Le 13 novembre 2015, mon pote Guillaume est mort et ma jeunesse aussi

Nicolas Cochard
Guillaume n'aura jamais les rides que je prends avec l'âge, des rides un peu plus marquées c'est vrai depuis trois ans.

Avec de vieux copains, on a tendance à refaire le monde jusqu'à plus d'heure. L'une des dernières discussions avec mon grand copain Guillaume traitait de mon expérience de la banlieue parisienne alors qu'il venait d'échouer au concours de professeur des écoles dans l'Académie de Créteil. Mon expérience de prof d'histoire-géo dans les Yvelines m'avait beaucoup appris sur une bien inquiétante réalité: celle du développement d'une société quasi parallèle composée de personnes qui pensent autrement, sans être nécessairement radicales d'ailleurs.

Lors de nos échanges, Guillaume trouvait mes inquiétudes exagérées, certaines remarques extrêmes même. Il avait peut-être raison mais je n'avais pas tort. J'ai enseigné en collège et en lycée de zone "difficile" et même plusieurs années en milieu pénitentiaire. Je refuse le terme de zone défavorisée, elles ne le sont pas et, dans la Manche où j'ai grandi, comme Guillaume du reste, j'ai vu des zones rurales vraiment défavorisées. Arrivé à 23 ans en banlieue, à Mantes-la-Jolie, j'ai vu un monde que je ne soupçonnais même pas et que mes amis restés en province ont encore du mal à percevoir, presque encore du mal à me croire.

Dans le contexte de la préparation du concours de l'enseignement du premier degré, Guillaume commençait à entendre des propos proches des miens décrivant un univers où même les enfants se mettent à penser autrement. Un monde que rien ni personne ne semblait vouloir affronter, et surtout pas l'éducation nationale, à la fois dépassée, incapable et enfermée dans son inertie. Mais Guillaume était un optimiste, moi moins, ou en tout cas j'avais cessé de l'être. Aujourd'hui j'ai quitté l'Education nationale. Plus envie d'enseigner l'histoire-géo et l'éducation civique. Plus la foi.

Le 14 novembre 2015, encore groggy d'une courte nuit du fait des événements de la veille, j'ai reçu beaucoup d'appels me demandant si j'avais des nouvelles de Guillaume.


De nombreuses heures au téléphone et sur Facebook ont suivi. Je...

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