumer, boire, aller en discothèque" comme l'ont décrit "toutes les personnes de son entourage qui ont été disculpées dans ce dossier", tacle-t-il.

- "Dupé, trompé, utilisé" -

"Si Abdellah Chouaa n'a rien vu, c'est qu'on a tout fait pour qu'il ne voie pas", affirme Adrien Sorrentino.

Il balaie tous les éléments à charge. Sa connaissance d'un départ en Syrie de Mohamed Abrini ? Ce dernier va jusqu'à "présenter à Abdellah Chouaa ses billets aller-retour pour la Turquie".

Les contacts téléphoniques entre les deux hommes pendant ce séjour ? Ils étaient avec "la boîte vocale" d'Abdellah Chouaa, affirme Me Sorrentino, pour qui il n'y a pas plus de "preuves" qu'il lui ait envoyé de l'argent.

Sans intention d'aider la cellule jihadiste, il n'y a pas d'infraction, plaide-t-il. Abdellah Chouaa "a été dupé, trompé, utilisé", assène Me Sorrentino. "Vous l'acquitterez comme ultime barrage à l'injustice", réclame-t-il.

Cette même absence de "perception" d'un groupe formé pour préparer des attentats est également mise en avant par les avocats de Mohammed Amri, MMe Negar Haeri et Xavier Nogueras.

Huit ans d'emprisonnement ont été requis contre ce Belgo-Marocain de 33 ans, qui avait pris sa voiture dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015 pour aller chercher à Paris Salah Abdeslam et le ramener en Belgique, un délit passible de six ans de prison.

Il est également accusé d'avoir aidé la cellule jihadiste en louant une voiture à la demande de Salah Abdeslam, et en transportant avant les attentats ce dernier et son frère aîné Brahim Abdeslam, futur tueur des terrasses, une infraction criminelle pour laquelle il encourt 20 ans de réclusion.

"En rendant service" comme il en avait "l'habitude", Mohammed Amri avait-il conscience d'une "volonté de passage à l'acte violent" des deux frères, questionne Me Haeri dans une plaidoirie très technique. "Et quand bien même il aurait eu connaissance de la radicalisation" des frères Abdeslam et d'une "entente de malfaiteurs", avait-il lui même "la volonté d'y participer" ?

"Mohammed Amri a été instrumentalisé", assure Me Negar Haeri. "On va vers un acquittement, juridiquement", estime-t-elle.

Les plaidoiries de la défense doivent s'achever le 24 juin, avec celles des avocats du seul membre encore en vie des commandos jihadistes, Salah Abdeslam, contre lequel la perpétuité incompressible a été réclamée.

Le verdict est attendu le 29 juin.

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