Des étudiants soulagés, d'autres "en perdition": comment se passe leur retour en présentiel?

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Une étudiante à la bibliothèque de l'Institut de mathématiques d'Orsay à l'Université Paris-Saclay, en septembre 2021 (photo d'illustration) - Alain Jocard-AFP
Une étudiante à la bibliothèque de l'Institut de mathématiques d'Orsay à l'Université Paris-Saclay, en septembre 2021 (photo d'illustration) - Alain Jocard-AFP

Après des mois de cours en distanciel, Léa, en deuxième année de psychologie à l'Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis, a été un peu déçue. "Ma fac ne pouvait pas nous accueillir en temps voulu et la rentrée a dû être reportée", explique l'étudiante de 19 ans à BFMTV.com. "Notre pré-rentrée s'est déroulée sur Zoom, ce n'était pas top pour un début d'année."

Tout cela l'a "beaucoup stressée". "Même l'université avait l'air désorganisée, je me suis demandée quelle année on allait encore vivre!" Si la plupart de ses cours ont lieu en présentiel, deux d'entre eux ont débuté à distance.

"Mais comparé à ce que j'ai vécu depuis la moitié de ma terminale, ça n'a rien à voir! J'ai beaucoup plus de plaisir à apprendre, j'apprends mieux, je pose des questions aux professeurs et le fait d'être physiquement en cours me rassure beaucoup, je m'inquiète moins sur mon avenir."

Le jeune femme reconnaît tout de même avoir du mal à se concentrer "à 100%" en classe: "2h30 d'affilée, j'avais perdu l'habitude quand j'étais à la maison."

Certains étudiants "en perdition"

Ces étudiants de première et de deuxième année qui ont achevé le lycée ou sont entrés à l'université en distanciel ont-ils perdu leurs réflexes de travail? Il est encore trop tôt pour le dire, estime pour BFMTV.com Laurent Champaney, président de la Conférence des grandes écoles (CGE). "Les premières évaluations auront lieu après les vacances de la Toussaint et on aura un bilan plus exhaustif à la fin du premier semestre, en février."

S'il ne remarque pas de décalage flagrant avec les précédentes générations de néo-bacheliers, il observe cependant certains cas d'étudiants "en perdition", comme souvent à cette période de l'année.

"La Toussaint est souvent un gros moment de doute pour les néo-bacheliers", poursuit Laurent Champane. "Ils se posent des questions sur leur orientation, se demandent s'ils ont choisi la bonne voie, trouvent que le rythme de travail est trop élevé. Après les vacances, certains repartent remotivés, d'autres abandonnent."

Les démissions seront-elles plus importantes cette année? Si tel était le cas, ce serait évidemment un signe de fragilité étudiante. Mais pour Laurent Champaney, difficile de l'attribuer exclusivement aux deux dernières années scolaires marquées par la pandémie et l'enseignement à distance: ces néo-entrants du supérieur sont aussi la première génération issue de la réforme du bac.

Du retard dans les savoirs?

Sur les campus parisien et lyonnais de l'ECE, une école d'ingénieur, des modules de renforcement en mathématiques ou en physique sont proposés "pour réaligner tout le monde", précise à BFMTV.com François Stephan, son directeur général. Il a ainsi accueilli à la rentrée quelque 500 néo-bacheliers.

"Nos enseignants sont à l'écoute et adaptent leur pédagogie. On ne peut pas dire que les deux dernières années n'ont pas eu d'impact mais on a cinq ans pour accompagner nos étudiants jusqu'au diplôme d'ingénieur."

À l'université, les étudiants sont moins encadrés que dans les grandes écoles et peuvent parfois avoir l'impression d'être perdus dans les amphithéâtres bondés. Kevin Le Tétour, co-secrétaire fédéral pour l'enseignement supérieur à Sud-Éducation, remarque ainsi une recrudescence des difficultés scolaires. Du retard a bien été pris dans les savoirs académiques, assure-t-il à BFMTV.com.

