Éthiopie: que sait-on des «fannos», les miliciens Amhara?

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Après une première entrevue dimanche lors du sommet de l'Igad à Djibouti, les Premiers ministres éthiopien et soudanais doivent se revoir, ce mardi 22 décembre, pour évoquer les combats qui se sont poursuivis, ces derniers jours, dans le triangle d'El-Fashaqa.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et son homologue soudanais Abdallah Hamdok entendent ramener le calme dans le territoire frontalier d’El-Fashaqa, cultivé par des paysans Amharas mais qui se trouve sur le territoire soudanais. Et parmi les combattants impliqués, se trouvent les désormais célèbres « fannos », ces miliciens qui ont également été en pointe lors du conflit dans la province voisine du Tigré.

Dans les guerres menées en Éthiopie combat, bien sûr et d'abord, l'armée régulière sous commandement du gouvernement fédéral. Mais dans le triangle d'El-Fashaqa, au Soudan, comme dans la province dissidente du Tigré, les civils ayant subi les combats évoquent aussi très souvent les « fannos », des groupes d'autodéfense villageois inspirant la crainte et dont le nombre et la hiérarchie sont encore flous.

Dans les campagnes de l'Amhara, les « fannos », ce sont traditionnellement des paysans en armes. En cas de guerre, ils formaient jadis une troupe supplétive dévouée des rois d'Éthiopie contre les envahisseurs, refusant tout salaire, selon le chercheur Medhi Labzaé, du Centre français des études éthiopiennes (CFEE).

Ils participent aux opérations du gouvernement régional

Mais aujourd'hui, l'époque est différente. À l'image d'autres milices ethniques dans les autres régions de la fédération éthiopienne, ils obéissent à des donneurs d'ordres de leur gouvernement régional. Ils sont recrutés parmi les « activistes urbains » de l'Amhara, selon Medhi Labzaé, et sont galvanisés surtout sur les réseaux sociaux.

Les « fannos » portent l'uniforme vert avec, sur la poche gauche de leur chemise, la triple bande vert-jaune-rouge de l'Éthiopie séculaire. Depuis l'éviction des Tigréens du TPLF du pouvoir fédéral et l'arrivée à la tête du gouvernement d'Abiy Ahmed, ils participent aux manœuvres politiques et aux diverses opérations coups de poing du gouvernement de l'Amhara, en appui des forces régionales, notamment dans les territoires annexés par le Tigré dont certains sont originaires le Wolkait et Tegede.

Le besoin d'Abiy Ahmed de rallier à lui la puissante région de l'Amhara en a donc fait aujourd'hui une composante militaire essentielle de son projet de reprise en main de la fédération.