États-Unis: la pression sur le cou de George Floyd a "violé les règles" de la police de Minneapolis

Jeanne Bulant avec AFP
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Le policier Derek Chauvin lors de l'interpellation de George Floyd à Minneapolis le 25 mai dernier.  - AFP
Le policier Derek Chauvin lors de l'interpellation de George Floyd à Minneapolis le 25 mai dernier. - AFP

La pression exercée sur le cou de George Floyd par l'agent Derek Chauvin a "violé les règles" en vigueur au sein de la police de Minneapolis, a déclaré lundi le chef des forces de l'ordre de cette ville du nord des Etats-Unis.

S'agenouiller sur le cou du quadragénaire noir "pouvait être raisonnable dans les premières secondes pour le contrôler, mais plus une fois qu'il n'exerçait plus de résistance, et surtout pas après qu'il se fut évanoui", a déclaré Medaria Arradondo au sixième jour de ce procès hors-norme.

"Cela ne fait pas partie de notre politique, de notre formation et n'est certainement pas conforme à notre éthique, à nos valeurs", a asséné cet homme noir de 54 ans, venu témoigner en uniforme.

En juin, il avait porté une charge virulente contre le policier blanc Derek Chauvin et ses collègues, qu'il a lui-même licenciés. "La mort tragique de George Floyd n'était pas due à un problème de formation (...). Les agents savaient ce qui se passait, l'un d'eux l'a intentionnellement causée, les autres ont échoué à l'empêcher - c'était un meurtre", avait-il écrit dans un communiqué.

Lundi, il s'est fait plus feutré, tout en insistant sur l'importance pour les quelque 700 agents en service à Minneapolis de traiter "avec compassion et dignité" les personnes avec lesquelles elles interagissent, y compris les suspects.

Des poursuites rares

Il a longuement insisté sur "l'énergie, le temps et les ressources" consacrés à la formation des policiers, et a présenté les politiques en vigueur dans ses services, y compris sur les techniques de désescalade, les premiers secours et le recours à la force.

Aux Etats-Unis, les policiers qui font un usage excessif de la force sont rarement lâchés par leur hiérarchie et bénéficient au contraire de contrats collectifs, négociés par leur syndicat, très protecteurs. Ils sont également très rarement poursuivis en justice et encore mois souvent déclarés coupables.

Le 25 mai à Minneapolis, dans le nord des Etats-Unis, les quatre policiers avaient voulu interpeller George Floyd, soupçonné d'avoir écoulé un faux billet de 20 dollars. Pour le maîtriser, ils l'avaient menotté et plaqué au sol. Derek Chauvin s'était ensuite agenouillé sur son cou et avait maintenu sa pression même une fois l'Afro-Américain évanoui et son pouls devenu indétectable.

Derek Chauvin, 45 ans, remis en liberté sous caution, est jugé depuis une semaine pour meurtre. Le procès de ses trois anciens collègues, accusés de complicité de meurtre, est prévu pour août.

Il plaide non coupable et assure, d'une part, avoir suivi une procédure conforme à sa formation pour contrôler un suspect récalcitrant; de l'autre ne pas avoir causé la mort de George Floyd, tué selon lui par une overdose.

La ligne de défense du policier fragilisée

Sa première ligne de défense a déjà été fragilisée la semaine dernière par deux anciens supérieurs hiérarchiques, dont l'un a jugé "absolument pas nécessaire", ou encore "injustifiée", la force "mortelle" utilisée pour interpeller George Floyd. Le témoignage de Medaria Arradondo lui porte un nouveau coup.

L'autre argument s'appuie sur la présence de fentanyl, un puissant opiacé, et de méthamphétamine, découverte lors de l'autopsie de George Floyd qui identifie toutefois la "compression du cou" comme cause du décès.

En avant-goût du débat entre experts, l'accusation avait appelé lundi matin à la barre le médecin urgentiste qui, après une demi-heure d'efforts infructueux pour ranimer l'Afro-Américain, l'a déclaré mort.

Bradford Langenfeld a estimé que, sur la base des éléments dont il disposait, il avait pensé que "le manque d'oxygène", soit "une asphyxie", était "la cause la plus probable de la mort" du quadragénaire.

L'avocat de Derek Chauvin, Eric Nelson, lui a demandé si la consommation de drogues pouvait causer un manque d'oxygène. "Oui", a répondu le médecin. Me Nelson a ensuite enchaîné les questions techniques sur les effets du fentanyl, qui complique la respiration.

Les jurés rendront leur verdict fin avril ou début mai. S'ils ne sont pas unanimes, le procès sera déclaré nul et non avenu, et la procédure devra recommencer du début. Une telle hypothèse suscite de fortes craintes à Minneapolis, qui s'était déjà embrasée après la mort de George Floyd.

Article original publié sur BFMTV.com