"Les enseignants, notamment dans les disciplines scientifiques, doivent revenir sur des notions de terminale ou de première année qui ne sont pas acquises, affirme le syndicaliste. Ils le voient bien quand leurs élèves écarquillent de grands yeux."

"Certains points n'ont pas pu être traités ou ont été abordés sur polycopiés avec quelques exercices du fait du distanciel, ce n'est pas suffisant pour qu'ils soient acquis."

Une "explosion" de la fragilité étudiante

Ce que pointe également Étienne Matignon, vice-président en charge des affaires académiques de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage). "Il y a un réel besoin des étudiants aussi bien sur le fond que sur les méthodes de travail", indique-t-il à BFMTV.com.

Une des solutions: la mise en place de tuteurs pour accompagner les primo-entrants. Quelque 20.000 postes rémunérés ont ainsi été créés. Au Mans Université, un millier d'heures de tutorat est proposé. "Nous avons recruté 80 tuteurs étudiants", explique à BFMTV.com Sylvain Durand, vice-président de la commission de la formation et de la vie universitaire. Si les étudiants de L3 ou de M1 se chargent de l'aspect méthodologie, des enseignants offrent quant à eux du soutien axé sur les savoirs académiques.

Mais en plus de ces difficultés d'ordre scolaire, Kevin Le Tétour en pointe d'autres, d'ordre psychologique. Également chargé d'accompagnement handicap à l'Université Rennes-1, il observe une "explosion" de la fragilité étudiante.

"Entre l'isolement, la précarité, additionnés à la fin du repas à un euro (un dispositif désormais réservé aux boursiers, NDLR), certains étudiants vivent des situations très difficiles et elles sont de plus en plus nombreuses. C'est très triste de voir des jeunes âgés de 18 ans sous anxiolytiques et anti-dépresseurs."

Un risque de décrochage caché?

Mélanie Luce, la présidente de l'Unef, s'inquiète également d'un risque de décrochage caché. Certains "ont validé leur année, mais ils ont l'impression d'avoir bachoté, comme une sorte de syndrome de l'imposteur", s'inquiète-t-elle pour BFMTV.com.

Si elle reconnaît que le retour sur les bancs de l'université fait beaucoup de bien aux étudiants, Mélanie Luce craint cependant que ce sentiment de décrochage ne remette en question leurs projets d'études. Pour la session 2021, Parcoursup a enregistré 182.000 candidatures d'étudiants souhaitant se réorienter, soit une hausse de 4%.

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Pour Kevin Le Tétour, de Sud-Éducation, la mesure du problème n'a pas été prise alors quelque 31.400 étudiants et étudiantes supplémentaires sont venus gonfler les rangs du supérieur à la rentrée. Si Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, a annoncé la création de 14.000 places supplémentaires dans les filières sous tension - portant à "près de 34.000" le nombre total de places supplémentaires pour la rentrée 2021-2022 - ce ne serait qu'un effet d'annonce, déplore-t-il.

"On créé des places mais avec le même nombre de mètres carré et le même nombre d'enseignants. Le taux d'encadrement reste le même, il n'est pas rare de trouver des TD avec 40 ou 50 élèves par classe. Impossible dans ces conditions d'assurer un suivi individuel et de rattraper les retards."

En première année à la Web school factory, une école de management du numérique, Gabrielle est moins inquiète: elle pense n'avoir pas perdu ses réflexes de travail. Durant son année de terminale, elle n'avait cours au lycée qu'une semaine sur deux. L'autre semaine, c'était dans sa chambre, derrière son ordinateur. "On a été gavés de devoirs", continue-t-elle. "Tous les jours, j'avais plus de trois heures de travail à la maison le soir en plus des visios."

"Le distanciel, c'était une horreur", résume-t-elle. Si elle reconnaît tout de même que "ça a été un peu dur au début de reprendre le rythme", l'étudiante avait hâte de retrouver une vie sociale, de tourner la page du distanciel et de retourner en cours.

Article original publié sur BFMTV.com

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