«11 Minutes», la fraction fatale

Libération.fr

Diversement accueilli à la Mostra de Venise en 2015, le film de Jerzy Skolimowski sort enfin. Un exercice de style virtuose et glaçant, qui superpose destins et images dans la répétition d’un court instant.

Cela faisait longtemps qu’11 Minutes était attendu par ceux qui considèrent avec raison que Jerzy Skolimowski est l’un des plus grands cinéastes vivants. Notre impatience était échauffée par le caractère très tranché des réactions qui suivirent la présentation du film à la Mostra de Venise en 2015 : les uns étaient sidérés par sa mise en scène, tandis que les autres (plus nombreux) exprimaient un net rejet face à un exercice souvent qualifié de vain, voire de cynique. Maintenant qu’on l’a vu, on comprend qu’il y a effectivement là matière à admirer autant qu’à repousser, à y voir un diamant, autant qu’une baudruche.


Mais avant d’en dire plus sur ce film qui joue à manipuler le temps, on se permettra un petit retour en arrière, notamment parce que 11 Minutes mérite d’être replacé dans la filmographie à la fois disparate et très cohérente du cinéaste. Presque tous ses films sont centrés sur la lutte d’un individu contre une forme que l’on cherche à lui imposer : individualistes dans un pays communiste (Rysopis, Walkover, Haut les mains !), jeunes hommes sommés de devenir adultes (le Départ, Deep End, Ferdydurke), être soumis à la puissance despotique d’un autre (le Cri du sorcier, le Bateau-phare), étrangers perdus dans un territoire hostile (Travail au noir, Essential Killing). Ce lecteur de Gombrowicz a su traduire l’oppression à laquelle ses protagonistes sont en proie, ainsi que leurs élans pour tenter de s’en libérer, en termes de forme plutôt que de psychologie ou de discours : visages tendant vers la grimace ou le masque, parole aspirant au silence ou au cri, gestes oscillant entre la pétrification et le burlesque, apathie des corps ou actions effrénées. Son goût des performances techniques (longs plans séquences, mouvements de caméra complexes, situations (...)

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