Étrangers et insécurité : D’où viennent les chiffres de Macron et Darmanin pour justifier le nouveau projet immigration ?

Pour justifier sa réforme de l’immigration et du droit d’asile, l’exécutif s’appuie sur plusieurs chiffres et arguments phares. Quitte à les surinterpréter ?

POLITIQUE - Une loi tous les vingt mois. Le gouvernement dévoile les grandes lignes de son projet de loi sur l’immigration, ce mercredi 2 novembre, entre durcissement des expulsions et main tendue pour les travailleurs. Il s’agit du 29e texte sur la question depuis 1980.

Dans le détail, le gouvernement souhaite introduire toute une série de mesures pour rendre les « obligations de quitter le territoire français » (OQTF) plus efficaces, un sujet qui occupe le débat public depuis le meurtre d’une jeune fille de 12 ans, Lola, tuée mi-octobre par une ressortissante algérienne sous le coup de cette procédure.

Il souhaite également réformer plusieurs éléments du droit d’asile, pour en durcir les contours, tout en insistant sur l’insertion professionnelle avec la création d’un titre de séjour « métier en tension » pour recruter dans les secteurs en pénurie de main-d’œuvre.

En résumé, selon les mots de Gérald Darmanin, dans les colonnes du Monde, « on doit désormais être méchants avec les méchants et gentils avec les gentils. » Une nouvelle doctrine dont le volet « répression » est motivé par… La délinquance, selon le ministre de l’Intérieur et Emmanuel Macron.

Macron et Darmanin s’appuient sur la délinquance à Paris

Pour justifier son nouveau texte, le patron de la Place Beauvau évoque effectivement la surreprésentation des étrangers dans les faits de délinquance. Un lien, entre « insécurité » et « immigration » que Gérald Darmanin à commencer à tisser dès l’été, dans une interview fleuve au Figaro, alors que l’exercice était, jusqu’ici, réservé à la droite dure ou à l’extrême droite.

« Les étrangers représentent 7 % de la population française et commettent 19 % des actes de délinquance. Refuser de le voir, ce serait nier le réel », expliquait-il, ainsi, début août, avant de répéter ces chiffres de plateau télé en studio radio, comme il le fait encore aujourd’hui dans son entretien au Monde. Et il n’est pas le seul.

Une semaine plus tôt, c’est Emmanuel Macron qui reprenait le même argumentaire, sur France 2, lors d’une émission événement. Le président de la République, qui ne fera « jamais de lien existentiel entre l’immigration et l’insécurité », selon ses mots, n’a pas hésité à reprendre une donnée chère à son ministre, sur l’insécurité dans la capitale.

« On ne peut pas ne pas voir que la moitié au moins des délinquants, des faits de délinquance qu’on observe (à Paris), viennent de personnes qui sont des étrangers, soit en situation irrégulière, soit en attente de titres », expliquait-il, avant de promettre, ce faisant, « une réforme en profondeur » de « nos règles » sur l’asile et l’immigration. Une donnée que Gérald Darmanin répète ce mercredi, avec une nouvelle précision : « Cela est vrai dans les dix plus grandes métropoles. » Mais d’où viennent ces études ?

En réalité, le ministre de l’Intérieur et le président de la République semblent s’appuyer sur les données de la préfecture de Police de Paris, rendues publiques par l’ancien chef Didier Lallement dans son livre L’ordre nécessaire (éd. Robert Laffont), publié mi-octobre. « À Paris, un délit sur deux est commis par un étranger, souvent en situation irrégulière », y écrit le haut fonctionnaire, désormais cité nommément par plusieurs responsables politiques.

Mis en cause, pas condamné

Contactée par Le Monde, lundi 31 octobre, l’Élysée explique que les « situations très fragiles » évoquées par Emmanuel Macron « correspondent aux courts séjours », et que son exemple parisien relève d’une « statistique ministérielle », sans davantage de précisions. Le ministère de l’Intérieur confirme, de son côté, les chiffres donnés par la préfecture de Police, toujours au quotidien du soir, selon lesquels « la part des ressortissants étrangers dans la délinquance commise à Paris s’élève à 48 % pour les premiers mois de l’année. »

Restent plusieurs fragilités dans l’interprétation faite de ces données. D’une part, la PP ne fait pas le distinguo entre les étrangers en situation régulière et ceux qui ne le sont pas parmi les individus qui commettent ces méfaits.

Or, Emmanuel Macron expliquait, sur France 2, qu’un acte de délinquance sur deux est le fait, à Paris, d’une personne « en situation irrégulière, soit en attente de titres », pour mieux justifier la simplification de la procédure d’OQTF. Son affirmation n’est donc, semble-t-il, pas vérifiée.

Surtout, les chiffres donnés par Didier Lallement, Gérald Darmanin ou repris à la volée par le président de la République, recoupent les personnes misent en cause. Pas les personnes forcément condamnées. Selon la Place Beauvau, citée par Le Monde, les étrangers (réguliers et irréguliers confondus) cumulent 48 % des « interpellations et gardes à vue à Paris » au cours des six premiers mois de l’année 2022. Un chiffre qui peut être biaisé par plusieurs facteurs, comme le phénomène des « contrôles au faciès. » Qui plus est si l’on regarde uniquement l’Île-de-France, là où se concentrent 37% des immigrés, selon l’Insee.

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