#Étudiantsfantomes : le malaise des étudiants face à un confinement qui dure

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Depuis la fermeture physique des universités devant la recrudescence de l'épidémie de Covid-19, l'isolement provoque une détresse croissante au sein de la communauté estudiantine. Mardi, une étudiante lyonnaise a tenté de se défenestrer, quelques jours après des faits similaires, laissant craindre une vague de suicide devant la détresse psychologique.

Malaise dans les résidences étudiantes. La décision du gouvernement de maintenir fermées les universités pour lutter contre la propagation du Covid-19 suscite un mal-être croissant chez les étudiants précaires, isolés par les cours en distanciel et l'absence de perspectives. Ils tentent de se faire entendre du gouvernement en se rassemblant sous le hashtag #ÉtudiantsFantômes.

Une étudiante lyonnaise a menacé de se défenestrer mardi 12 janvier, avant d'être rapidement prise en charge, quelques jours après la tentative de suicide d'un autre étudiant à Villeurbanne (métropole de Lyon).

Cet incident, qui intervient dans un contexte sanitaire pesant pour les étudiants, fait écho à la tentative de suicide samedi à Villeurbanne d'un étudiant en droit qui s'est jeté de la fenêtre de sa chambre universitaire. Les circonstances de son geste n'ont pas été communiquées. Le jeune homme est depuis entre la vie et la mort.

Un de ses camarades de cours, Romain Narbonnet, a alors réagi en postant un message sur sa page Facebook sur l'isolement actuel des étudiants.

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"Comme tout étudiant, nous sommes en isolement social […]. Nous restons 24h/24h, 7j/7 dans nos chambres universitaires mesurant les mêmes dimensions qu'une cellule de prison, cependant avec le Wi-Fi. Combien de poids un étudiant peut-il supporter ?", s'interrogeait-il. "Il est vital de laisser les écoles ouvertes, mais les universités et les étudiants semblent alors secondaires. Nous sommes alors, disons-le, laissés sur le bord de la route."

#Étudiantsfantômes pour se rendre visible

Les premières années de la faculté de Sciences politiques ont souhaité rendre visible cette détresse. En début de semaine, ils ont lancé sur les réseaux sociaux le hashtag #Étudiantsfantômes pour inviter les jeunes à partager leur malaise ou simplement leur frustration face à la situation. Un compte Instagram a également été créé pour collecter les témoignages.

Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement, ils dénoncent "les longs discours où nous sommes contraints de jouer le rôle des oubliés, des sacrifiés" et réclame la réouverture des universités pour accueillir des jeunes qui n'en peuvent plus.

Les témoignages affluent rapidement. Plus de 50 000 messages qui interpellent sur leur détresse psychologique, la précarité qu’ils vivent et l’isolement lié à la fermeture des facultés.

Décrochages et dépressions

"Le matin, j'allume l'ordinateur, mais je suis incapable de suivre les cours. J'ai plus la force", soupire Sarah, en école d'ingénieurs à Lille. Après des mois de cours à distance, beaucoup d'étudiants se sentent comme elle "flancher", usés par la solitude et l'absence de perspectives.

"Huit heures, seul derrière un ordi, c'est interminable. L'attention se perd, on se sent complètement perdu", témoigne à l'AFP Sarah, 19 ans, la voix lasse après plus de trois mois "sans mettre un pied en cours".

Depuis la fermeture physique de son école en octobre devant la recrudescence de l'épidémie de Covid-19, sa motivation s'éteint: "au départ, je m'accrochais, je me disais 'ça durera pas'. Mais en décembre, c'est devenu trop difficile, j'ai vraiment décroché".

En première année et "enfermée dans un 30 m²" avec son petit-ami, la Lilloise souffre de l'isolement. "C'est le plus difficile, le manque de lien social avec les autres, les profs. Je ne m'habille même plus, je reste dans mon lit", souffle-t-elle.

Pour d'autres jeunes comme Léa, en deuxième année d'histoire à Angers, cet "épuisement moral et physique" dure depuis mars [2020], assorti de difficultés financières.

"J'avais un job de serveuse, pour ne pas être un poids pour ma famille. Au premier confinement, tout s'est arrêté", regrette Léa auprès de l'AFP. Boursière, elle a récemment bénéficié d'une aide de 150 euros, toutefois insuffisante. Pour payer son loyer et "privilégier l'achat de livres scolaires", elle avoue ne manger parfois "qu'une seule fois par jour".

Après avoir "bien tenu plusieurs mois", la jeune femme s'est finalement vu "diagnostiquer une dépression" avant de "presque tout lâcher" au cours de l'hiver. "Ça a été l'hécatombe […] la moitié des 220 étudiants de ma promo ont abandonné", assure-t-elle.

"On manque de perspectives, il y a l'angoisse de ne pas trouver de stages, de débouchés [avec cette crise]", explique l'étudiante. Un temps intéressée par une carrière de professeure, elle envisage désormais "une L3 pro, en apprentissage", pour "retrouver le contact humain".

"Les étudiants sont les grands oubliés de la crise sanitaire"

Mardi, le malaise des jeunes face à la crise et des étudiants en particulier a été au cœur d'un débat à l'Assemblée nationale où la députée de La Réunion Karine Lebon (GDR) a interpellé la ministre de l'Enseignement supérieure, Frédérique Vidal :

"Les étudiants sont les grands oubliés de la crise sanitaire, alors qu'ils doivent étudier dans une solitude inouïe surtout lorsqu'ils viennent des Outre-mer", a d'abord rappelé la députée qui a ajouté que "plus de 50 % des étudiants [étaient] inquiets pour leur santé mentale et selon une étude de la Fage menée avec Ipsos, 23 % des étudiants ont eu des pensées suicidaires".

Karine Lebon a demandé au gouvernement de stopper "la baisse continue des taux d'encadrement, de freiner l'explosion de la pauvreté estudiantine en garantissant notamment leur autonomie financière et a minima en versant les bourses sur douze mois". La députée de La Réunion a également souhaité que "le repas à un euro leur soit servi deux fois par jour au lieu d'une aujourd'hui".

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé qu'il recevrait dès vendredi les représentants de la communauté universitaire. Une journée nationale de mobilisation est prévue le 20 janvier pour réclamer la réouverture des universités.

Avec AFP