Éthiopie: des milliers de réfugiés affluent au Soudan pour fuir les combats au Tigré

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D'après le UNHCR, plus de 28 000 Éthiopiens ont trouvé refuge au Soudan en un peu plus d'une semaine. À la frontière, les réfugiés continuent toujours d'affluer.

Avec notre envoyé spécial à la frontière soudanaise,

Ce lundi 16 novembre, en une journée, plus de 3 200 personnes ont franchi la rivière Tégézé qui marque la frontière entre l'Éthiopie, le Soudan et l'Érythrée, prenant le nom de Setit sur le sol soudanais. Les réfugiés s'entassent dans des bateaux à moteur qui font des allers retours d'une berge à l'autre. Certains traversent à la nage. Puis ils franchissent le poste frontière de Hamdayet avec les quelques provisions qu'ils ont pu emporter à la hâte. On voit beaucoup d'enfants, c'est la moitié des réfugiés indique l'ONU.

Au loin on pouvait apercevoir, à 5 km, les antennes de la ville éthiopienne de Humera qui a été bombardée la semaine dernière. De nombreux réfugiés dans le camp racontent que les bombes ont ciblé le cœur de la ville, tuant des civils dans la rue. Beaucoup ici accusent l'Érythree d'avoir prêté main forte aux forces fédérales éthiopiennes. Des propos corroborés par des officiers des renseignements militaires soudanais interrogés sous couvert d'anonymat.

Des tirs depuis la frontières érythréenne

Nagasi est arrivé il y a deux jours dans le camp. Fonctionnaire à Humera, il affirme avoir vu de ses propres yeux des tirs à l'arme lourde venir de la frontière nord avec l'Érythrée. « Abyi Ahmed et Issaias Afwerki, main dans la main ont detruit ma ville, Humera. Ils ont tué beaucoup de gens avec leur artillerie. À certains endroits, les cadavres n'ont même pas été enterrés, il y avait une odeur infecte », raconte-t-il.

À la nuit tombée, le vent balaye la colline de Hamdayet où se trouvent les camps de fortune. Il y a peu d'abris et la nuit est très froide. Après un peu plus dune semaine, l'aide humanitaire commence doucement à arriver, de la nourriture spéciale pour les enfants, du sorgho, quelques médicaments. Des tentes et abris de fortune ont été déployées, des latrines, mises en place ainsi que des réservoirs d'eau. Ce matin à l'aube, une foule se pressait devant une quinzaine de camions afrretés par l'ONU. 1 300 refugies prenaient la route pour le camp d'Oum Rakuba censé accueillir jusqu'à 26 000 personnes. Ce camp avait déjà reçu dans les années 80 des milliers d' Éthiopiens qui fuyaient la famine. Aujourdhui cest un immense terrain vague ou l'ombre se fait rare.

Vers une crise humanitaire sans précédent

Alors que l’assaut final se prépare, l'ONU lance un cri d'alarme. En l'absence de liens directs avec le Tigré, au moins les briefings quotidiens de l'ONU permettent d'obtenir quelques informations sur la situation. Ainsi ce mardi, le porte-parole du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU a « averti qu'une crise humanitaire à grande échelle se déroule alors que des milliers de réfugiés fuient chaque jour les combats en cours [...] pour chercher la sécurité dans l'est du Soudan. Un afflux sans précédent au cours des deux dernières décennies dans cette partie du pays. »

Près de 4 000 personnes traversent la frontière chaque jour depuis le 10 novembre, selon le HCR, qui ajoute que cela « surcharge rapidement la capacité d'intervention humanitaire ». Lundi, c'est Ocha qui appelait les belligérants à la « désescalade ». « Selon des informations non confirmées, disait Ocha, un déplacement interne massif de population de l'ouest vers le nord du Tigré » serait en cours, mais sans autre précision. Les deux agences ont répété leurs demandes au gouvernement éthiopien : l'accès à la province coupée du monde, la fourniture de biens de première nécessité aux populations et le rétablissement des télécommunications.