Éthiopie : le Premier ministre annonce des "frappes aériennes" sur la région du Tigré

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Alors que la tension monte entre Addis Abeba et les autorités du Tigré, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a prévenu vendredi que l'opération militaire lancée dans la région dissidente comporterait "des frappes aériennes", appelant la population civile à éviter les rassemblements pour ne pas être touchée.

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a annoncé à la télévision, vendredi 6 novembre, que des frappes aériennes seraient lancées sur la région dissidente du Tigré (nord) dans le cadre d'opérations de "maintien de l'ordre à grande échelle" conduite par l’armée. "Il y aura des frappes aériennes. Ces frappes aériennes ne visent pas les civils mais des cibles appartenant à ce groupe dangereux", a-t-il précisé, en référence à des installations militaires du parti au pouvoir au Tigré.

Les dirigeants de la région, issus du Front de libération des peuples du Tigré (TPLF), parti qui a, durant près de trente ans et jusqu'à l'arrivée de Abiy Ahmed en 2018, dominé les structures de pouvoir en Éthiopie, défient depuis plusieurs mois le gouvernement fédéral.

Appel d'Antonio Guterres

Prix Nobel de la paix en 2019, Abiy Ahmed a annoncé mercredi le lancement d'opérations militaires au Tigré, justifiées par des attaques de bases militaires sur place, que le TPLF accuse le gouvernement d'Addis Abeba d'avoir inventées.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est dit jeudi "profondément alarmé par la situation" au Tigré, soulignant que "la stabilité de l'Éthiopie est importante pour l'ensemble de la Corne de l'Afrique". Il a appelé à une "désescalade immédiate des tensions" et à une "résolution pacifique" des différends entre Addis Abeba et les autorités du Tigré.

Abiy Ahmed avait auparavant assuré sur Twitter que "les opérations (...) en cours dans le nord de l'Éthiopie ont des objectifs clairs, limités et réalisables : rétablir l'État de droit et l'ordre constitutionnel, et protéger les droits des Éthiopiens à vivre paisiblement où qu'ils soient dans le pays".

Aucune information officielle n'est disponible sur les opérations en cours. La coupure des réseaux Internet et téléphonique au Tigré rendent extrêmement difficile de vérifier la situation sur place.

Combats intenses

Des sources diplomatiques ont fait état d'activités militaires sur les principaux axes reliant le Tigré à la région frontalière Amhara, signalant des combats intenses et des tirs d'artillerie sur la route menant à Humera, aux confins du Soudan et de l'Érythrée.

Des mouvements de troupes sont aussi signalés dans la région Afar, également voisine du Tigré. Jeudi, le général Berhanu Jula, chef d'état-major adjoint de l'armée éthiopienne, avait affirmé que l'Éthiopie était désormais "entrée en guerre" contre les autorités du Tigré.

Le président de la région, Debretsion Gebremichael, avait parallèlement déclaré qu'Addis Abeba avait déclenché "une guerre, une invasion" contre le Tigré.

Les récentes escalades militaire et verbale font désormais craindre un long conflit dévastateur, susceptible de menacer la stabilité déjà fragile du deuxième pays le plus peuplé du continent avec plus de 100 millions d'habitants.

Avec AFP